02 novembre 2001 - n°168


Que faire de son puits ?

Une dalle plate, un prisme de béton… Une petite construction en schiste ou un carré creusé dans le sol de la cave : ce sont d'anciens puits.
Il y a un demi-siècle à peine, des gens y puisaient encore leur eau à l'aide de seaux et de poulies, de manivelles ou de pompes.

Est-ce le prix de l'eau qui augmente sans cesse qui nous fait regarder ces constructions ? Est-ce lui qui nous fait projeter de remettre en service un ancien puits ou d'en créer un ? Une chose est sûre, la tendance est à la recherche d'alimentation en eau à moindre coût. Nous avons donc décidé de creuser le sujet du captage d'eau souterraine pour ce numéro.

Que Faire de son PuitsDans la région, de nombreuses maisons ont encore un puits. Soit juste devant l'habitation, soit dedans. Il est donc tentant de le réutiliser, ne serait-ce que pour fournir de l'eau au potager, pour nettoyer la voiture ou pour les sanitaires. Certains envisagent même de la filtrer pour la boire, en se disant que nos anciens en ont consommé des litres et des litres sans être malades. Une eau venant du sol nous inspire confiance et pour peu, on songerait à être autonome en la matière. La facture d'eau dans une main et une calculette dans l'autre, les plus hardis n'hésiteraient pas à forer le sol pour installer un puits tout neuf. Devons-nous ranger ce genre d'idées dans le rayon des utopies ? Ou est-ce réaliste ?

Une chose est certaine, on ne procède pas n'importe comment. L'exploitation des prises d'eau souterraine est réglementée d'une façon très stricte. Toute personne utilisant une source ou un puits doit disposer d'une autorisation du Ministère de la Région wallonne.

Comme nous l'avons expliqué dans un article précédent, la qualité de l'eau dépend du sol et de l'activité humaine exercée sur la zone qui recueille cette eau. La nature du sol, nous la connaissons, elle ne pose quasiment pas de problème. Le souci majeur, c'est le deuxième point. Avec les années qui passent, les occupations des hommes ne cessent d'augmenter. L'élevage implique des épandages de fumier ou de lisier. La pluie sur les nombreuses routes apporte des résidus de gaz d'échappement, de carburants. Les tas de compost produisent des nitrates. Les nouvelles maisons sont normalement équipées de fosses septiques, mais les eaux qui en sortent filent parfois tout droit dans la nature au lieu de se diriger vers une station d'épuration. Quand ce ne sont pas des sanitaires qui sont directement raccordés à un puits, qui servait jadis à prélever de l'eau potable et qui se transforme en puits perdu. La liste est longue.

Les analyses effectuées dans la région montrent de plus en plus des résultats qui s'approchent de la limite autorisée pour les nitrates, c'est-à-dire 50 mg par litre. Mais ce qu'il faut surtout avoir à l'œil, ce sont les paramètres micro biologiques : les coliformes, les streptocoques et autres germes pathogènes. Les épidémies de typhus et de choléra de 1832, 1849, 1854 et 1866 sont loin, très loin. On ne songe plus aux multiples cas isolés, à la diphtérie, aux maladies qui touchaient le bétail. Mais c'est quand même suite à ce type de catastrophes que le ministre de l'Agriculture Léon De Bruyn, le 30 décembre 1890, réglementa les causes des contaminations des eaux alimentaires : les fosses d'aisance, à purin et à fumier. Ce fut un des grands points de départ d'une réflexion en profondeur sur la qualité des eaux de boisson. Suite à la tuberculose bovine qui sévit de 1892 à 1895, il prendra des mesures draconiennes.

Si la réglementation est encore sévère aujourd'hui, c'est dans l'intérêt de tous et surtout sur base de nombreuses études scientifiques. Les conditions d'hygiène ont changé, les risques de contamination sont différents, mais la vigilance est toujours de mise. Celui qui souhaite disposer d'un puits doit donc se soumettre à une série de points.

Pour savoir comment cela se passe en pratique, nous sommes allés à Libramont, chez un éleveur qui a réalisé un puits dans les règles de l'art.


Visite sur le terrain...

Il y a sept ans, Willy Thilmant a installé un premier poulailler. Pour l'alimenter en eau, il s'était tout simplement raccordé à la distribution. Par la suite, il a souhaité en construire un second. Avec son expérience, il pouvait juger du coût de l'eau et il savait aussi que son prix ne pouvait qu'augmenter au fil des années. Il avait dix-neuf mille poules pondeuses et il souhaitait passer à cinquante mille.

Willy ThilmantSon père, qui était aussi éleveur, avait fait forer un puits par un professionnel pour alimenter ses bovins en 1976, l'année de la grande sécheresse. C'est ainsi qu'il a eu l'idée d'en aménager un à proximité de ses poulaillers. Pour savoir où creuser, il a fait appel à un sourcier. Une fois un emplacement indiqué, un spécialiste de la région wallonne est venu donner son avis. Le point était trop près d'une route. Le sourcier est revenu… pour trouver un second point et cette fois c'était le bon. Il était possible de forer le puits et de respecter une zone de protection d'un rayon de dix mètres autour de la prise. C'était suffisamment éloigné des futurs bâtiments. Le foreur pouvait entamer son travail. Pendant une journée complète, les machines ont tourné pour atteindre une profondeur de quarante mètres. Au fur et à mesure, les données sur la nature du sol étaient collectées, dans le but d'établir un rapport géologique. Des tuyaux crépinés ont été introduits entre treize et quarante mètres. Entre le niveau du sol et les treize mètres ce sont des tuyaux sans trou. Comme Willy Thilmant projetait d'utiliser plus de six mille mètres cubes d'eau par an, il devait effectuer un essai de pompage. Pendant trois jours, une pompe a été installée et les débits surveillés. La production correspondait à l'attente, le foreur pouvait aménager la prise d'eau.

Une chambre en béton a été placée autour du tuyau et un compteur agréé a été installé. Autour du point de prise, une clôture a été placée pour éviter toute activité dans un rayon de dix mètres. Le propriétaire des lieux pouvait rentrer une demande d'autorisation à la Région wallonne, accompagnée de tous les documents nécessaires. Une analyse indiquait que l'eau était de bonne qualité. Pendant ce temps, la construction du second poulailler prenait forme. On pouvait donc amener l'eau dans les bâtiments jusqu'à un réservoir tampon de trois mètres cubes à l'aide d'une pompe. Au départ du réservoir, un groupe hydrophore met l'installation d'eau sous pression. Après une vérification du respect des règles, l'autorisation fut accordée.

Le compteur indique évidemment le nombre de mètres cubes consommés… c'est son travail ! Sur base de cela, Willy Thilmant paie une contribution de prélèvement et aussi, comme nous pour l'eau de distribution, une taxe sur le rejet des eaux usées. Cette taxe est destinée à financer l'épuration collective et individuelle. A cela s'ajoutent des frais d'analyse chaque fois qu'il juge nécessaire de les effectuer.

Pour préserver la qualité de son eau, il respecte la zone légale autour du puits mais aussi il veille à la propreté des environs et ses prairies jouxtant le périmètre protégé ne servent plus qu'à la fauche.


Au rayon des souvenirs

Mettre un puits en service n'est donc pas une mince affaire. Les anciens dispositifs sont à bannir puisqu'ils ne correspondent à aucune norme actuelle et de plus ils sont souvent peu profonds - de l'ordre d'une dizaine de mètres. Ils collectent des eaux de surface riches en polluants.
On peut toujours se pencher par-dessus la margelle et y puiser des souvenirs des temps anciens.

B. Herry

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