01 février 2002 - n°173

Région

Le plus sage, après avoir bu toutes ces bouteilles d'eau, c'est d'aller les porter dans un parc à conteneurs et de les déposer dans le bon filet… sous l'œil attentif du responsable. Un camion viendra les chercher et tel une chenille qui se métamorphose en papillon, les bouteilles deviendront sweat-shirts en " polaire ", gants, yo-yo ou poubelles !

Si on était embarrassé au magasin pour choisir une eau en bouteille, on l'est aussi au parc à conteneurs. Dans la file de voitures, coffres ouverts, on cherche… PET, PEHD,… On demande à la personne qui précède. Bien gentille, elle vous indique le bon filet et juste au moment où l'on veut - victorieusement - jeter les bouteilles au fond, une grosse voix derrière vous vous lance : "C'est dans le filet d'à côté !". Celui-là c'est pour le PET transparent. Le PET bleu, c'est à côté. Pas de problème, on met les bouteilles à la bonne place, en se promettant de ne plus se tromper la fois suivante.


Ça y est, il recommence !

L'arrivée des duo-bacs approchePuisqu'on est au parc, on jette aussi les cartons et les papiers, dans un tout grand conteneur. Facile, un panneau indique : papier/carton. Et au moment de laisser tomber la caisse de journaux et de boîtes aplaties, la voix, toujours derrière, vous explique : "Il faut séparer les papiers à gauche et les cartons à droite". Avec le sourire, on s'applique. Troisième tentative, une caisse de boîtes de conserve et de cannettes. C'est du métal, alors dans le conteneur : métaux ? "Les conserves et les cannettes, c'est dans l'autre conteneur, là : emballages métalliques".

La voix, c'est celle du responsable du parc à conteneurs. Il voit défiler des véhicules à longueur d'après-midi et inlassablement il répète, avec patience, les mêmes conseils, non pas par esprit de contrariété mais dans le but de bien trier. Si le tri paraît parfois compliqué, c'est qu'il y a de nombreux déchets différents. Par exemple, le verre transparent doit être séparé du verre de couleurs tout simplement parce que lors du recyclage, les deux sortes sont traitées séparément. Les camions qui viennent vider les bulles sont adaptés et lorsque le véhicule décharge sa cargaison dans l'entreprise, il la sépare en deux dépôts différents. La qualité du tri est primordiale. Des impuretés peuvent parfois exploser dans les fours à verre et endommager sérieusement les parois.

Même si ce n'est pas toujours évident pour tout le monde, chaque endroit ou dispositif du parc a sa raison d'être et à force de le fréquenter, on finit par s'y adapter. "Parfois, je dois m'absenter cinq minutes pour répondre au téléphone, ou remplir un papier. Quand je reviens, il y a souvent des déchets à de mauvais endroits. On jette une caisse en carton pleine de verre dans les papiers. Alors, je dois descendre dans le conteneur et aller rechercher toutes les bouteilles et les bocaux. Parfois pour quelques minutes d'absence, j'en ai pour une demi-heure de boulot !" explique Freddy Collignon du parc de Neufchâteau.
Le parc est-il bien fréquenté ?

D'après les statistiques, soixante pour cent de la population fréquente le parc à conteneurs. Des tonnes et des tonnes de déchets transitent. Rien que pour nos bouteilles, ce sont dix-huit sacs de cinq à six kilos de PET qui s'accumulent chaque jour. Ils sont chargés dans des conteneurs pouvant en recevoir quarante-huit et ils partent vers l'usine de recyclage d'Habay. La consommation d'eau varie avec la météo. En août passé, le pic des bouteilles a atteint les quarante-trois conteneurs ! ça avoisinait les douze tonnes !

Un net progrès est attendu !

L'arrivée des duo-bacs approcheBientôt le duo-bac fera son apparition progressive dans nos communes, vers la fin mai. D'un côté on jettera les déchets organiques et de l'autre tout ce qui n'est pas organique et n'est pas accueilli au parc à conteneurs. Ce qui se recycle ne pourra donc pas être mis dedans. Dans cette perspective, le parc de Neufchâteau était trop petit ! Depuis son ouverture le 1er juillet 1992, la fréquentation était en légère hausse constante. En 1995 deux conteneurs supplémentaires ont été ajoutés; un pour le bois et un de réserve. Mais par après, tout le système d'accueil est devenu insuffisant malgré trois conteneurs supplémentaires. En 2001, la sapinière jouxtant le terrain a été achetée pour doubler le dispositif.

Nous avons donc jusqu'à la fin mai pour nous perfectionner en tri et comme un jour nous paierons les déchets au kilo, nous devons nous entraîner sérieusement à faire de fines épluchures !


Vaux-sur-Sûre Duo-bac : "ça marche du tonnerre !"

L'arrivée des duo-bacs approche. Nous avons interrogé Marie-Noëlle Minet d'Idelux à ce sujet.

L'Info : Les duo-bacs seront bientôt distribués, mais la commune de Vaux-sur-Sûre les utilise déjà depuis avril 2000. Quels sont les enseignements que cette commune pilote peut nous apporter ?
Marie-Noëlle Minet : La collecte séparée par duo-bacs sur Vaux-sur-Sûre a donné d'excellents résultats. Avant le duo-bac, plus de 270 kilos de déchets ménagers par habitant par an étaient produits. Avec le duo-bac, les gens trient beaucoup plus et la fraction non recyclable et non compostable n'atteint plus que 85 kilos. C'est positif quand on sait que c'est cette partie qui est mise en Centre d'Enfouissement technique. Les autres kilos se retrouvent dans la partie avant du duo-bac (ce qui est compostable) et aux parcs à conteneurs où les apports ont fortement augmentés.

L'Info : Cela agit-il sur le comportement ?
M-N. M. : Le duo-bac, contrairement aux sacs qui sont anonymes, permet de responsabiliser la population face à ses déchets. Cela a conduit à une prise de conscience importante et donc à une meilleure qualité du tri. De plus, les personnes qui éprouvent des difficultés à trier ne sont pas perdues dans la masse, on peut identifier qui n'a pas bien compris le tri et leur apporter les explications dont elles ont vraiment besoin.
Le duo-bac sera équipé d'une puce électronique qui peut comptabiliser le nombre de vidanges et les kilos de déchets produits par chaque ménage. Si les communes le souhaitent, la taxe déchets peut être proportionnelle aux kilos de déchets produits. C'est le principe du pollueur payeur.

L'Info : Que coûte un duo-bac ?
M-N. M. : Deux possibilités sont proposées aux communes. Soit l'achat direct, soit un leasing avec garantie totale. Le duo-bac doit être amorti sur dix ans. Son prix en achat est d'environ 75 _ (3.000 F). Si on compte qu'un ménage utilise deux sacs par semaine, le duo-bac revient moins cher.
Par contre la collecte coûte un peu plus en raison de la technicité des camions. Ils sont compartimentés et il y a un système de pesée des bacs. Mais en raison de la diminution des quantités collectées, au total la charge pour la commune est la même.

L'Info : Que pense Idelux : qu'il vaut mieux bien recycler ou éviter les déchets ?
M-N. M. : La priorité pour le secteur assainissement d'Idelux est la prévention pour une moindre production de déchets. Nous essayons par divers moyens de sensibilisation, des dépliants, des expositions,… d'informer les gens sur des conseils d'achats malins, d'éviter le sur-emballage, de préférer les emballages consignés, d'utiliser une gourde pour aller à l'école,… c'est la priorité !

Le service des travaux de Vaux-sur-Sûre, responsable de l'environnement aussi, nous dit : "ça marche du tonnerre !" et les habitants sont contents. C'est de bon augure !

Garder le caractère ancien

Les maisons des siècles passés font partie intégrante de notre patrimoine culturel. Beaucoup de vieilles bâtisses possèdent encore un grand pouvoir de séduction. Attirés autant par le charme d'une ambiance que par la richesse historique de l'habitat rural, il est fréquent que des passionnés de restauration prennent quelque liberté avec le patrimoine bâti. Pensant bien faire, il n'est pas rare qu'ils confondent authentique et rustique. Pour éviter que ces lieux perdent en lisibilité et en caractéristiques patrimoniales, la Fondation rurale de Wallonie vient d'éditer une brochure de conseils consacrée à la ferme monobloc en Ardenne. Cet ouvrage mérite bien plus que l'intérêt des seuls candidats à la rénovation.

L'achat d'une ferme ardennaise revêt deux aspects; au-delà du placement d'un capital dans le schiste ou le grès, l'heureux propriétaire jouera sur le tableau utilitaire de l'habitation et sur celui de la conservation du patrimoine.

Couleur principale : l'authenticité !

La ferme ardennaise n'a rien du baroque ou du gothique flamboyant dans sa masse de pierre couverte d'ardoises. Au contraire, sans artifice, la ferme monobloc résulte d'une façon de vivre des fermiers et des moyens financiers dont ils disposaient pour la construction. Issue du bon sens local, elle assurait bravement ses fonctions de logement, d'élevage, de stockage et de rangement du matériel agricole. L'aspect actuel qu'elle offre est souvent le fruit de modifications et d'adaptations successives.
Notre vie moderne demande une salle de bains, un système de chauffage central, une cuisine équipée et un garage pour une ou plusieurs voitures. Sans oublier une chambre par personne et parfois des bureaux. La cuisine garnie d'une cuisinière à bois et d'un seul buffet demande à être remaniée. Le fumoir peut oublier les jambons dodus et les morceaux de lard.

Les linteaux fléchissent, l'escalier en sapin s'assouplit dangereusement,… l'habitation a besoin d'un coup de neuf. Mais en architecture, plus une ligne est simple et pure, plus elle doit être juste, parce que rien ne vient l'atténuer ou la masquer partiellement. Tout l'art de la restauration consistera à garder ce caractère forgé par les hommes du temps passé et le climat de la région.


Une brochure donne le ton

Restaurer en gardant un caractère authentique ne signifie pas figer ! Autant rester dans le mouvement d'évolution qui voulait adapter au fil du temps. Mais comment modeler le futur en conservant la nuance traditionnelle ? En s'inspirant des maisons restaurées récemment ? En misant sur le rustique ? Afin d'éviter les couacs et surtout sur base de constatations sur le terrain, la Fondation rurale de Wallonie a édité une brochure de conseils destinée aux personnes qui doivent restaurer et réaffecter une ferme en Ardenne.


L'intérêt du patrimoine architectural

Maison ancienneLe patrimoine architectural comprend des bâtiments publics, des édifices religieux, des travaux de génie civil, mais aussi des habitations particulières. La ferme monobloc, malgré sa modestie, en fait partie. Si on analyse les subtilités de constructions, la ferme devient une façon concrète de percevoir l'histoire. Le premier point abordé par le service qui a réalisé le travail, est ce souci de chercher la raison d'être de tel ou tel élément. La nature des roches utilisées correspond à ce que l'on trouve sur le terrain. Une ferme du plateau limoneux hennuyer n'a pas la même allure qu'une ferme d'Ardenne centrale, de Lorraine. Le matériau de construction compris, on peut chercher comment vivaient les familles rurales de la région. Le type d'élevage conditionnait l'étable. Hier douze vaches représentaient un beau cheptel. Aujourd'hui, les étables sont immenses. Comment se chauffait-on ? Pourquoi y a-t-il un mur aveugle ?

Avant d'imaginer la moindre modification, il est nécessaire de s'imprégner des " données géographiques, des techniques de mise en œuvre des matériaux, du bon sens de nos ancêtres qui savaient choisir le meilleur endroit pour vivre, la meilleure manière d'implanter la maison pour recueillir les bienfaits du soleil et se protéger des pluies ".

Au fil des années, l'habitation a déjà subi des extensions, des rehaussements, de nouvelles fenêtres ont été percées. Mais les améliorations tournaient toujours autour d'une même manière de vivre : un endroit pour habiter, un pour les animaux et un pour stocker les récoltes. Aujourd'hui, il faut bien l'avouer, nous avons pris un tournant radical. L'adaptation aux besoins actuels doit tenir compte de nombreux paramètres qui n'existaient pas auparavant : l'espace pour regarder la télévision et écouter de la musique, une activité professionnelle avec son système informatique, une salle de jeux pour les enfants,… Pour réussir, l'art s'exercera sur des volumes en harmonie avec l'organisation de vie de la famille.

Les auteurs insistent sur la nécessité de s'intéresser en détail aux raisons historiques de l'aspect du bâtiment. La brochure explique ,l'organisation spatiale, l'origine des traits, les extensions au fil des siècles derniers. Quand on exerce une autre profession que celle d'architecte, ou se rapprochant de la construction, on est agréablement surpris de découvrir à l'aide de dessins très clairs, que la ferme pouvait avoir un auvent qui fut comblé progressivement. Ce qui justifie l'existence de la " pièce de devant ". On voit où se conservaient les denrées, où on rangeait le coffre contenant les effets familiaux.

Finalement, on peut se procurer la brochure sans acheter nécessairement une ferme ! Rien que pour la découverte et le voyage dans le temps, la culture locale. Après la lecture de toutes ces explications, on pourra apprécier autrement, au cours des déplacements, la silhouette de nos villages.


Un peu de respect

Etant appelée sur le terrain régulièrement, l'équipe de la Fondation Rurale de Wallonie constate des aménagements heureux, d'autres qui le sont moins… et parfois aussi des aberrations. Est-ce bien de laisser déborder la toiture pour protéger les murs de la pluie ? Une petite lucarne apporterait de l'éclairage et un cachet… Non ! Par un système de photos mises en parallèle, le lecteur peut, d'un seul coup d'oeil, voir ce qui est conseillé ou ce qu'il vaut mieux ne pas réaliser.


Marquer l'intervention

Que faire alors ? Ne pas avoir peur de donner un accent contemporain tout en respectant le passé. Mieux qu'un long discours, des dessins expliquent en long et en large les nuances et les variations, les manières de s'exprimer. Avouez que ce n'est pas simple, mais l'hiver n'est pas terminé… il y a encore de nombreuses soirées à occuper !
B. Herry

La brochure La Ferme monobloc en Ardenne, Conseils à la restauration et à la réaffectation est disponible à la Fondation Rurale de Wallonie, rue des Potiers, 304 à 6717 Attert. Tél. : 063-23.04.94. Renseignements auprès de Danièle Antoine.

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