08 octobre 1999 - n°131

Chronique du 800e anniversaire de Neufchâteau

L’Ardenne celtique (X)

Joug celtiqueLa civilisation celtique en Ardenne étant amplement étudiée, nous nous limiterons à quelques particularités peu connues.

Le fer

Vers 750 av. J.-C., le fer fait une timide apparition avec l’arrivée des Celtes. Le premier âge du fer est appelé "Hallstatt" par les archéologues, du nom d’un site minier d’Autriche où était extrait le sel. Des vestiges de cette époque, surtout des tombelles, ont été découverts près de Gedinne entre Saint-Vincent et Etalle.

Les Celtes en Ardenne

Vers 475 av. J.-C., le second âge du fer est appelé "La Tène", du nom d’un ancien village suisse sur la rive du lac de Neufchâtel. Les Celtes s’installent alors en nombre en Ardenne. Entre Samrée et Crombach, le groupe septentrional était surtout influencé par ses voisins de l’Hunsrück-Eifel. Entre Rossart et Harlange (Grand-Duché de Luxembourg), le groupe méridional semblait principalement tourné vers la Champagne. A côté de quelques fortifications et de quelques lieux d’habitat en plaine, leurs sépultures sous tombelles sont heureusement mieux connues. Quelque trois cents tombelles sont répertoriées dans chacun des deux groupes. Si chaque tertre du groupe septentrional est individuel, ceux du groupe méridional recouvrent généralement plusieurs tombes (jusqu’à six), d’autres tombes y sont de plus dépourvues de tertre. La population funéraire est donc plus de deux fois plus élevée au sud qu’au nord, elle est aussi beaucoup plus largement dotée et les incinérations y sont plus rares que dans le groupe septentrional. D’autres vestiges du séjour de ces populations sont aussi connus à Mirwart, à Bras, à Cugnon, à Habay et au sud d’Etalle.

A la suite de vastes mouvements migratoires vers le sud de l’Europe, même jusqu’à Rome, la majorité de la population quitte l’Ardenne vers 390 av. J.-C. Les tombelles resteront cependant en usage jusqu’au début du iie siècle av. J.-C. Le matériel découvert dans ces tombes tardives est plus abondant et plus diversifié. Seulement une tombe sur dix est tardive.

L’orpaillage

Certaines zones de l’Ardenne recèlent de nombreux tertres d’orpaillage résultant du lavage des alluvions des vallées. Certains tertres ont pu être datés de l’époque romaine, d’autres de l’époque celtique. Le groupe septentrional s’est en effet installé au sud du Plateau des Tailles et de celui des Hautes Fagnes où l’or a encore été exploité au début du XXe siècle (1,7g d’or par tonne d’alluvions, donc peu rentable). Le groupe méridional pour sa part s’est installé à proximité de la région de Suxy et du massif du Serpont qui va de Recogne à Hatrival. C’est précisément entre ces deux zones aurifères que se trouve la plus forte concentration de tombes à char de tout le monde celtique. De Warmifontaine à Bercheux, et de Sberchamps à Nivelet, vingt-et-une tombes à char ont été découvertes à ce jour. On peut estimer leur nombre à une soixantaine, soit plus que dans l’Hunsrück-Eifel, soit à peine cinq fois moins qu’en Champagne qui compte pourtant cinquante fois plus de tombes.

La paire de boucles d’oreille découverte près d’Houffalize est la seule parure en or connue en Ardenne. L’or devait être exporté vers l’Hunsrück-Eifel où ce métal abonde dans certaines tombes et vers la Champagne où les tombes à char ont été systématiquement pillées.

Vers le sud ou vers l’est ?

De nombreux indices orientent le groupe méridional vers la Champagne. Il faut cependant remarquer que son extrémité orientale (au-delà d’une ligne Bercheux, Witry) renferme moins de donations funéraires, très peu de chars (uniquement des ornières marquées dans le sol), aucune situle et beaucoup de tombelles individuelles. Cela peu s’expliquer parce que cette région est proche de l’Hunsrück-Eifel. Vase emblématique de la zone des tombes à char, la situle est plus proche de certaines poteries allemandes que des françaises. Ces situles décorées en terre cuite sont des copies populaires de grands récipients en bronze que l’on trouve surtout en Allemagne et en Autriche. Par ailleurs, la mode des tombelles est typiquement allemande, presque inconnue en Champagne. Notre groupe méridional serait en fait franco-allemand, l’Ardenne étant déjà une terre de rencontre.

Arduina et Entarabus

Si la piste de la dorsale d’Arduina ne traverse que le groupe méridional, la piste d’Entarabus traverse les deux groupes. Ceux-ci s’arrêtent par ailleurs chacun à une même distance de Foy-Noville qui est consacré au dieu trévire Entarabus.

Utilisée du début à la fin de l’époque celtique, la nécropole du Sart se trouvait au pied de la butte qui portait le polissoir. Tous ses morts regardent dans la direction de cette pierre servant de relais entre Amberloup et Mont Saint-Walfroy. Les quatre premières tombelles sont alignées sur le polissoir et sur Nivelet tandis que les deux dernières indiquent l’alignement constitué par la tombelle de la chapelle du Sart (où sera transféré le polissoir en 1956) et la nécropole de "La Hasse" à Hamipré, point culminant de toute la région. La chapelle du Sart se trouve à mi-distance de ces deux nécropoles extrêmes dont la différence d’altitude approche les cent vingt mètres. Près de l’extraordinaire nécropole du Sart se trouvait la plus vaste nécropole de toute l’Ardenne. Encore peu connue, la nécropole de Nivelet se trouvait elle aussi au pied d’une butte où devait se situer la pierre relais entre Foy-Noville et Mont Saint-Walfroy. Non loin de Nivelet, la nécropole de Léglise est la seconde en importance de toute l’Ardenne. Si les tombelles celtiques ne descendent guère en dessous de 450m d’altitude, celle du Sart et celle de Nivelet plafonnent à 400m. Elles renfermaient toutes deux des pièces remarquables.

Le groupe septentrional ne renfermant aucune très grande nécropole, la région de Bovigny-Gouvy recèle la plus forte concentration de nécropoles et celle de Courtil est une des deux plus grandes de ce groupe (Bovigny est à mi-distance de Malmédy à Foy-Noville). Bovigny, Nivelet et surtout Le Sart étaient encore à l’époque des hauts lieux de l’Ardenne.

Les Belges

Venant des plaines d’Europe centrale, les Belges seraient arrivés chez nous au cours du iie siècle av. J.-C., certains iront s’installer en Angleterre à la fin du siècle. A part quelques fortifications près d’Houffalize et entre Bellefontaine et Etalle, nous ne connaissons pas grand-chose de leurs implantations en Ardenne.

Nous verrons prochainement l’époque romaine.

H. Gratia

Erratum

Une ligne a malencontreusement sauté dans le dernier article du 24 septembre : - Les chasseurs, ligne 7 : Cette pointe âgée d’environ 12 500 ans a été retrouvée dans une tombelle de Sberchamps, elle y a sans doute été apportée par les Celtes qui l’ont réutilisée.

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