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08 mail 2003 - n°204 et 205
Printemps au musée des Celtes En France, depuis plusieurs années, un mouvement de réveil culturel a lieu à l’aube de la belle saison avec le Printemps des Musées. La Communauté française a décidé d’emboîter le pas à nos voisins en organisant, le 4 mai, un mouvement qui regroupe nonante-neuf musées de Wallonie et de Bruxelles avec pour thème : Mystères et découvertes. Chez nous, c’est le musée des Celtes de Libramont qui mettra les petites situles dans les grandes ce dimanche. Pour le prix d’un euro, les familles pourront partir à la découverte des Celtes qui vivaient dans notre région, autrement qu’en regardant des objets dans des vitrines. Cette journée sera le fruit de réflexions entamées depuis un bon moment au sein de l’équipe du musée. "En général, explique Ludwine Deblon, archéologue, les groupes qui viennent ici – surtout s’ils ont parcouru de nombreux kilomètres – aiment profiter du lieu et rester plus longtemps qu’une visite de deux heures. Nous avons donc eu l’idée de créer des animations pédagogiques, depuis deux ans, et cela ne marche pas mal ! Le musée est trop petit pour accueillir des groupes de cinquante à soixante élèves, aussi allons-nous dans les locaux des 3 x 20 où nous proposons des activités en fonction des tranches d’âge. Toutes ces idées que nous avons développées, nous allons les présenter ce dimanche 4 mai aux familles qui viendront nous rendre visite.” L’archéologie en soi est peut-être un monde mystérieux et les Celtes, des hommes étranges, mais dès que l’on met les mains dans du sable pour fouiller ou que l’on roule de l’argile afin de fabriquer des pots comme nos ancêtres, tout devient fascinant. Et si en plus on s’amuse, alors on assimile des tas de notions sans s’en rendre compte. Toute l’équipe du musée des Celtes l’a bien compris : “L’histoire doit passer par les mains, le concret. Il faut sortir des murs du musée.” Une excursion sur un site celtique luxembourgeois, au Titelberg, dans la région des trois frontières, près d’Aubange, permettra aux chanceux qui ont réussi à obtenir une place de voir cette colline escarpée où se trouvait la capitale des Trévires. Il y avait là autrefois une agglomération fortifiée, avec des habitations, des quartiers artisanaux et un grand sanctuaire. Sur place, à Libramont, les petits pourront s’habiller comme les Celtes avec des reproductions de vêtements. Ils pourront mettre des chaussures, attacher le tissu avec une fibule, fermer une ceinture, se parer de bijoux. “C’est une expérience que les enfants apprécient beaucoup parce qu’ils voient l’ensemble dans les vitrines, et puis ils l’ont sur eux. Ils sont à l’intérieur et ils peuvent en sentir les matières !” C’est vrai que cela les change des panneaux : “Regarder mais pas toucher”, ou des gardiens stylés en costume et képi de certains musées. Les plus grands pourront fabriquer des fibules en métal, allumer du feu avec du silex et un briquet celtique ou fouiller pour du vrai. En vue de cette activité, l’équipe a reconstitué deux sites de fouille à l’échelle dans des bacs en bois. Quand les enfants découvrent les sites, ils ont devant eux une prairie avec de petites vaches. Ils évacuent le bétail, enlèvent l’herbe et, en dessous, ils progressent à l’aide d’outils. Ils observent la couleur du sol et remarquent qu’elle diffère à certains endroits. Graduellement, ils mettent au jour des objets, des armes, des bandages de roues, un mors… “Quand nous avons des élèves de classes de la fin de l’enseignement primaire, du début du secondaire, nous leur expliquons comment dresser un plan de fouille à l’échelle sur du papier millimétré. Des groupes se passionnent parfois tout un après-midi à cette occupation.” Une fois l’inventaire des objets dressé, on peut passer à la phase d’interprétation. Des éléments sont puisés dans l’iconographie ou les sources écrites. “C’est une manière de découvrir le métier d’archéologue, mais aussi d’aborder une vision scientifique. On apprend à établir des thèses, mais aussi à s’attendre à ce qu’elles soient modifiées lorsque de nouveaux éléments de connaissance apparaissent.” Une borne multimédia permettra aux mordus du clavier de partir à l’aventure via un programme très celte, mais très amusant. “Ce sont souvent les adolescents qui aiment cette activité. C’est vrai que c’est un âge où il n’est pas toujours facile d’attirer l’attention. C’est une manière de parler leur langage.” Afin de mettre la main à la pâte, ou plutôt à la terre, un atelier céramique sera organisé par Myriam Ansseau. On pourra y fabriquer des pots selon la méthode des colombins – les Celtes d’Ardenne n’utilisaient pas de tour – ou “à la masse”, en enfonçant les doigts dans une boule d’argile, tout en faisant progresser la matière vers l’extérieur et en hauteur. Pour fabriquer un vase, un plat en terre, les Celtes devaient trouver une argile appropriée, la purifier, la travailler, la laisser sécher et la cuire. “Quand on passe par toutes les étapes, on comprend la valeur d’un objet, dit encore Ludwine. Ce qui est étonnant, c’est la légèreté des poteries celtes. On est loin de tout savoir. Le fait de réaliser nous-mêmes, archéologues, des poteries ou de parler avec des potiers, nous permet, lorsque nous essayons de reconstituer des objets, d’avoir une autre vision. C’est la même démarche pour les métaux. Un forgeron nous dira : "Telle opération n’est pas possible, ou n’est plus possible," parce qu’un savoir-faire a disparu.” Bref, ce n’est pas sûr que la journée sera suffisamment longue pour profiter de toutes ces possibilités de découvrir nos ancêtres. Pour tous ceux qui se prennent de passion pour les Celtes, une seconde édition de “Carnyx” aura lieu les 26 et 27 juin 2004, mais c’est encore loin. D’ici là, une autre manifestation est programmée en octobre, à l’époque de l’année où chez les Celtes le monde de l’au-delà rejoint celui du réel… nous en reparlerons en temps opportun. Sachez déjà que cela se terminera par un banquet ! B. Herry Le musée, ce dimanche 4 mai, sera ouvert de 10 à 19 heures.
Archéologues en herbe ! Ce dimanche 4 mai, tous les ingrédients étaient réunis : le soleil, la température clémente… pour donner un air de saison au musée des Celtes de Libramont, qui s’inscrivait dans l’opération Printemps des Musées. De nombreux visiteurs sont venus découvrir les salles et les animations qui ont eu un succès fou auprès des enfants. L’excursion au Titelberg avait déjà suscité l’engouement auprès des amateurs puisque les réservations furent bouclées en un rien de temps. Ils sont venus de toute la Belgique au rendez-vous et beaucoup ont profité de leur voyage pour explorer le musée en détail le matin, avant le départ du car. Une prochaine excursion est d’ailleurs envisagée, et là aussi l’équipe du musée est étonnée de voir à quelle vitesse les noms viennent s’inscrire sur la liste d’attente.
A Libramont, les enfants ont découvert les vitrines de manière ludique. Les responsables du musée avaient glissé des “intrus” parmi l’éventail des pièces exposées. à côté de la trousse de toilette, purement celtique, trônait une brosse à dents en plastique, parmi les moyens d’allumer un feu (silex, briquet celtique, massette…) figurait une boîte d’allumettes ! Le mannequin féminin présentant les vêtements de l’époque portait des lunettes fumées et le cheval qui permet de montrer un harnachement avait un chapeau de soleil, etc. Ce n’était pas triste. Un grand puzzle, installé sur le comptoir, attendait les petites mains patientes et plus loin, contre un mur, un autre puzzle magnétique à choix multiple était là pour aiguiser l’esprit critique et malmener les idées reçues. Les casques gaulois avaient-ils des ailes ? Oui, mais uniquement sur les paquets de cigarettes ! Pas dans la réalité. Au premier étage, un grand bac a reçu l’assaut du matériel du parfait archéologue en herbe. Petits et grands ont raclé le sable, trouvé un mors, un second, un cerclage métallique… Les mains encore maladroites ont un peu malmené les conventions des parfaits fouilleurs, mais ne dit-on pas que l’on apprend bien quand on apprend étant petit ? Plus loin, il fallait suivre un schéma coloré sur une grande planche, avec des rubans pour réaliser un motif celtique entre des clous, pendant que des plus grands suivaient la méthode pour fabriquer des fibules. Mais l’atelier qui a rencontré le plus de succès, outre celui de pouvoir enfiler des reproductions de vêtements et d’allumer du feu, c’était celui de la poterie. Après avoir malaxé la terre, les doigts se sont enfoncés dans les boules d’argile et une rangée de pots, imités sur les poteries celtiques, est apparue au milieu de la table. Pour fabriquer des récipients selon la technique des colombins, tout le monde a roulé des boudins noirs devant soi, découpé un fond, lissé la terre. Cela s’est terminé par un défilé de mains grises à l’évier et un bonbon en gomme. Vous ne saviez pas que les Celtes faisaient déjà des petites souris vertes, rouges et jaunes ? Mine de rien, l’information a bien circulé. C’est ainsi que, grâce au “net”, des Ardennais français sont venus découvrir ces animations et des Celtes qu’ils imaginaient plutôt cantonnés en Bretagne. B. Herry |
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