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06 juillet 2001 - n°162 et 163


Aux sources de linstant
Cécile
Bolly, médecin généraliste à Neufchâteau,
vient de publier avec Michel Vanhalewyn, médecin généraliste
à Bruxelles, un ouvrage consacré aux soins palliatifs. Ce livre
est dabord un formidable guide pratique qui fourmille de mille propositions
et daides à la décision face aux situations et aux symptômes
les plus fréquents en fin de vie. Ce manuel est une belle illustration
de cette idée chère aux deux auteurs : éthique et écoute
sont indissociables. Nous avons rencontré ces deux médecins. Ils
vous livrent leur sentiment sur lévolution des soins palliatifs
dans notre société.
Vous venez de publier un livre qui traite des soins
palliatifs à domicile. Cest le résultat dun long travail
à la suite dune formation en soins palliatifs étalée
sur trois ans et qui a été suivie par plus de six cent cinquante
médecins généralistes. Racontez-nous brièvement
cette aventure.
Michel Vanhalewyn : - " Je voudrais
dabord dire que ce nest sans doute pas par hasard que les soins
palliatifs prennent autant dimportance. Au cur dune société
qui évolue à grande vitesse, la médecine qui a comme caractéristique
de toucher à toutes les dimensions de lêtre humain, se trouve
en recherche de nouveaux repères. Les performances de la science et les
progrès considérables de ces vingt dernières années
ont donné limpression que dans le domaine de la santé, tout
était maîtrisable. Mais ce nest pas la réalité.
Et la fin de vie en particulier reste marquée dune interrogation,
dun questionnement qui nous renvoient à notre plus fondamentale
solidarité. La mort survient encore le plus souvent à lhôpital,
au milieu dun plateau technique de haute performance, mais aussi en recherche
dune nouvelle forme dhumanisation. Par ailleurs, de plus en plus
de patients expriment leur souhait de pouvoir mourir chez eux. Cest donc
au sein de toute cette réflexion et pour pouvoir répondre le mieux
possible à cette demande quun certain nombre de médecins
ont relevé un défi en quelque sorte. Il sagit de créer
un véritable réseau de réflexion et de formation à
la pratique des soins palliatifs à domicile. Pour nous, cest une
véritable aventure, et elle est passionnante, même si elle prend
beaucoup de temps et dénergie ! Il faut savoir que dans toutes
les régions de la Wallonie et de Bruxelles, des médecins généralistes
se sont proposés pour animer des groupes réunissant une quinzaine
de participants pendant trois ans à raison dune réunion
par trimestre et en profitant chaque fois des compétences dun expert.
Cette durée, qui peut sembler longue, a permis à ceux qui le souhaitaient
de véritablement partager lexpérience, les compétences
et les difficultés de chacun. "
Cécile
Bolly " Je voudrais ajouter quau départ, le livre
quon vient de publier était avant tout destiné aux médecins
qui ont participé à ce projet, appelé Rampe (Réseau
dAide en Médecine Palliative Extra muros). Mais très vite,
on sest rendu compte quil était important de le diffuser
plus largement, pour quun maximum de généralistes mais aussi
dautres soignants, donc les infirmier(e)s, les pharmaciens, les kinés
puissent acquérir ces nouvelles compétences. "
Les soins palliatifs simposent de plus en
plus. Il ne sagit pas dune mode, mais bien dun mouvement où
lon remet en question certaines habitudes de la pratique médicale
pour innover dans la rencontre. Expliquez-nous cette nouvelle démarche.
C.B. " Ce nest sans doute pas une mode, mais nous navons
pas non plus envie que ce soit un mouvement, dans le sens dun nouveau
pouvoir ou même dune nouvelle idéologie. Il ne faut surtout
pas que les soins palliatifs imposent une manière de bien mourir ! Cest
vrai quils remettent en question certaines de nos habitudes et quils
insistent par exemple sur la place du patient au centre du processus de soins.
Mais ce qui nous semble capital, cest que lattitude découte
ou la démarche éthique quils proposent, nous avons tous
le souci de les ramener dans lensemble de notre pratique. "
M.V. " Comme on la écrit dans ce livre, les
soins palliatifs questionnent, interrogent le fondement même de la médecine
: son humanité. Et cette humanité-là, on en a tout autant
besoin dans les soins curatifs ! Et de nombreux médecins le savent et
le revendiquent.
Léthique trouve une large place dans cet ouvrage. Vous soulignez
aussi limportance de lécoute active. Comme sil était
temps dhumaniser les rapports entre patients et soignants
C.B. " Oui bien sûr ! La dimension éthique émerge
dailleurs comme une suite logique au questionnement dont on vient de parler.
La fin de vie dun patient pose sans doute de manière plus aiguë
la responsabilité humaine des soignants, mais à partir de tout
ce qui peut se vivre dans un accompagnement, on se rend compte que léthique
doit exister au quotidien et questionner à son tour toute notre pratique.
On la trop souvent rangé du côté des conflits, des
dilemmes, des problèmes : euthanasie, acharnement thérapeutique,
clonage
On oublie alors toute la dimension de léthique de
la relation. Et cest ici que lécoute active, sans projet
et sans jugement, prend tout son sens comme préalable à léthique.
Cest pour cela que dans ce livre, chaque chapitre se termine par des questions,
des réflexions, des conseils à propos de cette partie essentielle
de notre travail. Nous pensons quil faut vraiment associer des compétences
scientifiques à des compétences relationnelles pour en faire le
fondement dune démarche éthique. Et cela ouvre à
une notion bien trop souvent négligée : le fait que les soignants
ont besoin de soccuper deux-mêmes, daccueillir leurs
propres émotions, leurs propres difficultés et de les partager
dans un temps et un espace qui leur conviennent, pour pouvoir être réellement
disponibles et répondre le mieux possible à la demande des patients.
"
M.V. " Le travail sur les émotions permet de faire
des liens entre éthique et liberté. Dans beaucoup de textes, il
est écrit que la véritable liberté est un des objectifs
dune attitude ou dune compétence éthique. Mais elle
en est aussi le fondement ! La part de peur que nous avons en nous par exemple
peut dune certaine manière empêcher cette liberté,
sauf si nous décidons de nous en occuper, de la recycler
Cest
aussi toute une dimension que nous avons voulu aborder dans ce livre.
" Aux sources de linstant "
(248 pages) est paru chez
Weyrich Editions
Il est disponible en librairie au prix de 790 francs.
Infos : 061 27 94 30

La guerre des services secrets dans les deux
Luxembourg
Cest
un nouvel ouvrage de Noël Anselot qui a été présenté
à Redu samedi dernier. Quoi de plus normal puisque cest lui qui
est le créateur du village du Livre, au début des
années 1980. Résistant, journaliste, directeur de multinationales
en Belgique, conférencier, il a écrit une dizaine douvrages
sur les sujets les plus divers.
Il revient aujourdhui, après des recherches en tous sens qui lui
ont pris une dizaine dannées, avec un ouvrage intitulé La
guerre des services secrets dans les deux Luxembourg et à leurs confins.
Bien sûr, il y a les opérations de grande envergure (Bataille dAngleterre,
El Alamein, offensive Von Runstedt), mais il ne faut pas oublier la guerre menée
en souterrain par les divers services de renseignement et daction, et
notamment en Belgique. La province, le Grand-Duché et les régions
avoisinantes, dit léditeur Bernard Charlot, ont engendré,
durant loccupation, des héros capables de mettre leur vie en péril,
voire même de la sacrifier, pour défendre leur patrie.
Chez nous, lauteur exploite ses informations concernant la mission Balaclava-Oucaste
à Grapfontaine et laffaire de Perchepay-Neufchâteau (racontée
par Henri Verhaegen).
La
mission Balaclava-Oucaste (surnoms de deux habitants de la région) devait
monter des comités de réception pour des parachutages ultérieurs.
Après avoir émis pendant sept mois, Balaclava tombe aux mains
des Allemands, qui le forcent à émettre et organisent ainsi des
parachutages (explosifs, argent, résistants) quils réceptionnent
eux-mêmes. Oucaste connaît le même sort, avant dêtre
exécuté.
Un autre événement important est laventure du Lysander à
Perchepay, dans la nuit du 7 au 8 décembre 1941. Il faut rappeler quun
petit aérodrome avait été aménagé sur une
prairie du lieu-dit. Les Allemands, du 10 mai 1940 à la fin décembre,
y installent une flotte de bombardiers (principalement des Dornier) qui prennent
part à la Bataille dAngleterre. Les personnes devant monter dans
lavion tombent dans un guet-apens, sont arrêtées, mais parviennent
à senfuir, sans pouvoir prévenir le pilote du Lysander.
Celui-ci arrive au lieu
du rendez-vous, est mitraillé, mais regagne lAngleterre sans trop
de dommages. Ne sachant pas ce quil est advenu des valises contenant des
documents importants, plusieurs responsables de la résistance doivent
quitter le pays. En fait, le courrier clandestin a été retrouvé
et caché par un bûcheron
G. Pierrard
La guerre des services secrets dans les deux
Luxembourg et à leurs confins de Noël ANSELOT est paru aux
éditions Eole (795 francs).
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