Même si lardoisière de Warmifontaine na jamais cessé ses
activités, ces dernières ont repris vigueur depuis la reprise en 1988 par José
Goffinet. La petite équipe de huit personnes à lépoque en compte une bonne
vingtaine aujourdhui. La réputation du produit est excellente, les commandes se
suivent... De quoi donner des idées à dautres, dont un certain Benoît Pierlot,
descendant de propriétaires dardoisière et convaincu depuis peu de la rentabilité
de lexploitation des anciennes ardoisières dHerbeumont. Les références
techniques du schiste ardoisier de nos régions, les résultats dune étude
commandée par Valbois à lUniversité Libre de Bruxelles, la demande du particulier
pour des matériaux résistants et durables, les travaux de rénovation des toitures
danciens bâtiments... Lavenir de la pierre bleutée de nos régions na
rien de sombre.
Exploiter à ciel ouvert
Cest un pari un peu fou, à première vue, que celui tenté
par Benoît Pierlot. Écoutons-le lexpliquer : " Il faut savoir que je gère
une entreprise de parcs et jardins à Bruxelles. Lexploitation du "verdou"
appartenant à notre famille avait été accordée par mon père dans certaines
conditions. Celles-ci nétaient visiblement plus respectées. En analysant de plus
près la situation, jai rapidement constaté quil pourrait être intéressant
de reprendre les activités sur le site du Babinay. Au départ, nous voulions seulement
exploiter les déchets pour en faire des pierres de parements, des seuils, des dalles. Un
rapide calcul laissait entrevoir un quart de millions de m3. Après en avoir exploité le
dixième, nous sommes tombés sur la roche. Jai alors décidé de vider leau
des galeries et anciennes salles. Et jai eu la surprise de constater que le plafond
de certaines salles se trouve à quelques mètres seulement du sol. En creusant, nous
pourrions exploiter le schiste, dexcellente qualité, à ciel ouvert et produire
aussi des ardoises. Nous avons introduit une demande à la commune dHerbeumont en ce
sens. Si tout se passe bien, nous devrions engager du personnel. Pour lhiver,
plusieurs solutions existent dont celle de laisser les eaux remonter et ainsi empêcher
les pierres de saltérer. Pour travailler le schiste, nous nous installerions sous
un hangar en veillant à conserver un niveau dhumidité proche de celui du sous-sol.
Reste à trouver danciens fendeurs qui pourraient former des jeunes à ce beau
métier. De récentes rencontres portent à croire que cest tout à fait réalisable
..."
Un excellent produit
En 1988, les habitants de la région de Warmifontaine sen souviennent
certainement, José Goffinet reprenait les actifs de lardoisière alors sous
curatelle. Pour maintenir loutil, il importait de pomper non-stop leau du
sous-sol. Cest pourquoi le curateur avait veillé à maintenir lardoisière en
activité.
" En période de grosses arrivées deau, raconte José Goffinet,
tout se remplit très vite. A un point tel que nous avons rencontré de sérieux
problèmes lorsque lélectricité était coupée quelques heures seulement. "
Répondant sans détour à la question de lévolution des activités, le directeur
de préciser : " Cest vrai que la situation a été difficile il y a dix ans.
Lardoisière ne produisait plus guère. Les délais dapprovisionnement
sallongeaient et les clients avaient pris lhabitude daller se fournir
ailleurs. Aujourdhui, nous tenons bon. Nous réussissons à réduire les délais à
maximum sept ou huit semaines pour ceux qui sy prennent tard. Nous disposons
dun peu de stock dans les dimensions courantes. Tous les jours, nous fabriquons des
ardoises. Nous avons une gamme de formats importante, de lordre de dix-huit
dimensions. Avec les coins coupés, les rectangulaires et une dizaine de formats en
deuxième choix, nous disposons de 40 à 50 modèles au total. Historiquement, notre
produit est fabriqué depuis plus de cent ans. Il a fait ses preuves et bénéficie
toujours dune bonne image auprès des architectes dun certain âge. Dans les
années cinqante, près de trois cents personnes travaillaient à Warmifontaine. Le
rayonnement de ses ardoises était très large. Dans les écoles darchitecture,
ardoise de qualité était synonyme de Warmifontaine. Nous voulons maintenir cette image,
même si, avec vingt-quatre personnes, notre production ne suffit pas pour lensemble
de la Belgique. Actuellement, nous nous faisons connaître à nouveau et la demande
croît. Nos ardoises vont bientôt recouvrir les toits et clochers des collégiales
dAmay et de Huy, puis labbaye Saint-Remacle à Stavelot. Cela représente des
milliers de mètres carrés. Le souci dutiliser un produit de qualité, réellement
durable et naturel, dont le prix nest guère plus élevé que la concurrence, voilà
qui nous rend relativement optimiste pour lavenir..."
Propos recueillis par P. Willems