03 avril 2003 - n°200

Neufchâteau

Chr.Dumont : au bout du rêve !

Curieux qu’ils étaient de découvrir l’Eden Star, l’hôtel de l’enfant du pays, les touristes de la région sont accourus, ils ont vu, ils sont revenus. Des souvenirs plein la tête, de l’émerveillement plein les yeux, ils sont rentrés enchantés de leur séjour à Zarzis. Seul Christian est resté sur place, pour quelques mois encore. Il nous livre ses impressions et répond volontiers à nos questions.

L’Info : D’où est venue l’idée de construire un hôtel en Tunisie ?

Chr. Dumont : Je suis venu en vacances ici et j’ai trouvé l’endroit superbe et peu exploité. Le rêve a commencé à germer. La première idée n’était pas de faire un hôtel mais bien de construire des secondes résidences pour les Tunisois.. J’ai trouvé ici sur place une personne, Mouhdi, qui m’a créé ma première société. Il travaille dans l’hôtellerie et connaît très bien le milieu touristique. Petit à petit est venue l’idée de construire un hôtel. Nous avons eu l’opportunité d’acheter un terrain avec un projet d’environ 250 lits. Contacts sont pris avec les banques mais la réponse est négative : « La limite de rentabilité pour ce genre d’hôtel est de 400 lits. Soit le projet n’est pas viable, soit vous nous faites un projet de 400 lits.»

On a recommencé tous les plans. Nouveau contact avec les banques qui donnent un accord de principe. Au fur et à mesure de la construction, on se rend compte qu’une capacité de 400 lits se situe à la limite de la rentabilité. On modifie donc le projet initial. Celui-ci évolue vers une capacité de 600 lits. C’est alors que l’on doit faire face à une préoccupation majeure : le financement des 200 lits supplémentaires. Il est impossible d’avoir des allonges. Seule façon pour y arriver : fabriquer tout nous-mêmes sur place, pour pouvoir gagner les 30 % de crédit afin de financer ce passage de 400 à 600 lits.

Pourquoi suis-je venu ici en Tunisie ? Parce que c’est un pays qui est proche de l’Europe, sans décalage horaire, où l’on parle français. De plus ils suivent les lois françaises et le Code Napoléon. Création de société, recours aux avocats, aux huissiers, les procédures sont les mêmes que chez nous. Ça aide. Ici tout est clean. Tout transfert d’argent venant de l’étranger passe obligatoirement par la Banque Centrale d’Etat et les origines sont vérifiées.

L’Info : Quand a été posée la première pierre ?

C.D. : Il n’y a pas eu de première pierre ! Quatre mois de travaux ont été nécessaires pour les terrassements et l’implantation des pieux antisismiques, creusés entre trois et cinq mètres de profondeur à la main, au seau, à la corde. Ça ressemblait à un chantier archéologique.Le délai fixé au départ était de deux ans et demi. Je me disais je vais amener des technologies que les autres n’ont pas, donc en deux ans, cela devrait être terminé. Là, je me suis planté complètement ! Le délai a même été dépassé. Pour plusieurs raisons. Tout d’abord, tout a été fabriqué sur place. On a gagné de l’argent mais on a perdu du temps. Ensuite, des marchandises ont été importées de l’étranger, impliquant certains délais de livraison. Enfin, nous avons peaufiné la décoration intérieure.

L’Info : Comment as-tu envisagé l’inauguration ?

C.D. : Deux inaugurations sont prévues. L’inauguration officielle se fera en mai avec les personnalités politiques, ministres du tourisme, ambassadeurs. Ici j’ai voulu une ouverture entre amis, avec les personnes que je désirais voir dans cet hôtel avant de le céder aux tours opérateurs et à la commission de gestion.

L’Info : Justement comment comptes-tu gérer l’hôtel ?

C.d. : à partir du 15 mars, je n’ai plus aucun pouvoir en ce qui concerne la gestion, l’administration et la commercialisation. Néanmoins, l’hôtel, je n’ai pas voulu le donner en location, je veux en rester maître. La société Vincci travaillera donc en gestion pour compte. Je paye cette société pour gérer et commercialiser cet hôtel.

L’Info : Plus question donc de te contacter pour les réservations ?

C.D. : En effet, toutes les réservations ne peuvent se faire que via un tour-opérateur. Pour la Belgique, on peut s’adresser à Sunjet, Jetair, Thomas Cook, Mediterra, Neckermann, Tunisia Tour, Globe Voyage, Gamma Travel, Liberty T.V. et bientôt Luxair.

L’info : Les deux semaines d’ouverture sont terminées. Est-il envisageable de renouveler une telle expérience ?

C.D.: S’il y a une demande, pourquoi pas ? ça peut très bien se faire, sous le couvert de Vincci bien sûr. On a d’ailleurs régulièrement des groupes, des comités d’entreprise qui réservent l’hôtel entier. Ils nous disent à l’avance qu’ils viennent à 400 ou 500 personnes à telle date. Pendant cette période, l’hôtel est fermé aux tour-opérateurs. Donc envisager à nouveau de réunir les amis pendant une semaine, c’est faisable.

L’Info : Quel sentiment as-tu éprouvé quand le tout premier car est arrivé ?

C.D. : J’ai pleuré, je ne savais plus parler. Ce moment d’émotion faisait place à l’angoisse des semaines précédant le jour J, l’angoisse de ne pas être prêt, la peur que tout ne soit pas opérationnel. Après quelques jours de rodage, c’est le soulagement. Pour moi, c’est l’aboutissement d’un travail, quelque chose qui m’a pris ma vie pendant trois ans.

L’Info : Peut-on comparer l’inauguration de cet hôtel avec l’inauguration de la salle d’exposition au Sart ou l’ouverture du magasin à Arlon ?

C.D. : Non, c’est tout différent. Au Sart et à Arlon j’ai ouvert un instrument de travail, nécessaire. Ici, j’ai terminé un rêve. Cet hôtel, je ne l’ai pas fait par mégalomanie, ni pour gagner de l’argent. Je l’ai fait parce que j’ai rêvé un jour de quelque chose. J’ai pu réaliser mon rêve et je crois que c’est la chose la plus importante de ma vie. Que cet hôtel soit petit, qu’il soit grand, que ce soit une cabane au Canada, ça n’a pas d’importance. C’est le rêve qui compte. Et dans la vie, c’est ce qui est le plus important.

Er. Meunier

Question sur la cession du réseau d’eau

A 21h36, ce vendredi 28 mars deux hommes se lèvent de leur siège, Maison Bourgeois à Neufchâteau, au terme du vote du conseil communal : neuf oui contre sept non. Ces deux hommes appartiennent à la SWDE, Société wallonne des distributions d’eau, devenue simplement aujourd’hui «Société wallonne des eaux», et ils peuvent être satisfaits puisqu’ils viennent d’entendre la sanction positive du premier point de l’ordre du jour : «La cession des réseaux de distribution d’eau à la SWDE».

Ce vote était couru d’avance, mais il n’est tombé qu’au terme d’une discussion longue d’une heure trente, émaillée d’amabilités politiques. Si la commune en est arrivée à devoir songer à céder la gestion de son eau à une compagnie, c’est que ce poste est cruellement en déficit à son budget. Alors, soit elle investissait dans ce poste et n’avait plus de possibilités d’emprunts pour d’autres postes importants, soit elle se déchargeait de cette responsabilité en remettant le réseau.

L’info avait rencontré un représentant de chaque groupe avant le fameux débat du vendredi. « L’eau est un patrimoine, avançait Pierre Ghislain. En remettant le réseau à la SWDE, nous nous séparons d’une ressource, or quand nous regardons le contrat présenté par la compagnie, nous remarquons que celle-ci tient compte des installations et non de l’eau en soi. Comme je l’explique dans un dépliant qui a été distribué aux habitants, pour 2003, la redevance augmentera de plus de 20 %, l’eau, en fonction des mètres cubes consommés, aussi et à ce prix-là, la commune est tout à fait capable d’investir elle-même et d’assurer un service de qualité tout en gardant son patrimoine.»

Emmanuel Pierret Pierre Ghislain

« Pour que le réseau de distribution soit rentable, expliquait Emmanuel Pierret, il faudrait premièrement que la commune puisse vendre l’eau au prix vérité. Or, on ne hausse pas le prix de l’eau comme ça. Il faut avoir l’aval du Ministère des Affaires économiques et celui-ci accorde plus facilement des hausses à la SWDE qu’à nous, simple commune. Et deuxièmement, qu’elle puisse obtenir des subsides comme par le passé. Mais aujourd’hui, ceux-ci nous sont systématiquement refusés. Nous devrions mettre le réseau en conformité avec les normes de distribution imposées. Cela sous-entend notamment des travaux à Hamipré pour distribuer une eau claire et non rouge comme celle que nous avons maintenant. D’autre part, le poste qui nous apporte ordinairement le plus de fonds, dans les caisses communales, est le bois. Pour l’instant, il est en chute libre à cause des problèmes engendrés par la présence de scolytes. La SWDE s’est engagée sur toute une série de travaux déjà pour 2003, nous n’aurions pas pu le faire.»

Lors du débat, un argument qui rebondissait sans cesse était que les normes sont de plus en plus sévères. Depuis que notre rédaction s’intéresse à l’eau, les normes arrêtées par l’OMS n’ont pas changé et rationnellement, il est difficile d’établir qu’elles puissent devenir encore plus sévères. Ce qu’il y a par contre, c’est que la qualité de l’eau puisée pour la distribution se modifie. Plus on pollue, plus l’eau se charge de polluants et plus il est nécessaire d’en enlever pour répondre aux normes. Et ces normes qui étaient au départ contenues dans la directive de la CEE, pour indiquer vers quoi il allait falloir répondre, vont devoir être appliquées à la lettre. Il faut regarder le problème dans le bon sens.

Quoi qu’il en soit, les édiles buvaient tous de l’eau en bouteille pendant leurs âpres discussions. Une eau qu’il serait interdit de vendre au robinet puisque son pH est de 6 et que la norme de distribution est 6,5 à 8,5. C’est peut-être cela qui rendait les propos acides.

Au cours de la soirée, personne n’a pensé à remercier les fontainiers communaux qui ont œuvré, pendant des années, par tous les temps, à chercher des fuites, remplacer des conduites, à courir le dimanche au réservoir quand les alarmes se déclenchaient… à tout faire pour que nous n’ayons qu’à ouvrir le robinet.

B.Herry

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