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03 Novembre 2000 - n°148


De Mellier à Chevigny (XVII)
Les villas satellites
Prenant de l’importance, la villa royale de Longolare se voit adjoindre deux villas satellites qui sont à l’opposé l’une de l’autre, celle de Witry à l’est et celle d’Orgeo à l’ouest. L’installation de cette dernière se situe vers 645. Ces villas devant se trouver à mi-chemin de deux chapelles Saint-Martin, celle de Witry est entre celle de Nives et la “ Vieille Eglise ” de la forêt d’Anlier, celle d’Orgeo a nécessité la construction d’un monastère à Cugnon pour faire le pendant à la chapelle de Warmifontaine.
Suivant le même principe, deux nouvelles villas satellites seront encore créées, celle de Mellier se situant entre les chapelles de Léglise et de Rulles, celle de Chevigny se situant entre celles de Séviscourt et de Warmifontaine. Ces deux nouvelles villas n’étant plus exactement à mi-chemin de leurs deux chapelles protectrices, leur construction doit être nettement postérieure aux deux premières, vraisemblablement dans les années 700.
La villa de Mellier
Résidence située dans une villa marécageuse, la villa de “ Mas Lare ”, Maslare, Masliers, Mellier devait s’étendre entre le carrefour de l’entrée sud du village et l’église actuelle. La vallée jadis humide et le pied de la butte de l’église correspond assez bien au goût de l’époque. Simple villa, elle ne devait posséder qu’une toute petite chapelle (comme celle de Chevigny).
Le palais de Mellier
L’existence de ce “ Palatio Publico ” est attestée en 763 par un acte de Pépin le Bref qui s’y trouvait alors. Sa basse cour doit correspondre à l’ancienne villa. La haute cour par contre a été érigée tout en haut de l’étroite butte qui surplombe la Mellier d’une vingtaine de mètres et qui est encore appelée le “ Haut de la cour ”. C’est là que les traces de l’aula (salle du trône) ont été en partie dégagées par l’ancien Service National des Fouilles en 1982-1983. Cette aula était construite sur un rocher émergeant de 2 m du sommet de la butte et qui avait été raboté en forme de calotte. Des tranchées de fondations d’une vingtaine de centimètres de profondeur y avaient été taillées pour y asseoir les parements des murs. De ceux-ci il ne subsiste que quelques très rares pierres. On y voit également les entailles destinées à maintenir les pieds des échafaudages montés pour la construction de l’édifice. C’était un bâtiment en pierres de schiste
maçonnées au mortier jaune de 13,40m de largeur totale, sa longueur (non encore connue) devait être proche de 27m, ses murs étaient épais de 2,70 m.
Après l’abandon du palais, les murs de l’aula ont été démontés. Sur la couche de débris de mortier, nous y avons découvert la trace de petits foyers et de petits dépotoirs. La céramique découverte à cet endroit démontre que le démontage des murs eut lieu dès la fin de l’époque carolingienne. Peu après la mainmise de l’abbaye de Florennes sur l’église de Longlier, un des fils du comte de Chiny vient construire son donjon à l’emplacement de l’ancienne aula. La surface du haut de la butte est fortement agrandie pour y installer la basse cour du nouveau château. En 1842, l’antique chapelle Saint-Pierre est remplacée par l’église actuelle construite au pied de la butte de l’ancien château. Un meneau de fenêtre de l’ancienne chapelle y sert de support aux fonts baptismaux, il doit remonter à l’époque carolingienne.
Les villas de Witry et Orgeo
Le quartier noble de la villa de Witry devait entourer la chapelle Saint-Pierre qui deviendra l’église paroissiale. Le quartier des communs devait se situer en contrebas où sera plus tard construit le château. Déjà en 858, la villa de Witry ne faisait plus partie des domaines royaux. Reconstruit au début du XVIIe siècle et incendié en 1807, le château disparaitra du paysage en peu d’années. Reconstruite en 1673 puis en 1913, l’église Saint-Pierre est toujours au centre du village.
La villa d’Orgeo devait se situer de part et d’autre de la rivière, l’église Saint-Pierre se trouvant au centre du quartier noble. Une ancienne crypte a été découverte sous l’église.
La villa de Chevigny
Avec sa chapelle Saint-Pierre, cette villa ne pouvait se trouver qu’à Saint-Pierre-Chevigny. A cette époque, cette chapelle en pierres était une simple construction de 6,80 m sur 7 m. La fontaine Saint-Pierre située à proximité permettait d’alimenter en eau le quartier noble entourant la chapelle. Situer sur le terrain le quartier des communs est chose plus délicate car la chapelle est entourée de trois côtés par une vallée humide. La comparaison avec les autres villas est peu significative, à Longolare la chapelle se trouvait au sud, à Mellier et à Orgeo elle était au nord, à Witry elle était au sud-ouest.
L’étymologie classique de Chevigny: “ domaine de Cavinius ” est des plus douteuses, un domaine royal ne pouvant porter le nom d’un propriétaire privé (comme pour Hamipré: le “ Pré d’Henri ”). Quant au propriétaire de l’ancien domaine romain qui était situé à 5 km de là (à Sainte-Marie), il avait disparu sans laisser d’adresse, plus de quatre siècles plus tôt. Le petit ruisseau de Morifé qui coule au nord de la chapelle présente la particularité de se cacher par endroit dans un profond sillon, dans un creux ou une cavité (cavitas en latin), d’où peut-être le nom de Caviniacum, Chiviniacus, Chevigny. Actuellement enterré sous les jardins du nouveau quartier du village, ce secteur du ruisseau présente une topographie plus propice à l’installation du quartier des communs que la vallée du ruisseau de Lamouline. C’est également de ce côté que l’on retrouvait naguère la “ Vouye de R’dgivau ”, la Voie de Régivaux, le chemin du Val du Roi.
Une certaine “ Petri Villam in Arduenna ” citée dans une donation de 1049 ne peut en aucun cas être celle de Chevigny, la référence au patron de la chapelle n’est absolument pas valable car presque toutes les chapelles des villas étaient dédiées à saint Pierre. Au XIe siècle, le nom de Chevigny apparaît régulièrement et le terme “Saint-Pierre-Chevigny ” n’apparaît qu’à la fin du XIIIe siècle. Cette Petri Villa n’a pas encore pu être identifiée, ayant complètement disparu ou ayant changé de nom.
La dualité champs-forêt
La villa de Longolare a été installée en forêt, à la limite de la zone anciennement exploitée par les Gallo-romains. Même abandonnée depuis plus de trois siècles, cette zone était plus facile à défricher que l’antique forêt. Pour respecter cette dualité, les villas de Mellier et d’Orgeo ont été implantées en forêt tandis que celle de Witry et de Chevigny étaient dans la zone romanisée. Les villas en forêt font curieusement partie du diocèse de Trèves tandis que les deux autres (Witry et Chevigny) relèvent de celui de Liège, diocèse qui finira par trouver un moyen peu glorieux pour mettre la main sur l’église de Longlier.
A cause de cette dualité au sein même de certains domaines, une moitié de leur territoire a été plus rapidement développée que l’autre, donc plus peuplée, c’est de ce côté que sera construite au VIIIe siècle l’église paroissiale, dans le secteur nord pour Longolare, dans le secteur oriental pour Chevigny (également pour Mellier, mais ici à cause de la présence de l’ancienne chapelle Saint-Martin).
L’église paroissiale de Chevigny
Les ruines romaines situées à 5 km de la villa royale vont servir de carrière pour la construction de l’église de Sainte-Marie (c’est déjà la méthode utilisée pour l’église de Longlier). Les vestiges de cette église primitive ont été retrouvés en 1859, mais ni son plan ni ses dimensions n’ont été révélés. On la disait identique à celle de la “ Vieille Eglise ” de la forêt d’Anlier, ce qui est peu vraisemblable car cette étrange église a subsisté six siècles de plus que celle de Sainte-Marie.
L’église St-Pierre
Pour contrebalancer la villa de Mellier qui prend de l’importance en devenant palais, celle de Chevigny est doublée par l’implantation en pleine forêt d’une nouvelle villa dans une vallée marécageuse, “ Novum Villa Lare ”, Novum Villare, Neuvillers. Cette nouvelle implantation prenant de l’importance, mais étant distante de 7 km de l’église de Sainte-Marie, le centre paroissial est alors transféré à la chapelle Saint-Pierre de la villa qui devient de la sorte “ l’ecclesia integra ”, l’église entière de Chevigny. Après la construction d’une nef, l’ancienne chapelle devient le choeur de la nouvelle église. Aux Xie et XIIe siècle, une puissante tour romane est adjointe à l’église paroissiale. Sans doute vers les années 1300, la nef et le choeur sont reconstruits en style gothique, tels qu’on peut encore les voir aujourd’hui.
Devenant le plus gros village du domaine, Neuvillers aura sa chapelle dès 1457, soit un siècle avant que la ville de Neufchâteau n’ait la sienne. Comme il n’y avait plus guère d’habitants à Saint-Pierre, le presbytère et l’école sont établis à Libramont. Pendant longtemps, l’église sera gardée par un ermite. après plusieurs tentatives infructueuses, le presbytère et l’école reviendront près de l’église en 1784.
L’église Ste-Marie
Après le transfert du centre paroissial à Saint-Pierre et à cause de son éloignement, l’église de Sainte-Marie conserve le statut de semi-paroissiale. Une nouvelle église sera construite à quelques mètres de l’ancienne, son autel étant consacré en 1035 par l’abbé de Saint-Hubert.
Chevigny appartenant à l’abbaye de Saint-Hubert depuis 1084, la paroisse est finalement séparée en deux au cours du XIIIe siècle (entre 1224 et 1282). C’est seulement à partir de cette époque que la distinction entre les deux églises apparaît dans les textes. L’église de sainte-Marie retrouve son autonomie et son ancien titre d’église entière. Le domaine de Chevigny possède la très rare particularité de conserver deux églises entières. S’il n’y avait pas eu le transfert fort ancien du centre paroissial, la seconde église n’aurait jamais pu être qu’une église médiane, surtout dans le diocèse de Liège qui était particulièrement chatouilleux sur ce genre de classification.
Aux XI-XIIe siècle, l’église de Saint-Pierre étant encore l’unique église officielle, c’est elle qui reçut la tour romane. La tour de Sainte-Marie ne sera construite que bien plus tard. La datation précise de l’église actuelle demanderait une étude approfondie de ses structures et de son sous-sol. Ses boiseries étant datées de 1730, la forme du choeur fait penser au XVIIe siècle. En mauvais état, la haute flèche du clocher a été démontée en 1834, elle sera remontée de façon moderne en 1961.
Nous verrons prochainement ce que cache l’étrange affaire de “ La perle des Ardennes ”, le cachet de la Poste de Neufchâteau faisant foi.
H. Gratia
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