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04 décembre 2001 - n°169 et n°170
LArdenne et la Vierge (XXVI) suite Une Vierge obstinée De nombreuses statues de la Vierge des sanctuaires à répit ont été découvertes dans un arbre comme à Bras, dans un chêne comme à Oizy, à Foy-Notre-Dame et à Chartres, dans une épine comme à Avioth et à Lépine (Marne), ou dans un sureau comme à Hamipré et à Saint-Martin-de-Belleville (Savoie). Lépine blanche dispute au chêne le titre de roi des arbres, elle est par ailleurs réputée pour conserver les secrets. Le sureau est larbre sacré de Holda, la déesse de la vie et de la mort. Emportées à plusieurs reprises après leur découverte, la plupart de ces statues revenaient obstinément à leur lieu dapparition, cest le cas pour Avioth, Hamipré, Bras et Cowan notamment. La Vierge noire Le sanctuaire à répit de Mésières est le seul de lArdenne à conserver encore une Vierge noire. " Ne prenez pas garde à mon teint noir : cest le soleil qui ma brûlée " dit le Cantique des Cantiques. Avant dêtre peinte au début du Xxe siècle, celle dAvioth était brun foncé, la véritable couleur des Vierges noires (cétait vraisemblablement le cas pour celle dHamipré). Au lieu dêtre appelée noire, une Vierge de ce genre devrait plutôt être appelée " brunette " comme en Espagne (Moreneta). La Vierge noire est à lorigine des pélerinages fameux de liesse (pèlerinages des rois de France dans lAisne), Chartres, Le Puy-en-Velay, Rocamadour et Montserrat (Espagne). Pas moins de 250 sanctuaires lui sont dédiés en France, dont 190 sont antérieurs au XIVe siècle. Après limpulsion donnée par saint Bernard au début du XIIe siècle (celui-ci est à Orval en 1131), ces Vierges assises portant lenfant Jésus sur leurs genoux ont fortement été influencées par lOrient, à la suite des Croisades. On raconte même que certains croisés, emprisonnés en Terre Sainte et qui lavaient implorée, se sont un jour retrouvés chez eux, encore entravés de leurs chaînes. Peinte comme celle dAvioth, Notre-Dame dOrcival en Auvergne possède encore dans sa basilique des chaînes de prisonniers, comme la Recevresse dAvioth en conserve encore une. Les Vierges noires ont une parenté certaine avec les déesses-mères de lépoque romaine, mais surtout avec Isis portant son fils Horus sur ses genoux. Son père Osiris étant mort, Horus avait été conçu par lesprit du défunt. Dieu des morts, Osiris a cependant eu besoin de laction dIsis pour pouvoir lui-même renaître. Bien connue des Romains, Isis était assimilée en Egypte à larbre et à la lune, doù le lien entre larbre et lapparition nocturne des Vierges noires et même des sanctuaires à répit dorigine plus récente. Notre-Dame de Luxembourg La ville dArlon aurait possédé une Vierge noire, une ruelle porte encore son nom. Une nouvelle statue est installée par les moines capucins en 1654, elle sera reconnue comme la patronne de la ville lannée suivante. La Vierge est ensuite choisie comme la patronne de la ville de Luxembourg en 1666, puis du duché de Luxembourg et du comté de Chiny en 1678. Entre ces trois manifestations, se passe chaque fois un délai de douze ans. Ce nombre douze se retrouve dans la couronne de douze étoiles que possède la Vierge de lApocalypse. Les statues dArlon et de Luxembourg reposent sur un croissant de lune, comme dans lApocalypse. mais la lune fait également penser à Isis lEgyptienne et à Diane à qui avait été assimilée Arduina. Egalement connues comme " Consolatrices des Affligés ", de nombreuses statues de Notre-Dame de Luxembourg seront garnies de chaînes. Celles-ci pourraient bien correspondre à celles qui sont liées aux Vierges noires, Notre-Dame dAvioth restant la " Suzeraine du Luxembourg ". Avant la construction de la chapelle du Sart en 1875, la statue de Notre-dame de Consolation était suspendue à un arbre. Réputée miraculeuse, cette statue était vraiment peu conventionnelle (elle fut volée en 1964). Faisant lobjet dun pèlerinage, cest en quelque sorte la petite sur de Notre-Dame dHamipré. La chapelle se trouve à proximité dune tombelle celtique qui est elle-même alignée entre la nécropole du Sart (la plus basse et la plus exceptionnelle de lArdenne) et la nécropole de " La Hasse " (la plus élevée de la région). Lieu de haute tradition, cest près de la chapelle que sera déposé en 1956 le polissoir (relais de la piste dArduina qui se trouvait à deux km au sud). H. Gratia
Chronique historique : suite et fin (XXVII) Notre chronique historique trouve son épilogue. Commencée il y a plus deux ans, à l'occasion du 800e anniversaire de la ville de Neufchâteau, Henri Gratia nous livre la conclusion. Elle résume bien la lecture qu'il fait d'une histoire chahutée, complexe et si éloignée de l'idée que l'on se fait de notre passé. L'essentiel de l'histoire de Neufchâteau tourne autour des deux églises de la paroisse primitive. Celle d'Hamipré n'est autre que l'ancienne chapelle de la villa royale, celle de Longlier ne vient qu'après. Dans le milieu du XIe siècle, l'église de Longlier est sous la botte des Liégeois. Au XIIe siècle, le pèlerinage Notre-Dame et les foires d'Hamipré sont le point de départ de la création du " Neuf Château " et de sa ville. Grâce à cette naissance sur le territoire d'Hamipré, la ville pourra disposer chez elle de la foire d'Arduina. Du même fait, la ville dépendait de l'église d'Hamipré. Au XVIIe siècle, la moitié sud de la ville en dépendait encore, mais cette situation est contestée par certains. Le prieuré de Longlier étant fermé à la Révolution française, les historiens vont bientôt présenter Longlier comme étant le berceau de Neufchâteau. Ce banal incident réactivera les anciens démons. Une copie assez fidèle du corps de logis du prieuré qui disparut en 1914, est construite. Trente ans après l'original, cette copie sera comme son original détruit par le feu et par fait de guerre. Entre-temps, le bâtisseur nostalgique sera l'instigateur de " L'histoire du pays de Neufchâteau " qui sera publiée en 1956 L'année même de la " résurrection " de l'ancien prieuré ! Au même moment, les fondements de la foire de Libramont se mettaient en place. Son concours annuel s'y déroule près de l'église, exactement sur l'axe " Le Biseaux-Mellier-Hamipré " mise en place en 1659. Cet axe passe également entre Libramont et Recogne où se concentrent de si nombreux grands magasins. En reniant Hamipré, Neufchâteau se mettait lui-même en dehors de cet axe primodial. Neufchâteau aurait dû être tout heureux de se trouver au centre de la plus intense concentration de tombes à char de toute l'Europe celtique, un de ses historiens ayant été à l'origine de l'intérêt des archéologues pour les nombreuses tombelles celtiques de la région. Fin des années 1950, quelques objets de ces tombelles étaient exposés dans le musée local. De la rue Saint-Roch, ce musée déménagea vers la rue de l'Industrie, puis près du Palais de Justice, enfin, place du Faubourg où il sera pratiquement toujours fermé, faute de moyens. A part quelques projets plus ou moins " bidon ", la ville n'aimait guère entendre parler de musée, même des militaires qu'elle parrainait ! Créé en 1985 par cinq archéologues, le centre de Recherches Archéologiques en Ardenne (C.R.A.A.) contactait toutes les communes de l'Ardenne luxembourgeoise. Elle cherchait notamment un local pouvant accueillir ses bureaux. Neufchâteau crut judicieux de lui proposer les vieilles caves archihumides de la maison Bourgeois. La commune de Libramont a accueilli à bras ouverts le CRAA dans l'ancien bureau communal de Bras, puis en 1993, dans l'ancien presbytère de Libramont. Cinq années plus tard, le CRAA pouvait y ouvrir le musée des Celtes, le premier du genre en Belgique. Comme la foire, ce musée est situé sur l'axe " Le Biseaux-Mellier-Hamipré-Libramont ". A cause de son nom, n'importe qui pouvait croire, à première vue, que l'ancien palais de Longolare se trouvait à Longlier. Quant à Hamipré, elle n'était en réalité qu'une curiosité de l'histoire ! Trompée, Neufchâteau refusant obstinément de reconnaître Hamipré, l'Ardennaise, comme son berceau, Arduina n'a pas eu d'autre choix que de déshériter cette ville rénégate. Etant devenu liégeois longtemps après sa mort, saint Remacle sera présenté de manière à totalement éclipser l'uvre grandiose de saint Walfroy, le premier évangélisateur de l'Ardenne. Avant même d'être éclipsé par Notger, le premier prince-évêque, comme fondateur de la ville de Liège. Etant en concurrence avec saint Lambert, saint Hubert sera envoyé à Andage afin d'éclipser Mont Saint-Walfroy, la montagne sacrée de l'Ardenne. Depuis le milieu du XIe siècle et par l'intermédiaire des moines de Longlier, les Liégeois vonte ssayer par tous les moyens de discréditer Hamipré qui représente désormais le cur de l'Ardenne mythique. Même placée dans le giron de la Vierge (Notre-Dame d'Hamipré, Notre-Dame d'Avioth, Notre-Dame de Luxembourg), l'Ardenne restait encore beaucoup trop mythique, beaucoup trop païenne à leur goût. Un grand bienfaiteur de Verviers qui avait, en tant qu'officier municipal, célébré un mariage civil se vit condamné en 1792 à être décapité de sept coups de hache ! Cet acte barbare démontre l'intégrisme aveugle du dernier prince-évêque de Liège qui ne régna pourtant que trois mois. Trois années, plus tard, les Liégeois allaient araser la cathédrale Saint-Lambert qui leur rappelait trop de mauvais souvenirs. Les moines de Longlier étant partis et la principauté de Liège étant dissoute, ce sont les historiens qui vont patiemment continuer cette obsédante croisade. Trompés dès le départ, tous ces gens manipulés étaient certains de leur bonne foi, ne se doutant de rien. Le premier et le seul à s'en rendre compte et à réagir vigoureusement fut le curé de Longlier en 1667. Il s'appelait Nicolas Gratia. Les historiens auront beau raconter qu'Arduina n'existe plus et que l'Ardenne n'est pas plus mythique que les autres régions Tout au long de nos chroniques, nous avons essayé de démontrer que l'Ardenne est régie par des lois rigoureuses qui nous échappent ! Au cur de l'Ardenne mythique, Neufchâteau avait d'énormes atouts Il est infiniment plus enrichissant d'étudier son passé plutôt que de le rejeter systématiquement. Henri Gratia |
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