03 mars 2000  - n°139


Grâce à la gare

Haro sur les chevaux... à vapeur

C'est à sa gare, mais au préalable à un décret datant du 26 mai 1837 que Libramont doit plus que probablement son existence, puis son essor. C’est ce jour-là qu’à été prise la décision de l'établissement de la ligne Bruxelles-Arlon, laquelle allait déterminer l'avenir de Libramont. Les lignes vers Bastogne (1869) puis Bertrix (1882) allaient positionner Libramont comme un important noeud ferroviaire.

Dans le cadre du centième anniversaire de la commune, un groupe de passionnés d’histoire locale est occupé à rassembler toute l’information utile pour la rédaction d’un livre sur cet événement. Parmi eux se trouve Maurice Merenne, originaire d’Arville, retraité heureux à Hatrival mais qui a lié toute sa vie professionnelle à Libramont-Chevigny. Il a décidé d’apporter sa contribution à cet ouvrage en se chargeant de retrouver tous les éléments liés à la gare de Libramont.

De l’ancienne à la nouvelle gare

La naissance de Libramont est intimement liée au chemin de fer. Fin des années 1800, les notables de communes comme Neufchâteau ou Saint-Hubert ont refusé que les trains, bruyants et polluants avec leurs volutes de noires fumées, ne s’approchent trop de leurs petites villes paisibles. C’est ainsi que les gares chestrolaise et borquine ont pris place respectivement à Longlier et à Poix. Comme l’explique Maurice Merenne, voisin de Poix-Saint-Hubert dans sa jeunesse : "Cela a permis à ces deux villages alors peu importants d’enregistrer une activité économique notoire et de se révéler bien dynamiques. A Poix, il y eut à une certaine époque deux épiceries, deux taxis, trois hôtels, deux centrales électriques, une boucherie, une fabrique d’épingles et une autre d’enveloppes... Mais pour en revenir à Libramont, sa naissance vient de ce que les habitants de Lamouline et de Sberchamps en avaient assez de payer des frais inhérents à l’installation du chemin de fer, que ce soient des extensions ou des quais. Une plainte a été déposée en bonne et due forme le 1er octobre 1896 par la commune de Saint-Pierre. Elle a été acceptée par le Conseil provincial du Luxembourg et la scission a été entérinée. Une loi du 30 juillet 1899 faisait de Libramont une commune indépendante, tout simplement".

Place de gare

Comme l’indique encore le nom de la rue perpendiculaire à la grand-rue, il y eut en réalité deux gares à Libramont. Maurice Merenne continue à ce jour de chercher dans les archives des Chemins de Fer, à Bruxelles et à Namur, pour trouver des plans de cette ancienne gare. Plus personne, apparemment, n’en possède de photos, ce qui est loin d’être le cas de la gare actuelle. "Tout ce que nous savons de cette ancienne gare, ajoute Maurice Merenne, c’est qu’il s’agissait d’un bâtiment en bois, rapidement dépassé par l’ampleur prise par l’activité ferroviaire à Libramont. Le premier train qui est passé à Libramont l’a fait le 17 octobre 1858, venant de Grupont pour aller à Arlon. Les plans de l’ancienne gare remontent au mois de mars 1886 et son inauguration daterait de 1890... Ce que peu de gens connaissent, c’est la particularité de l’actuel bâtiment. Il est en fait de style frontalier, avec deux tours, ce qui est rare pour une gare située en plein coeur d’une province. Cette architecture avec deux tours se rencontre fréquemment dans les zones frontalières, comme à Lamorteau ou en province de Liège. Pourquoi deux tours ? Parce que la première était réservée au chef de gare et la seconde au receveur des douanes.".

Toute la gare et ses environs sont rapidement devenus une importante plaque tournante. De petits commerces se sont installés alentour : l’hôtel du Roi (construit en 1891 par Émile Olivier), une quincaillerie, un café et même un...casino! Mais surtout il y a eu l’activité bois et ses quais remplis de cet or vert en provenance de tout le centre de l’Ardenne. Ensuite, Libramont a pu compter sur l'essor extraordinaire de la Foire agricole, l'implantation de la poste et de son centre de tri, la RTT, puis plusieurs entreprises importantes, des administrations, des écoles. Avec les fusions, et le retour de Saint-Pierre dans le fief de Libramont-Chevigny, la cinquième commune du royaume (en superficie avec 17 895 ha), est aujourd’hui forte de ses neuf milliers d'habitants, prêts à fêter ce qui est quelque part leur centenaire! Par contre, la gare n’a que très peu évolué, restant quasi d’origine dans ses proportions. Sa salle d’attente est toujours aussi petite alors qu’en 98, environ 3015 voyageurs y transitaient au quotidien, un chiffre à comparer aux 2400 d’Arlon, pourtant chef-lieu de la province. Ses abords ont eux enregistré plusieurs rénovations dont la dernière en date, très réussie, vient de se terminer.

Les belles flammes des archives

Commune récente, Libramont ne possède que peu d’archives et a fortiori quand on apprend, de Maurice Merenne, qui tient cette triste anecdote de l’ancien receveur Louis Duchêne, que "les Allemands ont occupé l’ancienne maison communale en 40-45 et faisaient du feu avec les archives qui ont été brûlées parce que, selon les occupants des lieux, elles faisaient de belles flammes... Le pont a lui aussi subi de graves outrages. En 14-18, il a été agrandi par les Allemands toujours, pour la bonne raison qu’il n’était pas assez large pour passer avec leur charroi. Ils allaient pourtant le faire sauter en 40... ". Voilà un avant-goût du livre consacré à l’évolution économique de Libramont et, ce faisant, à sa gare. Deux expositions auront lieu en mai, l’une dans la gare consacrée aux chemins de fer, avec du matériel et des maquettes dont celle de la nouvelle micheline qui entrera en fonction sur la ligne de Bertrix désormais électrifiée, et l’autre au Centre Culturel libramontois avec des photos du chemin de fer et de tout le passé de cette commune. Avis aux amateurs et... merci à Maurice Merenne, le plus Libra-montois des Borquins.

P. Willems

Retour au sommaire



Publicityweb Référencement & E-marketing


Retour page d'accueil