01 février 2002 - n°173


L'eau du robinet ou en bouteille ?

Si demain matin l'eau du robinet coûtait 545 _ (environ 22.000 francs) le mètre cube au lieu de 1_36 (55 francs) ce serait la révolution ! Les habitants de nos communes crieraient au scandale dans la rue. Or beaucoup paient l'eau à ce prix et parfois plus… dès qu'elle est en bouteilles.

Pour nos grands-parents, au temps des premiers raccordements à l'eau de distribution, tourner le robinet était un vrai bonheur ! Les files sous la pluie à la fontaine étaient de mauvais souvenirs et les fatigantes pompes à bras qui alimentaient en eau de puits cessaient de grincer. L'eau froide arrivait, sous pression, juste au-dessus de l'évier dans la cuisine pour nettoyer les légumes et remplir la carafe, la bouilloire. Un jour, par des systèmes ingénieux on eut aussi de l'eau chaude. C'était extraordinaire ! Aujourd'hui plus personne ne s'émerveille devant un robinet, à moins qu'il n'ait une finition spéciale ou une forme surprenante. Mieux, rares sont les gens qui osent poser une cruche d'eau de distribution à table lorsqu'il y a des invités. L'eau en bouteille est là, bien là avec ses arguments santé, minceur… et ses déchets.

Evidemment, le rôle de "L'info" n'est pas de juger les producteurs, ni de critiquer les consommateurs. A chacun son choix ! Mais avouez que ces bouteilles sont un vrai phénomène de société qui incite à la réflexion. En bouteilles, l'eau coûte de deux à quatre cents fois plus cher. Si elle est achetée… c'est qu'il y a une raison. Alors, qu'y a-t-il dans ces bouteilles ?


Une, deux, trois sortes d'eaux

On distingue trois sortes d'eaux qui correspondent à trois définitions légales. Tout d'abord, l'eau de source. Elle provient d'une source souterraine qui doit être protégée de la pollution. Cette eau doit être bonne à la consommation sans avoir subi le moindre traitement si ce n'est la séparation des matières en suspension et des composés instables par des procédés physiques. L'adjonction de gaz carbonique est autorisée. Elle doit répondre aux mêmes normes de qualité que l'eau de distribution.
L'eau minérale naturelle provient de nappes souterraines également mais elle est fortement minéralisée. C'est-à-dire qu'elle contient plus de deux grammes de sels minéraux par litre.

L'eau de table, là, c'est tout simplement de l'eau du robinet ou provenant d'un puits qui est mise en bouteilles. Elle doit satisfaire aux prescriptions légales qui s'appliquent à l'eau de distribution. Elle peut être gazéifiée et déchlorée. Pour les eaux de sources ou les eaux minérales, l'appellation est accordée par le Ministère de la Santé publique au cas par cas. Interdiction d'un côté… vertu de l'autre !

Il existe une directive de la Communauté européenne relative à la qualité des eaux destinées à la consommation humaine et c'est une bonne chose. Elle vise toutes les eaux destinées à la boisson (…) qu'elles soient fournies par un réseau de distribution (…) en bouteilles ou en conteneurs. Mais si on regarde le point (10) qui précède les articles, on remarque que les eaux minérales naturelles sont exclues du champ d'application. En clair, une eau peut être vendue en bouteilles sous l'appellation d'eau minérale naturelle et être interdite de distribution ! Un petit exemple : une eau présentant 234 mg de Calcium (Ca2+) par litre peut être vendue sous l'appellation eau minérale naturelle et ne pas pouvoir être mise sur le réseau où le maximum est de 100 mg. Le producteur pourra vendre une eau " riche en calcium " !

Choisir une eau en bouteille devient de plus en plus complexe. Entre nos trois possibilités énoncées plus haut, on tangue de l'eau ferrugineuse à l'eau magnésienne, de l'eau laxative à celle qui permet de digérer des briques. Entre les eaux plates et les pétillantes (dont le pH descend jusqu'à 4 quand elles se transforment en limonades !) on peut encore hésiter sur le conditionnement : un quart de litre, un demi, trois quarts, un litre, un litre et demi ou un gros bidon de cinq litres. Avec ou sans bouchon sport ? En verre ou en plastique ? Quand on est enfin décidé, on peut passer à la caisse et payer… un peu d'eau (1 _ 36 le m3) et beaucoup d'emballages, de traitements, de transports, de taxes,… et de publicité (avec les 543 _ 64 restants / 21.930 f).


Et demain ?

bouteilles plastiquesChacun dépense son argent à sa guise, mais les déchets qui résultent de ce commerce sont là pour tout le monde. Cette masse de bouteilles plastiques à gérer commence à tracasser sérieusement les responsables en environnement. Nous le verrons plus loin, les bouteilles vides triées deviennent matières premières pour la confection de vêtements ou d'autres objets utiles, mais il y a toutes les autres qui échappent à la filière du recyclage… et puis jusqu'où nous conduiront ces fameuses bouteilles ?

La Région wallonne - dans le cadre du Réseau Eco-Consommation - a mené une grande enquête pour savoir pourquoi le consommateur préfère boire de l'eau en bouteilles plutôt que celle du robinet qui ne doit pas être transportée, stockée. Qui n'engendre aucun déchet et est disponible à domicile en permanence. Qui est économique : un verre d'eau de 200 ml ne coûte… rien (0,011 f ) et dont la qualité est impeccable (sauf problèmes ponctuels de distribution). Le premier argument qui pousse un consommateur à boire l'eau du robinet est le porte-monnaie ! Avant la qualité et le poids des bouteilles. Le buveur d'eau en bouteilles la boit surtout pour le goût ou il préfère l'eau pétillante, quand il ne dit pas que l'eau de distribution est mauvaise pour la santé.

On voit tout au long de l'étude que les remarques sont surtout basées sur des impressions, des idées, des doutes… de la méfiance, mais les choix ne reposent pas sur des arguments scientifiques. Sur ce, la Région est bien décidée à organiser " une campagne sur l'eau potable pour contrecarrer toutes les idées reçues, pour expliquer les contrôles, donner des détails, etc. " et à favoriser parallèlement la résolution " des dépôts bruns dans les canalisations ".
B.H.


L'eau en bouteilles… en chiffres

Une bouteille en plastique, d'un litre et demi de contenance, pèse de 30 à 46 g. Cela représente 30 à 45 kg de déchets par an pour un ménage de quatre personnes.
Pour ce même ménage, le budget s'élève (en moyenne) à 812,59 _ (32.780 francs). Considérant qu'il consomme 1460 litres d'eau en bouteilles par an.

1460 litres d'eau du robinet coûtent à peu près 2 _ 03 (82 francs).

Les 974 bouteilles représentant la consommation annuelle, posées côte à côte couvriraient une surface de 2,5 mètres sur 2,5. Une bouteille en verre, d'un litre de contenance, pèse 740 g en moyenne. Cela représente 20,72 kg de vidanges pour l'aller au magasin et 48,72 kg à porter à la maison chaque semaine. Mais dans ce cas, hormis les bouchons et les étiquettes, il n'y a pas de déchet… si on oublie le transport ! La bouteille de verre va continuellement de l'usine à un dépôt et du dépôt au magasin en camion. Puis du magasin à la maison en voiture et inversement. En cas de casse ou d'usure trop importante, elle retourne à l'usine de fabrication.

Le recyclage des bouteilles

Selon le Moniteur des comportements de tri des déchets d'emballages ménagers, 92 % des bouteilles et flacons en plastique vont dans la filière du recyclage.
Il y a sûrement des têtus qui continuent à mettre leurs bouteilles dans des poubelles… mais alors, qui jette ces nombreuses bouteilles dans la nature ?

L'eau de distribution en chiffres

La Wallonie produit 410 millions de mètres cubes d'eau potable par an. 80 % viennent des nappes aquifères… et les réserves de ces nappes sont estimées à 550 millions de mètres cubes. L'eau de distribution répond à 61 paramètres principaux stricts fixés par la Directive européenne sur les eaux destinées à la consommation humaine. Mais sur l'ensemble de l'utilisation seuls 2,5 % nécessitent d'être potables. Selon la Région wallonne nous consommons en moyenne 120 litres d'eau potable par jour. 4 litres pour la cuisine, 5 litres pour le jardin, 5 litres pour le nettoyage, 8 litres pour la vaisselle, 16 litres pour la lessive, 39 litres pour l'hygiène corporelle et 43 litres (d'eau potable) pour la chasse d'eau !

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