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04 septembre 2003 - n°216 - 217 - 218
Ambiorix... est revenu !
En 55 avant J.-C., César traverse la Manche avec ses troupes et part à la conquête des îles britanniques. Il en rentre bredouille en 54 ! Il décide de placer son armée en Gaule, apparemment soumise, afin de passer l’hiver. Mais comme les récoltes ont été médiocres dans le nord, il disperse ses légions en fonction des vivres disponibles ; elles se retrouvent ainsi à quelques jours de marche les unes des autres. Une légion et demie est casernée en pays Eburon, où règnent Catuvolcos (peu connu) et Ambiorix (notre homme !). À peine les Romains sont-ils installés depuis quinze jours qu’ils se font assaillir par les Éburons. Ces premiers résistent. Ambiorix, lui, réfléchit. Il imagine une ruse : il conseille aux Romains de quitter le territoire selon un tracé qu’il expose, en confiant que de toute manière toute la Gaule, les Germains… sont prêts à tomber sur les troupes. Cette possibilité de s’éloigner en toute sécurité est en réalité une embuscade dans laquelle 6 à 7000 soldats périront. Grandi par cette attaque, Ambiorix rallie Nerviens et Atuatuques et les convainc d’attaquer un autre camp romain. Le siège dure plusieurs jours. César, prévenu, vient à la rescousse. Le camp est libéré, mais Ambiorix a eu le temps de fuir. Fou de rage d’avoir perdu autant d’hommes et de constater que son ennemi lui avait filé entre les doigts, César entame l’extermination des Éburons et saccage le territoire. Disparu dans la brume ardennaise, sans laisser de trace, Ambiorix entre tout droit dans la légende ! L’histoire suit son cours et nous nous retrouvons au début du XIXe siècle. Les habitants du territoire des Éburons disparus en ont assez d’être convoités par les Français, les Hollandais et autres Prusses et ils se révoltent. En 1830, un pays neuf se dessine : la Belgique. Les braves gens qui y vivent doivent être cimentés d’un sentiment national, aussi ne va-t-on pas lésiner sur les moyens pour éveiller le patriotisme, notamment en allouant des subsides aux administrations communales afin d’ériger des statues à la gloire de héros. Liège choisit Charlemangne, Gand, Jacques Van Artevelde, etc. Seules deux villes choisiront un héros celte : Anvers et Tongres. Cette dernière jette son dévolu sur Ambiorix et confie à Jules Bertin, sculpteur, le soin de la réaliser. Cet artiste à l’envergure modeste essuie quelques plâtres, pendant que les responsables politiques se chamaillent un peu, mais il finit par créer un projet qui reçoit l’approbation des décideurs. Six ans plus tard, un bronze de six mètres de haut s’élève sur la place de Tongres. Et puis, nous voici à l’aube du XXIe
siècle. Le téléphone sonne au Musée des Celtes de
Libramont ; une personne demande s’il ne serait pas intéressé
par un modèle de la statue de Tongres. Véronique Hurt, la conservatrice,
et son équipe ne laissent pas passer l’occasion et organisent l’achat
de cet Ambiorix d’un mètre vingt-cinq de haut… plus faux
que nature ! En effet, rien n’est juste dans la représentation
de ce Gaulois : le casque avait des ailes, or celui des Gaulois en étaient
dépourvu ; sur les épaules flotte une peau d’ours alors
que les Celtes savaient tisser. Ce n’est pas tout, l’épée
est portée à gauche (elle devrait être à droite)
et les braies ne sont pas d’origine. Le ceinturon irait bien à
un motard tout droit sorti d’une bande mal famée, mais pas à
Ambiorix. Pour couronner le tout, la hache est en pierre… un peu fort
au pays des métallurgistes talentueux ! B.H.
La banque des pommes de terre Jadis pour multiplier les pommes de terre, on procédait très simplement. Celui qui souhaitait se lancer dans une variété en plantait quelques kilos, les soignait et récoltait les tubercules des plus beaux plants. L’année suivante, il recommençait l’opération avec ce matériel et lui appliquait à nouveau une sélection rigoureuse. Pour arriver à produire quelques tonnes, cela lui prenait des années ! Dans les années 70, la culture in vitro a fait son apparition et dès les années 80, elle était applicable à la pomme de terre. Cela allait révolutionner le secteur. Il n’était plus nécessaire de respecter le cycle des saisons et, en un an, on pouvait produire dans le laboratoire plus d’un million de petites plantules au départ d’une seule, celle conservée à cette fin. Avec l’avantage d’être à l’abri des maladies pouvant se déclarer dans les champs. C’était bien joli, mais il n’est pas possible de passer du labo à la terre humide et froide sans transition. Un gros travail, qui fut alors mis en chantier, consistait à trouver une méthode de passage qui permettait d’éviter ce stress.
Cette situation ne pouvait plus durer et au début des années 90, la station décide de s’équiper pour la culture in vitro et de contrôler la totalité des étapes. “ On produisait et on produit toujours, explique Jean-Louis Rolot, responsable du service, les variétés demandées par la profession, qui ne sont pas nombreuses. Il y a une cinquantaine de variétés qui sont multipliées en Belgique, mais dans celles-ci, seules quatre ou cinq occupent 80 % de la production. On a commencé à rentrer des variétés en nombre, que l’on a gardées ! On a aussi des programmes avec l’étranger, notamment avec des centres de recherche agronomique de Roumanie, de Bulgarie, etc. pour les aider à régénérer leur matériel ou pour les aider à avoir du matériel sain, au départ duquel ils pouvaient entamer leur propre multiplication. Ce qui fait qu’on a stocké des variétés roumaines, bulgares. On a aussi travaillé avec le Rwanda. Du coup, on avait toute la collection rwandaise ! Cette banque provient finalement de nos activités de recherche. Initialement, ce n’était pas un rôle prédéfini. ” Le fait d’avoir la collection rwandaise s’est avéré bien utile. Au lendemain du génocide, en peu de temps, la station pouvait fournir le pays en microtubercules de toutes les variétés. “ Si nous n’avions pas eu notre banque, continue Jean-Louis Rolot, il aurait fallu rechercher toutes les sortes de pommes de terre sur le terrain, les assainir à nouveau avant de pouvoir les utiliser. Ici, nous avons produit des microtubercules. C’est tout petit, ça ne coûte pas trop cher et c’est facile à envoyer en quantité par avion. ” Or le meilleur moyen de lutter contre tout cela, c’est d’avoir des pommes de terre résistantes. Dans la course à la productivité, le secteur a complètement négligé cela. On passe à travers tout. On brave la nature ! Ici, nous aimerions vraiment reprendre un programme de création variétale basé sur la résistance et la qualité d’utilisation. Une nouvelle sorte de pomme de terre, on ne la sort pas d’une année à l’autre. à partir du moment où vous faites votre croisement, vous pouvez encore compter dix ans avant que la pomme de terre soit sur le marché. C’est un processus très long qui demande de respecter toute une série d’étapes d’évaluation. ” Sans oublier qu’en fin de course la pomme de terre ne se vendra pas s’il n’y a pas, pour persuader le client, tout un battage médiatique. B. Herry
L’aventure d’un tubercule Les artistes sont réputés pour ne pas être prophètes en leur pays et nous devrions dire, les pommes de terre aussi ! Il y a plus de trente ans, le professeur Mélard cherchait, à Libramont, des variétés de pommes de terre résistant à l’ennemi numéro un : le mildiou ! Il avait pris conscience du fait qu’une bintje, par exemple, reçoit 15, 16 traitements contre ce champignon pour chaque saison. Cet excellent généticien mit au monde, par croisement, la Gracilia. Une belle petite pomme de terre, toute ronde et bien jaune de chair. Mais à l’époque, les producteurs n’en avaient cure. Seul le rendement à l’hectare comptait. Elle aurait pu tomber dans l’oubli si elle n’avait été expérimentée au Rwanda. Dans ce pays, les producteurs en étaient très contents. Ils l’ont même rebaptisée Gasoré, ce qui signifie “jeune homme vigoureux”. Là où toutes les variétés avaient bien du mal, étaient malades, la Gasoré était encore très vigoureuse. Le mildiou sévit souvent là-bas. Retournement de situation dans les années nonante ! L’environnement, la santé deviennent des préoccupations et partant, l’idée de planter des variétés résistantes refait peu à peu surface. C’est ainsi que la Gasoré est inscrite dans les cycles officiels de testage et qu’en 1996, ou était-ce en 1997, elle est reprise dans le catalogue national belge. Et voilà que des producteurs de pommes de terre de type grenaille la regardent, que des usines voudraient la mettre en conserve ou en plats préparés. Juste retour des choses, cette pomme de terre reçoit le mérite qui lui est dû et entrevoit un débouché sur nos assiettes. É videmment, elle gardera son nom d’artiste : Gasoré ! |
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