04 décembre 2001 - n°169 et n°170

Neufchâteau

Les yeux tournés vers le ciel

A l’occasion de la Journée Nationale de l’Astronomie, le cercle Astronomie Centre Ardenne a ouvert ses portes à Longlier, pour proposer à tous des conférences plus ou moins pointues sur le sujet. Malgré une météo déplorable, les amateurs étaient au rendez-vous.

Echange interclubLe ciel, une fois de plus, n’était pas de la partie en ce samedi 24 ! Et pourtant, il était l’invité principal. C’était un jour de novembre humide : brouillard à tous les étages ! Enfin bref, un de ces jours comme les astronomes ne les aiment pas. Le but était évidemment d’intéresser le public à l’astronomie. Au programme, il y avait une visite de la salle didactique, des explications sur les mouvements des astres, des exposés pour tous les publics et l’observation du ciel ! Annulée, comme on s’en doute. Mais les organisateurs sont philosophes… Pendant une année, seuls soixante jours sont favorables à l’observation et de ceux-ci, il faut encore enlever ceux de pleine lune. La quantité de lumière qu’elle envoie empêche d’examiner les étoiles ou les planètes.

A défaut de s’orienter vers les étoiles, les auditeurs, plus ou moins avertis, se sont tournés vers les conférenciers et le grand tableau blanc du Centre Nature et Biologie de Longlier. Un docteur en sciences parlait d’interférométrie. Un membre du cercle racontait l’histoire de l’astronomie. Des taches solaires aux micro-météorites, il y en avait pour tous les goûts. La conférence la plus accrocheuse était celle à propos de l’utilisation de caméras web-cam… parce qu’elle est dans le vent. La plupart des gens qui ont un ordinateur, une caméra électronique et aussi une lunette qui traîne dans le grenier peuvent, pour deux mille et demi, trois mille francs, fabriquer un système qui permet de visualiser des images de planètes ou de la lune sur un ordinateur. Avec une caméra ordinaire, il faut au minimum un budget de soixante mille francs. La conférence, animée par Thierry Cambier, le directeur de l’observatoire d’Offaing, consistait à expliquer la marche à suivre pour passer du ciel à l’écran.

Echanges interclub

Dans les activités normales du Cercle, s’il y a une part de ce que Giles Robert, le président, appelle du tourisme astronomique, il y a aussi des membres qui se penchent sur des sujets poussés. Georges Lassine est chargé d’observer les taches solaires et il transmet ses données à l’observatoire d’Uccle qui récupère des données du monde entier et les traite. Un autre membre coordonne un groupe qui surveille les astéroïdes. Via internet, il échange des données avec d’autres groupes appartenant à d’autres cercles pour suivre de manière la plus constante possible le déplacement des astéroïdes dans le ciel. Un autre encore devrait prochainement animer un groupe d’étoiles variables. Le lien entre ces mordus d’étoiles et les clubs d’astronomie de Belgique, de France ou même du monde entier est Internet. Le câble est le moyen idéal pour échanger, entre astronomes amateurs ou professionnels, des données, des images ou des découvertes célestes.

Les astronomes en herbe

Au cours de journées comme celle-ci, des vocations naissent parfois, mais le public que Giles Robert trouve le plus réceptif est dans la tranche des six à onze ans. " Ils sont curieux de tout et quand on en a un dans la tranche d’âge de douze à quinze ans, on peut être certain que ce sera un acharné ! " C’est pour cette raison qu’il aime organiser des stages pour enfants ou même carrément se déplacer dans les écoles pour partager sa passion.
B.H.
Astronomie Centre-Ardenne
G. Robert 061 27 76 59

L’euro à petits pas !

Le mois de novembre est souvent creux. Dans le but d’attirer les clients, quarante commerces du centre ont décidé d’offrir des euros en chocolat. Ces pièces dorées en main, nous pouvons nous demander comment les commerçants se sont préparés à l’arrivée de la nouvelle monnaie. Cela se passera-t-il en douceur ?

L'euroLors de la dernière réunion de l’a.s.b.l. Neufchâteau 2000, en septembre, les commerçants ont établi le programme des activités de fin d’année. Après un échange de vues, les douze personnes présentes ont décidé, entre autres, une action pour sortir de la grisaille de novembre : offrir les premiers euros… en chocolat. Chacun les distribue en fonction de ses propres critères. Chez les uns, ils sont donnés au moment de rendre la monnaie, chez les autres ils sont dégustés pendant qu’on vous coiffe ou ils sont distribués en sachets. Ceci est à situer dans le cadre d’une " action euros " puisque ce clin d’œil est accompagné de ristournes ou de cadeaux.

Cet aspect plaisant nous permet d’aborder la question suivante :

Les commerçants sont-ils prêts pour la nouvelle monnaie ?
Le coiffeur Jean-Claude Chenot estime que oui. " J’ai acheté une calculette qui affiche les deux montants, dit-il. J’offre des moyens de paiements électroniques, mais j’avoue que le tiroir-caisse sera un peu plus encombré que d’habitude. S’il n’y a pas assez d’euros, nous courrons à la banque ! Tout commerçant sensé est prêt. Tous nos produits ont un double affichage. Vous pouvez retourner n’importe quel article, vous voyez en dessous le prix en francs belges et en euros. Notre livraison d’euros va se faire durant le courant du mois de décembre. Nous avons acheté des billets de cinq, dix, vingt euros. Il y a six mois que les banques nous ont prévenus. Nous avons ce problème d’avoir de l’argent mobilisé, mais c’est le commerce ! "

Manipulation des deux monnaies
Bernard Thomas, du magasin Boomerang, distribue aussi des euros en chocolat. Comment va-t-il faire avec le vrai ? " J’ai un Bancontact, Proton et toutes les cartes qui peuvent passer par l’appareil, explique-t-il. Je suis allé rechercher une ancienne caisse avec des compartiments pour en avoir deux, une avec les francs belges et une avec les euros. Pour ma part, beaucoup de fournisseurs ont déjà converti leurs factures en euros et même en arrondissant en faveur du client. Pour recevoir de l’argent belge et rendre en euros, je devrai utiliser une calculette. Après il faudra acheter une nouvelle caisse enregistreuse parce que celle-ci n’a pas deux chiffres après la virgule. Mais bon, je n’ai pas deux ou trois cents clients par jour ! "

Gymnastique de l’esprit
Sylviane Gofflot, à la pâtisserie-chocolaterie, a déjà préparé ses étiquettes pour afficher en deux monnaies et s’est acheté une machine au salon de la boulangerie pour afficher les deux montants en fb et en euros. Elle confie : " On a acheté un kit de 9000 FB de monnaie et 11000 FB, à peu près, en kit billets. C’est ça qui est bloqué pour l’euro. Ca tombe mal, c’est tout en même temps ! " Deux éclairs, plus deux cornets, plus un merveilleux, ça va faire combien en euros ? " Il faudra que je prenne ma calculette parce que comme ça, je ne sais pas ! Ce sera toute une gymnastique pour rendre la monnaie. On suppose qu’il va y avoir un roulement de pièces. On va attendre un mois, mais s’il le faut, on fera installer un appareil pour la carte Proton. Nous devrons acheter une caisse spéciale pour recevoir les huits pièces et les sept billets... et s’y mettre, il n’y a rien à faire ! Après les réveillons, on proposera les galettes des rois. Il faut espérer que les banques vont suivre. Si elles ne peuvent pas, je ne sais pas comment on va faire !” ”Pour l’instant, les gens liquident leur monnaie. Ils viennent avec des petites pièces ou ils viennent avec des tubes en papier. Ce qu’on ne voyait pas il y a peu de temps. J’ai deux grands pots de pièces de cinquante centimes. Tous les jours, je fais des tubes !”
Les uns sont donc rassurés, les autres attendent de voir. Avec la nouvelle monnaie, en janvier, il ne faudrait quand même pas se retrouver… chocolat !
B.H.

Pompier professionnel : on en avait besoin !

Pompier professionnelMille fois par an, environ, les volets de la caserne des pompiers de Neufchâteau se lèvent. Avec ou sans sirène, des ambulances, le camion-échelle, le véhicule de désincarcération ou encore la citerne partent là où l’urgence les appelle. Toutes ces missions, dont la moitié sont des ambulances, sont assurées par une équipe de volontaires. Depuis le premier janvier de cette année, un poste de pompier professionnel a été créé. Il est occupé par le caporal Manu Lopes Dias qui, outre les fonctions de pompier ou d’ambulancier, exerce son métier de mécanicien. Cette nomination répondait à un besoin cruel.

Derrière les volets blancs, il y en a des travaux de mécanique à effectuer ! Avant son arrivée, un mécano venait deux soirées par semaine, mais ces heures suffisaient à peine à réparer les casses. Au début de l’année, Manu Lopes Dias s’est trouvé face à treize véhicules dont la moyenne d’âge est de vingt ans. Et chacun de ceux-ci avait besoin d’un petit coup de jeune. " Dans un des camions, on avait les pieds qui passaient à travers le plancher ! ".

Il s’est donc attelé à la remise en état successive des camions, des ambulances, mais aussi des tronçonneuses, des vide-caves, des groupes électrogènes. " Il fallait faire de tout : de la mécanique, de l’hydraulique, de la pneumatique, de la carrosserie ou de la peinture, explique-t-il. J’ai dû sélectionner les travaux urgents, réparer ce qui était dangereux et je me suis arrangé pour passer tous les véhicules au contrôle technique en ordre et à temps. "

Du génie…

Suite à l’engagement d’un mécanicien professionnel, la commune a acheté de l’outillage. Comme les véhicules sont de marques différentes et qu’il doit réparer ou entretenir un peu de tout, il faut parfois une sacrée dose de génie pour arriver à bout des difficultés avec ce dont il dispose. " J’ai réparé une pompe dont l’axe mesure un mètre dix, raconte-t-il. J’avais dix-sept disques à enlever. Au début, j’ai su utiliser des arrache-poulies ordinaires, mais après j’ai dû en fabriquer un qui faisait de septante à quatre-vingts centimètres. J’ai fabriqué des outils à rallonge avec des tiges filetées soudées avec des crochets pour aller chercher des disques à l’intérieur. Parfois on a une clé qui fait dix centimètres et il en faut une de trente ! "

Un nouveau camion ?

Manu Lopes Dias a aussi démonté toutes les parties malades d’un camion. Il a soudé des tubes, remis des tôles qu’il a pliées avec une technique de son invention. Après de nombreuses heures de travail et de multiples couches de peinture, ce camion semble neuf ! " Quand on m’a dit que le camion était nouveau, ça m’a fait plaisir… mais il a quand même vingt ans ! "

Gros temps, bon cap !

Contre vents et marées, l’équipe des bénévoles du Magasin du Monde Oxfam de Neufchâteau se mobilise pour éviter la fermeture. Ce trait supplémentaire à la liste des boutiques fermées prendrait une dimension particulière… parce que cette fois, tourner la clé dans la serrure retentirait à des milliers de kilomètres d’ici.

Place Charles Bergh, il y a cinq ou six ans. On pousse la porte de droite de l’ancienne prison, doucement parce qu’elle coince un peu. Un carillon indien dépose ses notes dans le bonjour… comment ça va ? Le chauffage vient d’être allumé et une légère odeur de gaz plane dans la pièce. Des frissons dans le dos, on se frotte les mains. On… ce sont les adeptes locaux du commerce équitable. Ce sont ceux qui veulent acheter du café et du savon, des pulls et des paniers, du vin et des livres " autrement ". Ils se retrouvent quelques heures par semaine dans cet espace réduit qui exhale aussi le curry et la laine. A chaque pièce de monnaie qui sonne sur le comptoir de verre, une portion de revenu partira en Palestine ou au Nicaragua, en Inde ou en Bolivie pour verser un salaire juste aux producteurs.

On parle des conditions de travail des fabricants de sandales du tiers monde et on se demande si on ne pourrait pas faire plus. Ouvrir un vrai magasin, avec une vitrine, de l’éclairage. Un magasin qu’on verrait du trottoir et dans lequel de nombreux clients viendraient. Avec de beaux produits bien présentés, outre les convaincus, des gens passeraient l’huis et contribueraient à l’équilibre entre le Nord et le Sud. Parce que finalement, le Sud peut être montré et que c’est aussi une forme de dignité que de ne pas jouer sur la corde de la misère.

La décision fut périlleuse, mais elle fut prise. On a deux étalages bourrés de vaisselle et de djembés, des étagères pleines à craquer d’épicerie rue Burnotte et même, quel luxe, un radiateur qui chauffe quand on tourne la vanne.

Au cours des années de présence, ce Magasin du Monde, qui ne fonctionne qu’avec des bénévoles, a vu s’éteindre des vitrines voisines. Il tient le coup… mais la réalité du tiroir-caisse est là. Chaque mois, le loyer et les charges écorchent les revenus. Pour l’instant, " Bruxelles " subventionne pour permettre la survie. Cette situation inconfortable doit trouver une issue. Ceux et celles qui ont investi leur énergie, leurs espoirs, leur temps et leurs idées espèrent un nouvel élan. Ils aimeraient tellement que les petits déjeuners, les achats pour les fêtes relancent le chiffre d’affaires et que cette passe ne soit plus qu’un mauvais souvenir. Les producteurs du Sud n’ont pas besoin de charité. Ils ont besoin qu’on achète des produits qu’ils savent élaborer au prix qui leur revient.

OxfamDans la tourmente économique, on peut se plaindre du vent ou souhaiter qu’il va changer ou tout simplement… ajuster les voiles. Elisabeth Piras opterait pour cette réalité. Comme les consommateurs ne viennent pas de façon suffisante pendant l’année mais qu’ils répondent toujours aux différentes animations ponctuelles, elle imagine très bien pouvoir continuer l’action des Magasins du Monde d’une autre manière : l’an passé, l’équipe avait saisi l’occasion du passage de trois Mexicains. Ces apiculteurs sont venus à la Chaurnô pour expliquer leur manière de produire le miel. Tous les produits " miel Maya " étaient présentés et ce fut le succès. Sur base d’expériences de ce type, le groupe conçoit de pouvoir mobiliser les ressources qui existent pour organiser cinq ou six manifestations par an. Les petits déjeuners donnent toujours bien, le souper annuel aussi. La maison communale de Neufchâteau soutient les producteurs en consommant du café. D’autres idées germent comme celle de remettre en route des JM – des jeunes magasins du monde dans les écoles. Avec ou sans vitrine, le potentiel est toujours là.

Une grande nocturne aura lieu le 4 décembre, de 19 à 22 heures au magasin rue Burnotte pour présenter l’artisanat. Avec une bonne tasse de café et du chocolat, des biscuits, l’équipe sera disponible pour vous présenter les nouveautés et vous expliquer, si besoin est, le fonctionnement du commerce équitable.
Pour ceux qui souhaitent ajouter une valeur à leurs achats, les fêtes de fin d’année tombent à pic afin de mettre le cap sur le Magasin du Monde Oxfam de Neufchâteau… Les bénévoles n’attendent qu’une chose : la mise à sac de la boutique !
B. Herry

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