09  juillet 1999 - n°129

Région

Un souffle nouveau pour le schiste ardoisier

CarrièreMême si l’ardoisière de Warmifontaine n’a jamais cessé ses activités, ces dernières ont repris vigueur depuis la reprise en 1988 par José Goffinet. La petite équipe de huit personnes à l’époque en compte une bonne vingtaine aujourd’hui. La réputation du produit est excellente, les commandes se suivent... De quoi donner des idées à d’autres, dont un certain Benoît Pierlot, descendant de propriétaires d’ardoisière et convaincu depuis peu de la rentabilité de l’exploitation des anciennes ardoisières d’Herbeumont. Les références techniques du schiste ardoisier de nos régions, les résultats d’une étude commandée par Valbois à l’Université Libre de Bruxelles, la demande du particulier pour des matériaux résistants et durables, les travaux de rénovation des toitures d’anciens bâtiments... L’avenir de la pierre bleutée de nos régions n’a rien de sombre.

Exploiter à ciel ouvert

Benoit PierlotC’est un pari un peu fou, à première vue, que celui tenté par Benoît Pierlot. Écoutons-le l’expliquer : " Il faut savoir que je gère une entreprise de parcs et jardins à Bruxelles. L’exploitation du "verdou" appartenant à notre famille avait été accordée par mon père dans certaines conditions. Celles-ci n’étaient visiblement plus respectées. En analysant de plus près la situation, j’ai rapidement constaté qu’il pourrait être intéressant de reprendre les activités sur le site du Babinay. Au départ, nous voulions seulement exploiter les déchets pour en faire des pierres de parements, des seuils, des dalles. Un rapide calcul laissait entrevoir un quart de millions de m3. Après en avoir exploité le dixième, nous sommes tombés sur la roche. J’ai alors décidé de vider l’eau des galeries et anciennes salles. Et j’ai eu la surprise de constater que le plafond de certaines salles se trouve à quelques mètres seulement du sol. En creusant, nous pourrions exploiter le schiste, d’excellente qualité, à ciel ouvert et produire aussi des ardoises. Nous avons introduit une demande à la commune d’Herbeumont en ce sens. Si tout se passe bien, nous devrions engager du personnel. Pour l’hiver, plusieurs solutions existent dont celle de laisser les eaux remonter et ainsi empêcher les pierres de s’altérer. Pour travailler le schiste, nous nous installerions sous un hangar en veillant à conserver un niveau d’humidité proche de celui du sous-sol. Reste à trouver d’anciens fendeurs qui pourraient former des jeunes à ce beau métier. De récentes rencontres portent à croire que c’est tout à fait réalisable ..."

Un excellent produit

En 1988, les habitants de la région de Warmifontaine s’en souviennent certainement, José Goffinet reprenait les actifs de l’ardoisière alors sous curatelle. Pour maintenir l’outil, il importait de pomper non-stop l’eau du sous-sol. C’est pourquoi le curateur avait veillé à maintenir l’ardoisière en activité.

José Goffinet" En période de grosses arrivées d’eau, raconte José Goffinet, tout se remplit très vite. A un point tel que nous avons rencontré de sérieux problèmes lorsque l’électricité était coupée quelques heures seulement. " Répondant sans détour à la question de l’évolution des activités, le directeur de préciser : " C’est vrai que la situation a été difficile il y a dix ans. L’ardoisière ne produisait plus guère. Les délais d’approvisionnement s’allongeaient et les clients avaient pris l’habitude d’aller se fournir ailleurs. Aujourd’hui, nous tenons bon. Nous réussissons à réduire les délais à maximum sept ou huit semaines pour ceux qui s’y prennent tard. Nous disposons d’un peu de stock dans les dimensions courantes. Tous les jours, nous fabriquons des ardoises. Nous avons une gamme de formats importante, de l’ordre de dix-huit dimensions. Avec les coins coupés, les rectangulaires et une dizaine de formats en deuxième choix, nous disposons de 40 à 50 modèles au total. Historiquement, notre produit est fabriqué depuis plus de cent ans. Il a fait ses preuves et bénéficie toujours d’une bonne image auprès des architectes d’un certain âge. Dans les années cinqante, près de trois cents personnes travaillaient à Warmifontaine. Le rayonnement de ses ardoises était très large. Dans les écoles d’architecture, ardoise de qualité était synonyme de Warmifontaine. Nous voulons maintenir cette image, même si, avec vingt-quatre personnes, notre production ne suffit pas pour l’ensemble de la Belgique. Actuellement, nous nous faisons connaître à nouveau et la demande croît. Nos ardoises vont bientôt recouvrir les toits et clochers des collégiales d’Amay et de Huy, puis l’abbaye Saint-Remacle à Stavelot. Cela représente des milliers de mètres carrés. Le souci d’utiliser un produit de qualité, réellement durable et naturel, dont le prix n’est guère plus élevé que la concurrence, voilà qui nous rend relativement optimiste pour l’avenir..."

Propos recueillis par P. Willems

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