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04 septembre 2003 - n°216 - 217 - 218
Le temps des labours
Au-delà de l’exposé de l’historien, le lecteur doit se plonger dans la situation de ceux qui voulaient ameublir le sol, ouvrir des sillons, dompter les mauvaises herbes, d’abord à la main, ensuite grâce à la traction animale. Quel entêtement et quelle ingéniosité il a fallu pour en arriver à ce que nous connaissons aujourd’hui ! Place au récit.
Vers –5500, la civilisation du néolithique se répand dans certaines régions : Hesbaye, Hainaut et sud du grand-duché de Luxembourg. Dans les premiers villages constitués de grandes maisons construites en bois et en torchis, on voit l’apparition de la poterie et des premiers outils en pierre polie, les herminettes. Avec son tranchant transversal, l’herminette pouvait aussi servir de houe, mais ces outils sont généralement de petite taille. Comme la bêche, la houe est toujours utilisée de nos jours à l’exposition universelle de Paris en 1900, une firme américaine présentait une petite charrue à bras que l’on poussait devant soi. L’araire
Trois siècles plus tard, les socs en fer sont plus grands et plus effilés. Les deux socs découverts dans la villa gallo-romaine de Mageroy à Habay-la-Vieille sont larges de près de 10,5 cm pour une longueur de 24,5 cm et 26,5 cm. Ces socs pesaient près de 1 kg. Le soc découvert dans une grange à la Tranchée des Portes à Étalle est légèrement plus étroit et plus court, 18,5 cm. Destiné à des terres plus sablonneuses, ce soc est près de deux fois plus léger que ceux de Mageroy. Plus long et plus effilé que ceux de Mageroy, le soc découvert au sud de Maastricht est par contre deux fois plus lourd qu’eux. L’araire à roues Afin d’améliorer l’efficacité de l’araire, certains artisans vont l’équiper d’un avant-train à roues. Pouvant remonter à l’époque celtique, cette invention est attestée par des textes du 1er siècle de notre ère. Un des socs découverts à Mageroy était accompagné d’un lot de pièces en fer : un manchon avec sa fiche de fixation, un étrier de serrage, une latte, une lourde douille et une rondelle. D’un diamètre inférieur de 10 cm , ces deux dernières pièces semblent correspondre à celles d’un moyeu de roue. Ces objets gisant sous la couche de gravats recouvrant le sol, plusieurs autres grosses pièces peuvent avoir été enlevées lors de la réoccupation du bâtiment. En raison du manque de bandages, les scientifiques refusent d’admettre l’existence d’un araire à roues à Mageroy. Mais ces mêmes scientifiques se reconnaissent totalement incapables de faire fonctionner un araire non équipé de roues. Munie d’une simple roulette, la reconstitution de l’araire de Mageroy fonctionne parfaitement. Le binot Déjà à l’époque romaine, certains araires étaient équipés d’oreilles qui permettaient d’ouvrir un large sillon. Reprenant le même principe, le binot en bois était encore utilisé au XXe siècle dans certaines régions de Belgique. Il servait au déchaumage, au buttage des pommes de terre, au drainage temporaire des champs et au binotage. Effectuée à une ou à deux reprises, cette dernière opération consistait à recouper en travers les sillons de la charrue pour ameublir le sol et détruire les mauvaises herbes. Cet appareil d’un autre âge ne pourra survivre à la traction animale. (à suivre) Henri Gratia
Le temps des labours (II) Les charrues Avec la charrue brabant, le xixe siècle apporte de nombreuses améliorations. Mieux courbé, le versoir prolonge le soc et des patins en fer protègent le sep en bois. Le fer va progressivement remplacer le bois et les deux roues sont désormais solidaires de la charrue. Un avant-soc sera ajouté afin de décaper le gazon qui tombe au fond du sillon. Vient ensuite la charrue brabant double qui permet de labourer dans les deux sens grâce la superposition de deux socs inversés l’un par rapport à l’autre. En bout de raie, il suffit de retourner d’un demi-tour le corps de la charrue. Dès 1881, la maison Mélotte de Gembloux va apporter de nombreux perfectionnements à ce type de charrue afin de faciliter les divers réglages. Pour la grande culture, certains constructeurs préfèrent remplacer le soc-versoir classique par un disque concave. Certaines charrues à disques peuvent travailler dans les deux sens. Le labour à vapeur La charrue employée est du type à balance. En bout de raie, la charrue est basculée d’avant en arrière pour travailler dans l’autre sens. Un conducteur guide la charrue au moyen d’un volant qui agit sur les deux grandes roues. Pour les labours très profonds, ces charrues ne possèdent qu’un seul soc. Pour les labours normaux, elles peuvent compter quatre ou six socs. Le poids d’une telle charrue approche 5 tonnes. Avec un équipage de sept hommes, le rendement peut varier entre 50 ares et 1 hectare par heure de travail. Les Français ont préféré
un matériel plus sobre. Légères et non motrices, leurs
locomobiles étaient posées sur des rails et actionnaient le treuil
qui leur était accolé. Avec une poulie de renvoi fixée
à l’autre extrémité du champ, une seule locomobile
pouvait suffire. Les locomobiles à vapeur ont été construites
jusque dans les années 1920, elles ne servaient plus alors qu’au
battage à poste fixe et aux transports lourds. Les Français ont
également testé d’énormes treuils actionnés
à l’électricité. Les Français ont aussi expérimenté un tracteur-toueur à essence pour traîner la charrue. La traction ne s’effectue pas par les roues, mais au moyen d’un câble fixé à chaque extrémité du champ. C’est en fait le treuil qui se déplace et non le câble. Cette invention remonte à 1911. Le labour en montagne De nos jours, les charrues traînées par câble sont encore largement utilisées dans les fortes pentes des pays montagneux. Certains tracteurs tout-terrain portant la charrue peuvent s’aider dans la montée au moyen de leur propre treuil. (à suivre) Henri Gratia |
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