08 mail 2003 - n°204 et 205

Région

Une poubelle d’avance !

Il n’est pas dans nos habitudes de sacrifier la photo de couverture pour mettre l’accent sur un événement ou une décision importante. Toutefois, défenseurs de la qualité de notre cadre de vie, nous souhaitions frapper les esprits en montrant la triste image qu’offrent de plus en plus d’endroits.

Il y a quelques semaines, dans un précédent numéro de notre journal, nous attirions l’attention sur la pollution croissante le long des axes routiers. Toutes communes et tous réseaux confondus.

Une poubelle d’avance ! Une poubelle d’avance ! Une poubelle d’avance !

Dans les jours qui ont suivi, la ville de Neufchâteau entreprenait le nettoyage des fossés sur une longueur de trois kilomètres environ, entre Neufchâteau et Petitvoir. Choqués par le nombre de sacs poubelles qui se dressaient dans les fossés, après le ramassage (effectué à la main, faut-il le souligner), nous avons poussé jusqu’aux services des travaux pour dresser un petit bilan. Nous avons été effrayés de constater que deux remorques, comme celle que l’on peut apprécier sur l’illustration en bas de page, avaient été nécessaires pour enlever le “fruit” du nettoyage !

Depuis ce jour, nous avons commencé à questionner les personnes qui sont chargées de l’entretien de la voie publique. Leurs réflexions sont édifiantes. Nous vous en livrons quelques-unes : “Les endroits les plus sales sont les sorties d’autoroutes. Certaines d’entre elles sont dans un état innommable !” “Nous avons déjà repéré les gens qui viennent jeter leurs saletés et ils ont le culot de venir quand nous chargeons la remorque pour nous reprocher que l’endroit est sale et que c’est honteux !” ; “Quand le parc à conteneurs est fermé, on déverse les déchets devant la grille !”

Ce type de pollution n’est pas un phénomène nouveau, mais depuis l’apparition du tri sélectif et la collecte des déchets par le duo bac, le problème devient de plus en plus aigu. à ce rythme-là, les bords de route deviendront bientôt des dépotoirs publics.
Une réaction s’impose donc ! Les autorités doivent se mettre à la recherche de solutions. Action, prévention et répression. Voilà ce que nous attendons.

Dans les prochaines semaines, notre journal va aller à la rencontre des acteurs publics pour les interroger et leur demander d’agir.
Nous invitons aussi nos lecteurs à nous signaler les points noirs qu’ils connaissent et qu’ils souhaitent faire disparaître.

Ensemble, agissons !

O.W.

Mortalité inquiétante

apiculteurs ardennaisDe nombreux apiculteurs ardennais sont en plein désarroi. Ils se contactent les uns les autres depuis quelques semaines pour s’échanger de tristes nouvelles. Une quantité impressionnante d’abeilles meurent. Ici, on jette le miel, là on voit des abeilles naître sans ailes, plus loin on constate qu’elles souffrent de dysenterie.

Henri Stecker est apiculteur depuis maintenant soixante ans et il n’a jamais constaté de tels dégâts simultanés dans ses ruches. Il en a une centaine réparties dans la région. “Je viens d’aller en visiter, dit-il. Sur neuf ruches, quatre sont perdues et parmi les abeilles qui vivent encore, certaines ont le ventre gonflé.”

Cette passion pour les abeilles, Henri Stecker l’a eue très tôt. “ Dans le temps, explique-t-il, presque tout le monde avait des ruches au fond de son jardin. C’était commun et indispensable pour fournir les ménages en matière sucrée. Ma grand-mère avait un œil sur les ruches de mon oncle, du matin au soir. Elle surveillait l’activité des insectes, les essaimages…

En ce qui me concerne, j’ai commencé à dix-huit ans. Aujourd’hui, j’en ai septante-huit ! Je me souviens bien de mes débuts, pendant la guerre ; les soldats allemands venaient piller ce qu’ils pouvaient pendant l’hiver, au moment où les abeilles sont engourdies par le froid. Ils mangeaient des "gâteaux", des blocs d’alvéoles remplies de miel. Nous aussi, nous en mangions ! Nous avons eu beaucoup de mal à redémarrer les élevages. Juste après l’Offensive, on avait juste pu sauver quatre cadres contenant une reine.

Pendant toutes ces années, j’ai rencontré des difficultés. En 1950, il y a eu un pic de nosémose, de diarrhée. En 1956, c’est l’acariose qui a sévi. Des acariens s’installaient dans les trachées respiratoires. Dans les années septante, les apiculteurs ont eu beaucoup de pertes à cause des pulvérisations intensives sur les cultures : herbicides, pesticides… !

Henri Stecker est apiculteur depuis maintenant soixante ans Dernièrement, nous avons dû nous battre, parce qu’on pulvérise les betteraves, le tournesol et le colza avec des produits qui restent dans le sol et dans la partie aérienne des plantes pendant trois ans. Rien qu’en buvant l’eau des gouttes sur les feuilles, les abeilles meurent.

En tout temps, on doit surveiller les attaques des fourmis, des guêpes et les infestations par les poux, les puces, les acariens. Mais cette année, c’est la catastrophe. On a constaté depuis le 15 juillet, l’an passé, que les abeilles allaient prélever le miellat des pucerons qui étaient extrêmement nombreux, ce qui a donné un miel qui se figeait.

Des invasions de poux ont provoqué des naissances d’abeilles dépourvues d’ailes, les déjections noirâtres indiquent des problèmes intestinaux et le froid a décimé les insectes. On soupçonne autre chose, est-ce la pollution ? Des apiculteurs allemands et autrichiens avaient déjà tiré la sonnette d’alarme, il y a deux ou trois ans. Voilà que cela arrive chez nous !”

B.H.

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