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02 novembre 2001 - n°168
Que faire de son puits ? Une dalle plate, un prisme de béton
Une petite construction en schiste ou un carré creusé dans le
sol de la cave : ce sont d'anciens puits. Est-ce le prix de l'eau qui augmente sans cesse qui nous fait regarder ces constructions ? Est-ce lui qui nous fait projeter de remettre en service un ancien puits ou d'en créer un ? Une chose est sûre, la tendance est à la recherche d'alimentation en eau à moindre coût. Nous avons donc décidé de creuser le sujet du captage d'eau souterraine pour ce numéro.
Une chose est certaine, on ne procède pas n'importe comment. L'exploitation des prises d'eau souterraine est réglementée d'une façon très stricte. Toute personne utilisant une source ou un puits doit disposer d'une autorisation du Ministère de la Région wallonne. Comme nous l'avons expliqué dans un article précédent, la qualité de l'eau dépend du sol et de l'activité humaine exercée sur la zone qui recueille cette eau. La nature du sol, nous la connaissons, elle ne pose quasiment pas de problème. Le souci majeur, c'est le deuxième point. Avec les années qui passent, les occupations des hommes ne cessent d'augmenter. L'élevage implique des épandages de fumier ou de lisier. La pluie sur les nombreuses routes apporte des résidus de gaz d'échappement, de carburants. Les tas de compost produisent des nitrates. Les nouvelles maisons sont normalement équipées de fosses septiques, mais les eaux qui en sortent filent parfois tout droit dans la nature au lieu de se diriger vers une station d'épuration. Quand ce ne sont pas des sanitaires qui sont directement raccordés à un puits, qui servait jadis à prélever de l'eau potable et qui se transforme en puits perdu. La liste est longue. Les analyses effectuées dans la région montrent de plus en plus des résultats qui s'approchent de la limite autorisée pour les nitrates, c'est-à-dire 50 mg par litre. Mais ce qu'il faut surtout avoir à l'il, ce sont les paramètres micro biologiques : les coliformes, les streptocoques et autres germes pathogènes. Les épidémies de typhus et de choléra de 1832, 1849, 1854 et 1866 sont loin, très loin. On ne songe plus aux multiples cas isolés, à la diphtérie, aux maladies qui touchaient le bétail. Mais c'est quand même suite à ce type de catastrophes que le ministre de l'Agriculture Léon De Bruyn, le 30 décembre 1890, réglementa les causes des contaminations des eaux alimentaires : les fosses d'aisance, à purin et à fumier. Ce fut un des grands points de départ d'une réflexion en profondeur sur la qualité des eaux de boisson. Suite à la tuberculose bovine qui sévit de 1892 à 1895, il prendra des mesures draconiennes. Si la réglementation est encore sévère aujourd'hui, c'est dans l'intérêt de tous et surtout sur base de nombreuses études scientifiques. Les conditions d'hygiène ont changé, les risques de contamination sont différents, mais la vigilance est toujours de mise. Celui qui souhaite disposer d'un puits doit donc se soumettre à une série de points. Pour savoir comment cela se passe en pratique, nous sommes allés à Libramont, chez un éleveur qui a réalisé un puits dans les règles de l'art.
Il y a sept ans, Willy Thilmant a installé un premier poulailler. Pour l'alimenter en eau, il s'était tout simplement raccordé à la distribution. Par la suite, il a souhaité en construire un second. Avec son expérience, il pouvait juger du coût de l'eau et il savait aussi que son prix ne pouvait qu'augmenter au fil des années. Il avait dix-neuf mille poules pondeuses et il souhaitait passer à cinquante mille.
Une chambre en béton a été placée autour du tuyau et un compteur agréé a été installé. Autour du point de prise, une clôture a été placée pour éviter toute activité dans un rayon de dix mètres. Le propriétaire des lieux pouvait rentrer une demande d'autorisation à la Région wallonne, accompagnée de tous les documents nécessaires. Une analyse indiquait que l'eau était de bonne qualité. Pendant ce temps, la construction du second poulailler prenait forme. On pouvait donc amener l'eau dans les bâtiments jusqu'à un réservoir tampon de trois mètres cubes à l'aide d'une pompe. Au départ du réservoir, un groupe hydrophore met l'installation d'eau sous pression. Après une vérification du respect des règles, l'autorisation fut accordée. Le compteur indique évidemment le nombre de mètres cubes consommés c'est son travail ! Sur base de cela, Willy Thilmant paie une contribution de prélèvement et aussi, comme nous pour l'eau de distribution, une taxe sur le rejet des eaux usées. Cette taxe est destinée à financer l'épuration collective et individuelle. A cela s'ajoutent des frais d'analyse chaque fois qu'il juge nécessaire de les effectuer. Pour préserver la qualité de son eau, il respecte la zone légale autour du puits mais aussi il veille à la propreté des environs et ses prairies jouxtant le périmètre protégé ne servent plus qu'à la fauche.
Mettre un puits en service n'est donc pas une mince
affaire. Les anciens dispositifs sont à bannir puisqu'ils ne correspondent
à aucune norme actuelle et de plus ils sont souvent peu profonds - de
l'ordre d'une dizaine de mètres. Ils collectent des eaux de surface riches
en polluants. B. Herry |
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