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03 Novembre 2000 - n°148


L’auteur du “cheval de Libramont”
Francis Darras est sculpteur. Son nom ne vous dit peut-être rien. Depuis peu, si vous passez souvent à Libramont, à l'angle de l'avenue d'Houffalize et de la rue de Serpont, vous pouvez pourtant admirer l'une de ses œuvres : le cheval de trait en bronze. Nous avons rencontré cet artiste passionné, chez lui, au milieu de sa source d'inspiration : la nature.
Francis Darras, une vie de sculpture…
Tapie sur les hauteurs de Rochefort, la maison du sculpteur est isolée. Entre l'atelier et la demeure, de grands arbres, accompagnés de haies vives, plantent le décor autour d'une grande cour. A notre arrivée, c'est le berger allemand qui nous accueille par ses aboiements. Francis Darras aime la nature… Cela se sent. Passionné par la sculpture et tout ce qui l'entoure, le Namurois a pris le temps de nous expliquer son art, avec la patience d'un professeur expliquant à un jeune élève que deux et deux font quatre.
Le cheval de trait installé à Libramont est le résultat d'un travail de longue haleine et l'artiste se félicite de la bonne entente et de la bonne compréhension dont a fait preuve l'administration communale de Libramont. "Dans ce cas, le partenariat artiste-ville a été excellent à tous les niveaux. Si ça pouvait être à chaque fois le cas… Mais je n'ai pas à me plaindre pour le moment. J'ai réalisé un cerf pour la ville de Rochefort et tout s'est bien passé également."
Comme un chercheur qui fait des expériences
Comme un chercheur qui fait des expériences, Francis Darras a mis de nombreuses années pour maîtriser les différentes techniques de la sculpture. Sans cesse à la recherche de nouvelles idées, l'homme est un passionné. A la question de savoir si la réalisation d'une telle œuvre prend du temps, il répond: "Si on commence à compter les heures, on n'y arrive jamais. C'est impossible à dire et ça ne m'intéresse pas." On a compris, quand on aime, on ne compte pas.
Dans la salle de séjour trônent diverses réalisations, de différentes tailles et matériaux divers. Une constante : la nature. "Je suis enclin à faire de l'animalier, même si j'ai aussi fait de la décoration et de l'humain." Francis Darras aime observer son environnement. A l'affût du moindre pépiement d'oiseau, il vous avertit au milieu de votre discussion qu'un épervier rôde au-dessus de la maison, reprenant ensuite ces considérations plus terre à terre. "Je suis passionné par les chevaux, les animaux sauvages, la forêt ardennaise, etc. et je trouve qu'il manquait deux ou trois choses dans la région à ce niveau."
Voilà comment est née l'idée d'installer un cheval de trait en bronze dans la cité de la foire agricole… "J'ai rencontré Jean-Luc Henry à une exposition. J'ai été l'aborder et je lui ai dit que j'avais peut-être des projets intéressants pour la province, ce devait être en mars 1999. Ensuite, j'ai rencontré le bourgmestre de Libramont, M. Bossicart." Et tout s'est mis en place progressivement, la commande ferme et définitive de l'œuvre arrivant au début de cette année.
C'est là que commence le véritable travail de l'artiste et du technicien. "Il faut d'abord réaliser une maquette en terre, en plâtre ou en plasticine, peu importe. Ensuite, on réalise un agrandissement avec des barres de fer qui soutiennent un "body" (de l'anglais, corps) en bois. Il faut alors prendre son temps, observer beaucoup de chevaux avant de s'attaquer aux détails et l'on termine avec de la terre." Une fois fait, il faut s'attaquer au moulage et à de nombreuses autres étapes trop techniques pour être expliquées dans le détail. Francis Darras prend une feuille, dessine des plans, sort des livres de sa bibliothèque pour expliquer sa passion, pour la partager. Il poursuit: "Les différentes pièces du moule sont envoyées à la fonderie, en Flandre, le seul endroit en Belgique où l'on trouve ce genre d'entreprise à la pointe du progrès, pour l'étape finale : le coulage du bronze et la soudure des pièces. C'est un véritable travail d'équipe. Au départ, il faut des partenaires pour commander l'œuvre. Après, en fonderie, vingt-cinq personnes travaillent en permanence. Elles sont jeunes et sympathiques, prêtes à travailler jour et nuit pour accomplir leur tâche du mieux possible." Un travail de titan…
Mais comment devient-on sculpteur? "Par hasard… A moins que ce soit génétique. Mon grand-père maternel avait suivi les cours de fonderie. Mon autre grand-père était entrepreneur en construction. C'est arrivé de façon bizarre. Ma première commande était une commande de décors pour la Traviata de Verdi qui s'est jouée à l'opéra de Washington, Vérone, Liège… C'était une cheminée, une femme et des instruments de musique. Ensuite pour Candide de Voltaire, on m'a commandé six béliers sumériens. " Depuis, Francis Darras travaille sans arrêt sur plusieurs sujets. Une fois arrivé dans son atelier, on découvre deux maquettes du cheval de trait perdues au milieu d'autres. "Tout le monde a en soi un potentiel inexploité. Il faut le chercher, non pas le trouver, mais le chercher…"
M. Peiffer

Ils reviennent des vendanges...
Les élèves de l’école d’hôtellerie de Libramont (ICA) accompagnés de ceux des écoles de La Roche, de Rence (Chimay) et de Fourmie (France) reviennent d’un séjour en Bourgogne, où ils ont participé pour la première fois aux vendanges. Reportage au coeur des vignes, dans les rangs du grand cru Corton.
Située aux confins du bassin parisien, des plaines de la Saône et du Massif central, la Bourgogne n’a pas d’unité physique. Cette région est surtout connue pour ses vins, exportés dans le monde entier.
Difficiles à cerner, car très fluctuantes au fil des temps, les limites de la Bourgogne varient selon qu’il s’agit de la délimitation historique, administrative ou vinicole. Actuellement, sur le plan vinicole, la région de Bourgogne comprend quatre départements : l’Yonne avec le vignoble de Chablis et de l’Auxerrois ; la Côte-d’Or avec les célèbres Côte-de-Nuits, Côte-de-Beaune et les Hautes-Côtes ; la Saône-et-Loire, avec la région de Mercurey, le Pouilly-Fuissé, le Mâconnais ; enfin le Rhône avec le Beaujolais.
C’est en Côte-d’Or que nos Libramontois rejoignent les vendanges qui ont déjà commencé. C’est dans le vignobles Côte-de-Beaune qu’ils se font la main. Embauchés pour une semaine de travail, les élèves apprennent la dureté du travail répétitif et soutenu. Les premières heures sont difficiles. C’est au troisième jour que l’équipe trouvera son rythme et sera en phase avec l’ambiance et la cadence de travail qu’imposent les vendanges.
De la Côte-de-Beaune à la Côte-de-Nuits !
Véritable voyage d’étude, ce séjour est riche en découvertes pour les élèves. Ils vendangeront à Ladoix (appellation communale) chez M. Perrin, à Santernay (appellation 1er cru) et à Chassagne-Montrachet (appellation 1er cru) chez Mme Bachey-Legros, ainsi qu’à Aloxe-Corton (appellation communale) et à Corton (appellation grand cru) chez M. Chevalier. Les vendanges en Côte-d’Or commencent dans le vignoble Côte-de Beaune pour se terminer dans les vignes de Côte-de-Nuits. Les élèves profiteront aussi d’une excursion d’un jour dans les caves de M. Perrin et ils seront initiés à une dégustation des vins de Bourgogne.
Au fil des jours, nos Libramontois manient de mieux en mieux le sécateur, outil indispensable du vendangeur. Mis à part quelques coupures qui ont la vertu d’endurcir les travailleurs, l’expérience est positive. Les relations avec leurs hôtes sont très amicales. Après la journée de labeur, les vendangeurs trouvent même le courage de faire la fête.
Les vendangeurs sont une main-d’œuvre qui se raréfie. Même s’il existe une solution mécanique à ce problème, les vendangeurs sont recherchés. Contrairement aux appellations régionales, appelées — à tort — génériques, qui utilisent des moyens mécaniques pour récolter le raisin, les viticulteurs préfèrent le travail manuel parce qu’il permet un triage du raisin dans les vignes.
Le raisin rouge exige par exemple plus d’attention dès la cueillette. Le raisin qui n’est pas mûr, appelé verjus, et le pourri sont interdits au pressoir. Inutile de s’en encombrer !
Pour les appellations “premier cru”, la sélection devient plus stricte puisque le rendement est moindre, soit ±30 hectos/hectare contre ±50 hectos/hectare pour une appellation communale.
Un bon millésime !
Changés en porteurs ou en cueilleurs, les élèves se sont pliés aux techniques de vendange appliquées en Bourgogne.
Les hottes sur le dos, dont la charge varie entre trente et quarante kilos, ils ont arpenté les coteaux de cette belle région qui offre au monde des vins forts appréciés.
“Le raisin était très mûr, le millésime s’annonce très bien”, nous ont rapporté les vendangeurs ! De retour à l’institut, ces jeunes de dix-sept à dix-huit ans destinés à l’hôtellerie vont replonger dans les parfums d’Aligoté, de Puligny-Montrachet ou de Mazy-Chambertin... L’étude du vignoble bourguignon sera certainement plus concrète. Emplie d’images et d’émotion, la révision des notions rencontrées sur le terrain déclenchera sans doute des passions. Qui sait ?
Ol. Weyrich

La dernière idée du CRAA
Le Centre de Recherches Archéologiques en Ardenne (CRAA-Musée des Celtes) a fait preuve d’énergie et d’initiative tout au long de cette année. Après avoir organisé la journée d’étude sur les âges des métaux à Libramont, le 24 mars dernier, l’équipe de Véronique Hurt vient de terminer une campagne de fouilles enteprise durant cet été à Grapfontaine. Nullement en manque d’idées, la même équipe, souhaitant promouvoir son musée auprès des écoles primaires luxembourgeoises, vient d’annoncer l’envoi gratuit d’un puzzle pour sensibiliser les enfants et leurs enseignants à l’histoire des Celtes en Ardenne.
Sur les hauteurs de Grapfontaine, dans une prairie de M. Spoden, au lieu-dit “Ronchenet” que l’équipe du CRAA a mis à jour une sépulture de l’époque de la Tène (475 av. J.-C.).
Les coutumes funéraires des Celtes qui se sont installés en Ardenne au deuxième âge du fer ont laissé des traces dans le paysage. Ces populations pratiquaient généralement le rite de l’inhumation sous des tertres de terre appelés “tombelles”.
A l’heure actuelle, quelque cent cinquante sites, totalisant près de six cents tertres ont été repérés.
La tombelle de Grapfontaine, comme bien d’autres d’ailleurs, était déjà connue des spécialistes. Après de nombreuses fouilles, sur un territoire de 75 km de long, entre Orgeo et Crombach, (au sud de la prov. de Liège), Véronique Hurt, conservatrice du Musée des Celtes à Libramont et directrice des fouilles, a décidé de s’attaquer à la tombelle de Grapfon-taine.
Après un long travail de découpage d’un cercle de vingt-huit mètres de diamètre et de cinquante centimètres de profondeur (voir photo), l’équipe d’archéologues a fait la découverte d’une tombe masculine, plus profonde et plus longue que d’habitude, soit 2,5 m. On y a découvert un fer de lance, deux fers de javelot, une fibule en bronze (broche), une agrafe de ceinture et une situle (vase en terre cuite).
L’acidité de notre sol schisteux a dissous la plupart des matières organiques, y compris le squelette. Par contre, dans cette sépulture, quelques traces de tibias étaient encore visibles.
Sur le chantier, l’équipe du CRAA avait planté son campement avec Véronique Hurt, directrice, Myriam Ansseau, dessinatrice, Marc Leclercq, Robert Rottiers, fouilleurs et un étudiant, Didier Richaut.
Depuis l’ouverture du musée des Celtes en 1998, ses responsables constatent que pour diverses raisons, malgré ses quelque sept mille visiteurs, les groupes scolaires se déplacent difficilement. Afin de les encourager à pousser la porte du musée, une “pub utile et intelligente” va leur être envoyée. Il s’agit d’un puzzle... incomplet dont les pièces manquantes seront à retirer au musée lors de leur visite. Pour illustrer le puzzle, l’équipe du musée a choisi le thème de l’habitat celtique, un thème mal connu et souvent représenté, à tort, par des huttes rondes, bringuebalantes, sordides et parfaitement inconfortables. Une maquette pour illustrer ce type d’habitat a d’ailleurs été réalisée au musée et y est exposée.
Le puzzle, une fois assemblé et complété, permettra aux enfants d’observer l’habitat celte. A partir de cet outil, les professeurs pourront préparer et étayer leurs cours d’histoire. Et pourquoi pas, essayer eux-mêmes de réaliser une maquette !
Ci-dessus : les fouilles à Grapfontaine,
photo Sophie Jacques
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