02 novembre 2001 - n°168

Tourisme

L'Ardenne et la Vierge (XXVI)

Sous la protection de la Vierge
En plaçant le corps de saint Hubert à Andage en 825, les Liégeois n'avaient qu'un seul but, l'imposer comme patron de l'Ardenne. Au milieu du XIe siècle, une abbaye inféodée aux Liégeois prenait pied de manière plus qu'équivoque dans le comté de Chiny en se faisant " donner " l'église de Longlier. Face à cette menace directe, le comté de Chiny va se placer sous la protection de la Vierge. Après Diane et sa biche, c'est avec la Vierge la continuité dans la féminité pour l'Ardenne d'Arduina, donc pas besoin de saint Hubert et de son cerf. Comme nous sommes en Ardenne où le doublage est fréquent, ce sont deux statues de la Vierge qui vont apparaître au début du XIIe siècle, l'une à Avioth, l'autre à Hamipré.

Avioth
Montagne sacrée de l'Ardenne, Mont Saint-Walfroy va être doublé par Avioth qui partage la même latitude, à huit km de lui. Quand la statue y apparaît, le hameau est fort modeste. Cette statue n'étant entrée dans son église que vers 1325, une doublure sera dès lors placée dans la Recevresse voisine, endroit de l'apparition de la statue. Cette seconde statue ayant été détruite lors de la Révolution française, une nouvelle l'a remplacée en 1803. Le pèlerinage traditionnel y a lieu le 16 juillet, entre les foins et la moisson.

Notre-Dame d'Avioth posséde en quelque sorte une petite sœur à Iré-les-Prés, à 6 km au sud. Sans doute aussi ancienne qu'elle, son pèlerinage restera cependant purement local. Nouvelle capitale du comté de Chiny en 1235, Montmédy dépendait à l'origine de la très ancienne église d'Iré-les-Prés. Comme celle d'Hamipré, la Vierge d'Iré-les-Prés est également fêtée le 8 septembre.

Hamipré
Hamipré n'est autre que l'ancienne villa royale de Longolare, la plus importante de toute l'Ardenne. Celle-ci a changé de nom à cause de son pèlerinage Saint-Eloi. Ancienne chapelle de la villa, l'église d'Hamipré dépendait de celle de Longlier. Les moines de Longlier vont tout faire pour museler par tous les moyens Hamipré.
Afin d'essayer de trouver les moyens nécessaires pour restaurer son église, le curé d'Hamipré a vendu en 1912 quantité de pièces de mobilier de l'église, dont les deux statues de la Vierge. Après ce désastre, on en revit deux en plâtre, celles-ci seront enlevées après le Concile. En bois, la dernière a été offerte par les prisonniers de la dernière guerre. Curé d'Hamipré à cette époque, l'abbé A. Bossart aimait raconter que cette statue avait fait plus de tours que de miracles, ayant été sculptée dans un ancien axe de moulin.

Les lignes de force de l'Ardenne
Mont Saint-Walfroy, la villa impériale de Moyen-Izel et la villa royale de Longolare-Hamipré sont situées sur l'axiale Auvergne-Ardenne et sur la dorsale d'Arduina. Mont Saint-Walfroy était situé à mi-distance de Reims et de Trèves, la villa de Chiny (La Converserie, point médian de l'axiale Reims-Cologne). Les anciennes foires internationales de l'Ardenne qui se tenaient d'abord dans la forêt d'Anlier, puis à l'ermitage du biseux, étaient alignées entre Mont Saint-Walfroy et le point culminant de la forêt Schnee eifel (point médian de l'axiale Trèves-Aix-la-Chapelle). Ces foires seront dès lors alignées sur l'axe : le Biseux - Mellier - Hamipré - Libramont. Se retrouvaient également alignées : Ivoix - Mont Saint Walfroy - Montmédy - Iré-les-Prés, de même : Iré-les-Prés - Avioth - Hamipré. La petite Vierge d'Iré-les-Prés ne servait qu'à relier deux alignements. Enfin, l'abbaye Notre-Dame d'Orval est alignée entre Chiny et Montmédy, à moins de 1500 mètres du point médian des deux capitales du comté.

La riposte de Chiny
Cette impressionnante trame étant en place, on peut enfin comprendre la nécessité d'avoir la Vierge d'Avioth, à Hamipré et une abbaye qui lui est consacrée à Orval. En effet, la convergence à Chiny des lignes partant de Mont Saint-Walfroy et d'Avioth va frapper de plein fouet l'abbaye de Saint-Hubert. De même, la ligne partant d'Hamipré et passant à Orval va frapper de plein fouet Chauvency-Saint-Hubert. Cette stratégie de tir croisé prouve que la menace de Chauvency-Saint-hubert était prise au sérieux. Amené en grande pompe en 955, le corps de saint Hubert y serait peut-être resté après une subtile substitution (Chauvency-Saint-Hubert est à mi-chemin entre Mont Saint-Walfroy et le point médian de l'axiale Reims-Trèves).

Les sanctuaires à répit.
Les enfants morts sans baptême ne pouvaient être inhumés en terre consacrée, leur âme étant perdue. Les parents désespérés n'avaient d'autres recours que de se rendre avec le petit corps à un sanctuaire à répit, toujours dédié à la Vierge. Après un certain temps de prière, l'enfant donnait quelques signes de vie, juste le temps de le baptiser. Dans un cas, cela n'est arrivé que le 23e jour. C'était à Marche-en-Famenne où la chapelle de la Trinité est associée à une grotte, une grotte-matrice qui symbolise la terre-mère.

Les plus célèbres sanctuaires à répit en Ardenne étaient Avioth (doublure du mont d'Arduina) et Malmedy (relais de la piste d'Arduina). Il y avait Hamipré, Bras (chapelle de Lommal), Cowan, Samrée, Marche-en-Famenne, Rochefort, Houyet, Foy-Notre-Dame, Dizy, Gespunsart, Méières, Stenay et Luxembourg. Condamnés en 1729, les répits resteront nombreux en Ardenne jusqu'à la fin du siècle, contrairement à d'autres régions où ils continuèrent en cachette, comme en Lorraine. Si les répits ne sont connus chez nous qu'au XVIIe siécle, ces pratiques commencent cependant dès la fin du XIVe siècle. Ces pratiques commencent cependant dès la fin du XIVe siècle et se généralisent en Europe au XVIe siècle.

C'est justement au début du XVIe siècle que le protestantisme se développe et que les positions de l'Eglise se radicalisent. On voit dès lors se multiplier les procès de sorcellerie. Ceux-ci seront particulièrement nombreux dans la région de Saint-Hubert entre 1615 et 1625. Les villages de Neuvillers et de Bras seront les plus durement touchés. La sorcellerie était due à la persistance d'anciennes superstitions, à l'extrême ignorance des gens, à l'omnipotence du clergé, à la très grande misère et à l'atroce violence de ces temps où la guerre était quasi permanente et où les conditions climatiques étaient épouvantables. Dans ces conditions, il était inévitable de voir le diable partout. L'Eglise va réagir en multipliant les institutions monastiques, surtout celles des récollets : à Florennes dès 1605 (pour contrebalancer l'abbaye bénédictine), à Hamipré en 1663 (pour contre balancer l'effet néfaste du prieuré de Florennes à Longlier), à Bastogne en 1621, à Durbuy en 1628, à La Roche en 1663 et à Virton en 1674. L'implantation de Virton avait été envisagée à Avioth quelques années plus tôt.
(Suite dans le prochain numéro)

Henri Gratia

Retour au sommaire



Publicityweb Référencement & E-marketing


Retour page d'accueil