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03 mars 2000 - n°139
A la veille de la venue du ministre de léducation en charge de lenseignement fondamental dans la commune de Neufchâteau, notre journal est allé à la rencontre de deux petites écoles, celles de Massul (Neufchâteau) et de Les Fossés (Léglise). Les parents des élèves nous ont fait part de leurs inquiétudes et de leur agacement face au raisonnement budgétaire quon leur tient sans cesse. Vivre sous la menace de fermeture
Lorsque dans une famille, des enfants sont en âge de fréquenter lécole, les parents se mettent à la recherche dune section maternelle ailleurs quau village puisquil ny en a pas. Puis les enfants grandissent... Le premier entre en primaire et le second entre en maternelle. Un choix simpose aux parents : mettre le premier à lécole du village et courir ailleurs pour le second qui est en maternelle ou privilégier la facilité, maintenir les deux enfants sur le même site scolaire, cest-à-dire ailleurs quà Massul. Le village na jamais bénéficié dune section maternelle. Évidemment cette situation a toujours compliqué la vie des parents. Pourtant lécole primaire a toujours existé mais en traversant des périodes difficiles sous la menace de fermeture. Aujourdhui, elle rôde à nouveau comme un fantôme qui revient dans un cauchemar dont on ne parvient pas à se défaire. Lassés de cette situation usante, les parents des élèves de Massul lancent un nouvel appel au secours. Face à la rationalisation Au fil des années, les arguments se sont aiguisés. La question de la désuétude de la petite école est balayée dun revers de la main : "Quand il y a la volonté, un conseil communal a vite fait de décider dinstaller un module", réplique un parent agacé. Maintenant, il est question de la qualité de vie des enfants, des familles, du village, dencourager les enfants à aller à lécole à pied ou à vélo, de favoriser les contacts intergénérations et les rassemblements occasionnés par les fêtes comme la St-Nicolas, Noël, la fête des mères... Linquiétude des parents et des sympathisants de lécole est nourrie par le réflexe de rationalisation quont les gestionnaires publics. Tout est ramené à une valeur chiffrée et à une logique de gestion budgétaire. Le discours qui brandit la bonne gestion des fonds publics passe mal. En cause, le décret de la Communauté française qui condamne lentement les petites écoles et qui vide les villages de lieux de rencontre et de vie. La mauvaise gestion du problème par les pouvoirs communaux qui ont tendance à regrouper les écoles par souci déconomie. Et puis des paroles qui vexent, comme celles de lancienne ministre Laurette Onkelinx qui estime que "sous un certain nombre délèves, la qualité pédagogique risque de pâtir" et que si lécole descend sous la norme, cest que "la plupart du temps une partie importante des parents navaient pas fait confiance à lécole du village". Le cas de Massul mérite que lon sy attarde, mieux, quon y réfléchisse sérieusement. Labsence de section maternelle défavorise lécole, crée un éloignement des élèves potentiels et menace lexistence de celle-ci. Cette situation devrait interpeller les responsables locaux pour plusieurs raisons. Tout dabord, il nest pas bon pour une école dêtre perpétuellement menacée de fermeture. Cela encourage les parents à anticiper la fermeture et à placer leurs enfants ailleurs. Lincertitude qui règne en septembre est très néfaste. Observons aussi la situation géographique de Massul-Molinfaing. Situées à une proximité envieuse du carrefour autoroutier, ces deux localités sont exposées à une expansion probable et rapide. Enfin, lécole en soi est un argument fort pour attirer les jeunes ménages dans une localité. En menant une politique de lotissement et dencouragement à la construction, Massul et Molinfaing subiraient une poussée démographique. Nul doute que cela résoudrait les problèmes de population de lécole en question. Lembarrassant recrutement délèves Pour relever les effectifs nécessaires à la survie de lécole, parents et instituteurs doivent quelquefois se livrer à du recrutement ennuyeux. Convaincre des parents désintéressés crée parfois des tensions fâcheuses. Le recrutement met souvent en concurrence des écoles dun même réseau dépendant dun même pouvoir organisateur. Cela engendre des conflits dont parents et enseignants se passeraient bien. En général, dans tous les villages, une partie des enfants est scolarisée ailleurs que dans lécole de son village. Mais cela se fait au profit des centres qui, eux, ne connaissent pas spécialement le problème de manque deffectifs. Il faut donc considérer la question de la concurrence des écoles avec plus dattention pour éviter justement que les écoles exposées à ce problème nen souffrent exagérément. La population scolaire est très variable en milieu rural et des règles inadaptées produisent des situations néfastes, voire désastreuses. Enfin, il faut évoquer la question de la qualité de lenseignement dispensé dans les petites écoles. Il existe certains préjugés sur les écoles à classe unique (faibles moyens, difficultés de gérer plusieurs âges à la fois...). Le fait davoir un seul enseignant pour six années est parfois mal envisagé. Toutefois, ces petites écoles offrent de nombreux aspects positifs. A titre dexemple, le travail en cycle pratiqué dans les écoles rurales est maintenant imposé dans toutes les écoles du fondamental. Maintenir les petites unités, cest offrir une diversité décoles : petite, grande ou moyenne, parfois lune convient mieux à un enfant quune autre ! Toutefois, il faut éviter de maintenir trop longtemps une classe avec un effectif trop bas. Ce nest bon ni pour lavenir de lécole, ni pour lépanouissement de lenfant. Les parents ont sauvé la section maternelle
Le village ne comptait que trois enfants pouvant être admis en maternelle. Or, pour maintenir la section ouverte, il en fallait minimum huit. Inévitablement, on se dirigeait vers la fermeture si lon ne faisait rien. Emputée de sa section maternelle, lécole allait se fragiliser. Très vite, les parents des élèves ont pris la mesure du danger. Sans la section des petits, lécole est moins attractive et offre moins de services aux parents. Une fois les habitudes prises sur un autre site scolaire, le retour de lenfant à lécole primaire de Les Fossés est incertaine et hypothétique. Sans attendre la rentrée de septembre, les parents, réunis en assemblée lors dune soirée dinformation, prennent conscience du problème. Ils sorganisent en comité qui aura pour objectif de valoriser et soutenir lécole. Des animations récréatives pour les enfants sont mises sur pied, une caisse est constituée en vue dintervenir pour certains achats et des réunions de parents sont programmées pour réfléchir à laction à mener pour sauver la section maternelle. Le comité de parents comprend vite quil ne faut pas attendre de miracle et que les élèves manquants devront être trouvés quelque part. Débute alors une longue période durant laquelle les parents vont aller à la recherche délèves potentiels en veillant à ne pas débaucher ceux des écoles voisines. La tâche est ardue et malaisée. Rapidement, certaines réalités simposent. Labsence de garderie a déjà éloigné un certain nombre denfants qui auraient pu fréquenter lécole de Les Fossés. Une garderie devient indispensable pour obtenir laccord de certains parents qui ne sont pas contraires à placer leurs enfants à Les Fossés. La menace de fermeture de la section maternelle, la rumeur et la mauvaise information créent une insécurité, une peur de devoir "recaser" son enfant ailleurs si lécole devait fermer fin septembre. Lincertitude joue en défaveur de Les Fossés. Il va falloir beaucoup de patience, de volonté, voire dacharnement, pour que le comité des parents parvienne, la veille de la rentrée, à réunir les huit enfants requis pour maintenir sa section maternelle ouverte. Tout le monde poussera un ouf de soulagement le 1er octobre quand léchéance sera tombée définitivement. Lexemple de Les Fossés Lexemple de Les Fossés est intéressant a plus dun titre. Comme bien dautres écoles rurales, ce village de lentité communale de Léglise traverse un période où la démographie de sa jeune population est à la baisse. La conséquence directe de cette situation est la menace de fermeture de lécole, dans notre cas, la section maternelle. Il faut souligner que cette menace influence le comportement des parents. Par manque dinformation, lécole est souvent considérée comme fermée alors que rien nest confirmé. Dautre part, le sentiment dinsécurité est croissant à lapproche de la rentrée du mois de septembre par peur de placer son enfant dans une école et de devoir le déménager un mois plus tard pour cause de fermeture. Le comité des parents peut jouer ici un rôle majeur. Associer le village à la sauvegarde de lécole est très important. Dune part, cela permet de sensibiliser la population au rôle que joue lécole au sein du village. Car en général, les gens ne sont pas indifférents à ce problème, mais disons quils ne sont pas préoccupés parce quils nont pas denfants en âge dêtre scolarisés. Evoquons la question de lorganisation dune garderie. Sujet délicat, on sen doute, tant les avis sont partagés. Lorganisation de garderies doit faire lobjet détude au cas par cas. Dune école à lautre, la demande est très variable. Mais dans certains cas, le sujet est sensible parce que cela peut influencer le nombre délèves et mettre en balance le maintien de lécole. Les garderies ne simposent pas dans le milieu rural comme en zone urbaine. Souvent, à la campagne, les grands-parents se chargent des enfants, mais ce nest pas le cas pour tout le monde. Les nouvelles familles, par exemple, ne peuvent pas compter sur cet avantage si elles sont éloignées de leurs parents. Pour elles, les garderies sont indispensables. Louverture de garderies est un phénomène en croissance et il y a gros à parié, vu lévolution de la société, que la demande va continuer à croître. Les pouvoirs organisateurs doivent être attentifs à cette question car elle peut influencer léquilibre de la population dune école. A propos de la population scolaire, il faut observer limportance dune section maternelle pour un site scolaire. Cest en quelque sorte la pépinière de lécole, son avenir. Une fois les habitudes prises en maternelle, il ny a plus quà traverser le couloir ou la cour de lécole pour rejoindre lécole primaire que lenfant et les parents connaissent déjà... Il y a quelque chose de rassurant. Les parents de Les Fossés ne se sont pas trompés : en sauvant la section maternelle, ils donnent plus de chance pour lavenir de leur école tout entière. Une fois fermée... Il nest pas facile de rouvrir quelque chose de fermé, dautant plus sil sagit dune école. Néanmoins, il nest pas trop difficile de rouvir une implantation (section dune école). Deux choses sont toutefois nécessaires : un contexte favorable et une volonté politique. En 1989, à Neufchâteau, sous la législalture du bourgmestre M. Lambrechts, ladministration communale ouvre une section maternelle à Namoussart. Un an plus tard, la section primaire verra le jour alors que lécole avait été fermée vers 1983/84.. Lancien bourgmestre M. Lambrechts souligne bien le contexte de lépoque : "La campagne électorale nous a sensibilisés au problème. Namoussart réclamait une école. Mais il faut beaucoup de volonté de la part de tout le monde pour parvenir à la réouverture. La concertation est nécessaire. Il faut sassurer quil y a suffisamment délèves pour plusieurs années. Si tout le monde, les politiques comme les parents, manque de bonne volonté, on ne va pas loin...". Le rôle des communes Les écoles rurales font souvent partie du réseau communal. Les pouvoirs locaux ont donc une faculté dinitiative, doù leur responsabilité face au problème. Fréquemment accusées de faire de la gestion budgétaire en négligeant le service à la population, les communes donnent limpression de gérer les écoles comme un fardeau. La rationalisation des coûts est donc leur logique. Face à cette situation, les comités de parents ont un rôle important à jouer pour rappeler aux édiles que lécole est un service aux citoyens et quil ne faut pas le négliger. Laction des parents de Les Fossès sest inscrite dans cet esprit. Ils nont pas manqué dinterpeller le pouvoir communal pour attirer leur attention sur limportance quils accordaient à leur école et ont sollicité laide de ladministration communale pour mettre en place une garderie afin que lécole conserve toutes ses chances de maintenir sa section maternelle. En conclusion, on peut affirmer quune école dynamique et en bonne santé est le fruit dune politique prévoyante, soutenue par une vigilance et un engagement des parents, sans oublier un corps professoral épanoui. Olivier Weyrich |
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