03 juillet 2003 - n°212 - 213

Région

Deuxième marché aux ânes !Deuxième marché aux ânes !

Une trentaine de brocanteurs et artisans s’étaient installés ce week-end dans les petites rues de Behême et au vu des impressionnantes files de voitures stationnées de part et d’autre de la nationale 40, cette manifestation fut un succès. Des chevaux de trait ont promené des enfants en char à bancs, et des ânes… à dos d’âne.

Les célèbres mules étaient installées sur le “marché d’ânes”, pendant qu’un petit poney nommé Jerry se promenait dans le village sous le regard scrutateur de tous ceux qui participaient au concours ; il s’agissait d’estimer le poids de l’animal. C’est Pascal Wauthier de Louftémont qui a misé le plus juste avec 193,5 kg pour un poids correct de 194 kg. C’est donc lui qui a remporté un week-end pour deux personnes dans la Loire. L’année prochaine, les organisateurs remettent cela. Mais en attendant, le prochain rendez-vous sera cycliste et il est fixé au 3 août. À vos VTT !

Deuxième marché aux ânes ! Deuxième marché aux ânes ! Deuxième marché aux ânes !

Le père Shanti raconte (II)

Le père Shanti raconte (II)Avec leur vélo et une caisse de médicaments sur le porte-bagages, le père Shanti et ses deux compagnons quadrillent une zone géographique, englobant une soixantaine de villages, située dans le nord du Tamil Nadu. Ils font des “cliniques sous les arbres”. Ils partent très tôt le matin pour arriver avant que les gens ne se rendent au travail, vers six heures du matin.

“Pour chaque village, c’était fixe, explique le père Shanti. Nous passions tous les quinze jours. Le lundi à une place, le mardi à une autre. Nous avions un circuit. à chaque poste, nous rassemblions les gens de trois ou quatre villages. Il ne fallait pas qu’ils marchent plus de deux kilomètres. On avait des fichiers avec le nom des patients et nous leur donnions des médicaments. Ils appelaient cela, les médicaments des Anglais !

On connaissait tout le monde et tout le monde nous connaissait. C’était merveilleux parce que les gens étaient très accueillants et comme nous venions effectuer un travail "de service", il n’y avait aucune méfiance, aucun sous-entendu. Nous étions des "petits employés du gouvernement". Nous étions utiles pour la communauté.”

A force de prodiguer des soins d’une manière méthodique et globale, la maladie se réduit au sein de la population. Un des pères quitte l’Inde, un second part à la retraite ! Le père Shanti se retrouve seul à sillonner la région. Qu’importe, la tâche lui plaît. Après trente ans de services rendus, le père Shanti est mis à la retraite à son tour. N’ayant plus le droit de soigner les habitants, il ferme le dispensaire de son village. Du jour au lendemain, il change de vie puisqu’il ne voyage plus. Pour s’occuper, il va travailler, gratuitement, dans une pépinière proche de son habitation. “Là-bas, dit-il, on ne vit pas comme ici. Les maisons ne servent qu’aux mamans pour préparer les repas et stocker les victuailles. On vit dans la rue ! Quand il fait chaud, on dort dans la rue. On cherche les courants d’air !

Au début, je n’y croyais pas

Un jour, il y a eu une réunion dans le village… et j’étais là. Les gens m’ont véritablement provoqué. Pourquoi as-tu fermé le dispensaire ? m’ont-ils demandé. Parce que je suis retraité, ai-je répondu ! Tu as fermé et tu ne nous as même pas demandé la permission, ce n’est pas bien, m’ont-ils dit. J’ai tenté de leur expliquer qu’on ne peut pas soigner des gens sans autorisation. Ils m’ont rétorqué qu’on pouvait soigner les habitants autrement qu’avec les médicaments des Anglais, avec des plantes.

Au début, je ne croyais pas en cette médecine. Mais ils ont tellement insisté ! J’ai commencé par soigner les maladies de la peau, puisque c’était ce que je connaissais le mieux. Et cela marchait ! Alors, j’ai continué. J’ai étudié et j’ai rencontré des gens qui avaient appris l’usage des plantes de leurs ancêtres. Dans des textes anciens, j’ai trouvé cinq cents plantes décrites avec leurs propriétés. C’est une médecine basée sur l’équilibre et elle remonte à la nuit des temps. Plus on gratte, plus on constate qu’elle est élaborée ; on redonne l’équilibre à la personne en passant par l’organe malade. Maintenant, à la place de la pépinière nous avons une culture de plantes médicinales.”

Le père Shanti utilise un livre qui date du deuxième siècle, dans une traduction en tamoul parce qu’il ne connaît pas le sanscrit. Ce qui le tracasse, ce n’est pas vraiment de ne pas connaître cette seconde langue, mais de constater que certaines plantes disparaissent. “Certaines plantes demandent beaucoup d’eau et depuis cinq ans nous n’avons plus de pluies suffisantes. Le climat va en s’asséchant.”

Au terme de son passage en Belgique, le père Shanti a hâte de retourner chez lui (il a pris la nationalité indienne), loin de notre existence stressée, de nos GSM. “Si je devais revivre ici, j’aurais tellement de mal à me réadapter! Comment trouverais-je mon équilibre ? Je ferais peut-être un endroit qui soit beau pour prier, dans ma maison… mais où trouverais-je mes repères ?”

Propos recueillis par B. Herry

Les brins de rotin de Guy

Depuis 1978, Guy Collignon passe des brins de rotin à l’horizontale, à la verticale et de travers, sur des cadres de bois qui sont en fait des sièges de chaises ou de fauteuils ! Il travaille pour l’asbl La Gaume dans le département cannage. Cette asbl est une ETA, une entreprise de travail adapté. Initialement on y effectuait des travaux d’entretien forestier, du rempaillage et du cannage, de la reliure. Petit à petit, l’entreprise a évolué pour se consacrer plutôt aujourd’hui aux travaux en pépinière, d’horticulture, de pose de clôtures ou de maçonnerie.

Les brins de rotin de GuyEnviron quatre-vingt-cinq personnes y travaillent, dont une bonne soixante de personnes handicapées.
Voilà donc vingt-cinq ans que Guy Collignon est fidèle à son poste de canneur. Il exerce ce métier en voie de régression avec beaucoup de soin et on vient de très loin lui apporter des chaises à restaurer.

Le rotin est une plante, un matériau vivant. Son nom vient du mot malais rotan, qui signifie palmier grimpant. Il est souvent récolté sur des pousses sauvages, bien qu’on essaie actuellement de le développer au départ de plants cultivés. La partie qui est utilisée pour la confection de fonds de chaises est la tige dépouillée de ses gaines.

Les communautés indigènes l’utilisent dans de nombreux usages comme la fabrication de paniers, de nasses à poissons, de meubles, de cordes d’arbalète ou même pour construire des ponts. Mais à Breuvanne, Guy, lui, ne fait que de la restauration de sièges ! Il reçoit d’ailleurs les matériaux prêts à l’emploi. Enfin, ce n’est pas tout à fait correct, parce que le rotin ne se travaille pas tel quel. Il doit être ramolli dans de l’eau claire, ni trop, ni trop peu.

Il faut une journée pour faire une chaise et c’est très solide, à condition de l’utiliser correctement. Il fait des chaises, mais aussi des divans, des têtes et pieds de lit. “ Une fois, on a fait, un divan courbé, galbé, expliquent Guy et sa maman qui donne parfois un coup de main. Ce fut un travail terrible. Quand la personne est venue le chercher, elle était étonnée du résultat. Une semaine plus tard, elle revenait dépitée. Son chien avait tout démoli et il a fallu tout recommencer !”

Quand un client apporte une chaise, le plus dur n’est pas de canner mais de démonter soigneusement l’ancien travail. Bien souvent, il faut forer avec une mèche fine sur le pourtour, tarauder pour extraire les morceaux de rotin. Si on forçait, le bois risquerait d’éclater. C’est aussi l’occasion de vérifier et d’éventuellement recoller le cadre.

Bien souvent, la chaise n’est pas carrée. Guy doit donc tendre ses premiers brins de rotin légèrement en éventail. Les seconds sont mis par-dessus, perpendiculairement (en apparence!). Après, une sorte de travail de tissage commence ; il faut passer par-dessus et par-dessous les fils du quadrillage. La troisième passe consiste à tirer des fils dans la longueur et ensuite, c’est reparti pour un travail de tissage. Au dernier passage, des octogones apparaissent !

Les brins de rotin de GuyAu fur et à mesure de l’avancement de l’œuvre, Guy passe l’éponge sur les fils tendus pour garder de la souplesse à l’ensemble. Ce n’est pas terminé, il faut bloquer le tout à l’aide de petites chevilles dans chaque trou sur le tour et poser la finition. Quand l’ultime brin est coupé, la chaise est repartie pour deux générations… à condition de ne pas grimper dessus pour aller chercher de la confiture rangée tout en haut de l’armoire. Sinon, cela se termine tristement !

Au départ, Guy accomplissait toutes sortes de tâches et c’est par hasard qu’il a observé un ouvrier qui cannait. Il a dit : “ J’aimerais bien faire la même chose ” et voilà un quart de siècle, qui a sonné le 3 mai exactement, qu’il s’applique à tendre la canne avec patience et habileté. C’est le dernier petit atelier qui reste, à La Gaume. La reliure, le rempaillage ont disparu des activités. Et de l’équipe “ cannage ”, il n’y a plus que Guy… qui tire les fils sur sa grande toile cirée, avec ses petits outils.

B.H.

“ Ma vie d’adoisier mineur ”

“ Ma vie d’adoisier mineur ”Pourquoi n’écrivez-vous pas dans un livre ce que vous racontez ? Monsieur Soquay, existe-t-il des ouvrages qui expliquent la vie des mineurs dans les ardoisières ? Où est-ce… Combien de fois ces questions sont-elles venues aux oreilles de Louis Soquay, au terme des visites qu’il commentait dans l’ardoisière de la Morépire, ou celle d’Ardoisalle ? À chaque fois, c’était comme une petite main qui venait frapper à la porte des souvenirs. Fallait-il l’ouvrir et partager ces moments de vie rude, ces instants du fond de la mine ? Et surtout les écrire ? Louis Soquay n’était pas un auteur, il en était bien conscient. Depuis toujours, il est prêt à travailler en force, à maçonner, à porter, plafonner… mais s’asseoir à un clavier d’ordinateur, structurer un texte !

Monsieur Soquay, existe-t-il un livre… ? Ces petites phrases qui reviennent tout le temps !

Un soir, en rentrant, il prend un papier et se met à écrire : “ Plan pour un livre ”. Chapitre I, chapitre II, etc. Comme on apprend à l’école, et puis range la feuille. Un autre soir, Louis Soquay s’installe devant son ordinateur et se met à écrire. Sans s’arrêter ni consulter son plan, il écrit dix pages ! Ça s’arrête comme ça. Il range les feuilles et retourne à ses occupations très nombreuses ; depuis qu’il est pensionné, il ne sait plus ou donner de la tête !

Le mois de décembre arrive, avec la fête de la Sainte-Barbe, patronne des mineurs. Lors d’un souper, il revoit ses camarades de travail. Et quand d’anciens mineurs se rencontrent, c’est toujours pareil, ils se racontent des blagues : “ Tu te souviens du sel qu’on avait mis dans la gourde d’un tel ? Et les tapes qu’on se donnait en descendant dans le noir par-dessus les épaules ? Et Mètro, qu’on appelait ainsi parce qu’il disait toujours : tu mets trop ! ”

“ Ma vie d’adoisier mineur ”Sont-ce ces moments revécus en pensée, les jours d’hiver qui raccourcissaient, ou était-ce tout simplement le moment ? Il se met pour de bon à son clavier, qu’il a appris à manipuler au prix d’efforts intenses pour son travail d’inspecteur des mines, et le voilà parti.
Sa vie passe, morceau par morceau. Son adolescence : “ Je ne désire pas continuer mes études. Je veux travailler, ainsi que mon frère Jules… ”, son service militaire : “ C’est aussi en Allemagne que j’ai entendu les premiers singles de rock d’Elvis Presley…”, sa vie sportive : “ Pour mes 45 ans, je me suis attaqué à la distance mythique du marathon : 42,195 km ”, l’embauche à l’ardoisière de la Morépire : “ Le contremaître nous a reçus dans son bureau. Il était occupé à cuire une omelette de six œufs…”, l’odeur de la poudre noire, les paris de celui qui porterait la pierre la plus lourde…

Était-ce une manière d’établir un bilan à un moment de sa vie, le souci de transmettre ce métier particulier, une façon d’arrêter les questions, les petits coups à la porte des souvenirs ? C’était un peu tout cela. “ Aujourd’hui, je suis heureux, dit Louis Soquay. Un garçon m’a interrompu au cours d’une visite. Il m’a dit : maintenant, il faut reculer, faire ceci, cela. Je l’ai regardé étonné et lui ai demandé comment il savait ce que je n’avais pas encore prononcé. Il m’a répondu : je l’ai lu dans votre livre. Et dire que quand je le regarde, ce livre, je me demande si c’est vraiment moi qui ai écrit tout ça !”

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