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10 & 17 décembre 1999 - n°135-136
Avec la fin de lannée se clôture le jubilé de la ville de Neufchâteau. Le 800e anniversaire a permis à toute la population de se pencher sur son histoire. Den savoir un peu plus sur son passé. Notre chronique du 800e trouve ici son terme. Pour cette dernière page, Henri Gratia évoque saint Walfroy et remonte les pistes de lArdenne. Saint Walfroy, cet inconnu (XII)La nouvelle religion
La nouvelle religion nayant pas encore touché les campagnes au milieu du VIe siècle, les pélerins viennent toujours nombreux et de loin sur la montagne sacrée de lArdenne où se dresse le menhir dArduina, à seulement 10 km dYvoix (Carignan) où une église Saint-Georges existe déjà depuis un certain temps. Admirateur de saint Martin Quoique dorigine lombarde, saint Walfroy avait depuis sa tendre enfance une dévotion particulière pour saint Martin, tout en ignorant encore tout de sa vie et de ses mérites. Avec son maître saint Iriex (ou Yrieix), il se rend au tombeau de saint Martin à Tours où il récolte un peu de poussière. Par miracle, cette poussière sest multipliée lors du chemin du retour. Simple diacre venant du Limousin vers 565, saint Walfroy arrive avec quelques frères sur la montagne sacrée de lArdenne. Une de ses premières tâches est dy construire une chapelle dédiée à saint Martin. Lextraordinaire exploit Pour attirer lattention des pélerins, saint Walfroy sinstalle au sommet dune haute tour en bois où il reste debout en prière, par tous les temps, nen descendant quen cas dabsolue nécessité. Les ongles de ses pieds tombent en hiver et des glaçons pendent à sa barbe. De cette manière, il peut évangéliser les curieux venus lexaminer sur son espèce de mirador (et non sur sa colonne en pierre comme on le raconte). Aidé par un groupe de convertis, il peut enfin renverser lénorme pierre quil sempresse aussitôt de réduire en poudre avec des marteaux en fer. Le soir même, il est entièrement couvert de pustules malignes. après sêtre enduit le corps de lhuile quil avait rapporté de la basilique Saint-Martin de Tours, il sendort brisé. Au réveil, il est miraculeusement guéri. Plutôt quune vengeance du malin comme il le pensait, notre brave homme était tout simplement particulièrement allergique à la poussière qui sétait plaquée sur son corps affaibli et en pleine transpiration sous leffort intense. La présence de ce curieux personnage perché sur sa tour ayant fait grand bruit, les évêques du pays viennent le trouver pour lui imposer de mener une vie plus raisonnable, le climat ne permettant pas dy vivre en stylite comme en Orient. Layant quelque peu éloigné de sa montagne, ils vont même jusquà lui détruire sa tour. Les évêques lui reprochèrent surtout davoir évangélisé, cette mission étant à lépoque le monopole des évêques et de leurs délégués. Sétant soumis, saint Walfroy deviendra le doyen du décanat dYvoix, sa juridiction sétendra jusquà Orgeo, Longlier, Ebly et Léglise (Orgeo et Longlier nexistaient pas encore à lépoque, Ebly et Léglise peut-être). Envoyé en ambassade par le roi de Bourgogne auprès du roi dAustrasie en 585, le grand historien saint Grégoire de Tours fit un détour afin dinterviewer lui-même saint Walfroy pour pouvoir raconter avec précision les détails de son exploit peu banal. Ils furent tous deux témoins dun phénomène rare sous nos latitudes, des aurores boréales qui eurent lieu trois nuits de suite. Comme le récit ne parle pas des suites de son oeuvre dévangélisation, celui-ci na guère retenu lattention des historiens. Lors de lannée Saint-Martin en 1960, la relation entre les nombreuses églises Saint-Martin et lévangélisation avait été soulignée, mais laffaire resta sans suite car les historiens ne sont vraiment pas curieux, c était pourtant la clé daccès à tout un monde absolument oublié. Le réseau Saint-Martin Après la destruction de lancien menhir dArduina, lendroit devenu le Mont Saint-Walfroy attire de plus belle les pélerins qui suivent toujours jusquà Amberloup lancienne piste dArduina datant du néolithique. Après Amberloup, ils empruntent désormais la nouvelle piste qui avait été déviée vers lest deux siècles plus tôt. Lancien domaine de chasse des empereurs romains était sans doute encore exploité par la nouvelle cour royale, la présence de tombes mérovingiennes sur le site de la villa de Moyen-Izel tend à le confirmer. De part et dautre de cette piste centrale, de nombreuses pistes secondaires viennent se greffer. La profonde forêt dArdenne étant pratiquement désertée depuis trois siècles, des relais vont rapidement jalonner tout le réseau des pistes afin de guider, de réconforter et daccueillir les nombreux pélerins. La petite chapelle Saint-Martin qui est adjointe à chacun des relais permet encore aujourdhui de suivre ce réseau rapidement mis en place, au plus tard au début du VIIe siècle. La majorité de ces anciennes chapelles sont devenues des églises, certaines ont changé de saint patron, quelques-unes ont disparu. La piste centrale passait donc par Amberloup, sans doute Remagne, Bercheux, Ebly, Léglise, Rulles, Fratin, Robelmont et Thonne-la-Long, avant darriver à Mont Saint-Walfroy. Les chapelles de Rulles et de Fratin seront remplacées parléglise de Villers-sur-Semois. Une piste venant de la Famenne passait par Saint-Martin de Lorcy, Séviscourt et Bercheux, une autre par Transinne, Sensenruth (village disparu près dOchamps), Warmifontaine et Rulles. Une piste venant du grand duché de Luxembourg passait par Martelange, la " Vieille Eglise " de la forêt dAnlier et Léglise. La Tradition Certaines de ces églises Saint-Martin et dautres également fort anciennes allaient cacher sous leur autel une base de colonne de la Tradition remontant à lépoque romaine, comme à Amberloup, Villers-sur-Semois, Ethe, Latour, Mussy-la-Ville, Messancy et Wolkrange, plus rarement un tambour de cette même colonne, comme à Aldringen et à Jamoigne. Quelques-uns de ses monuments antiques sont toujours en place dans leurs églises. Un nouveau fragment de colonne découvert en 1878 était jusquil y a peu déposé dans léglise Saint-Martin du Vieux-Virton. Treize siècles après son abandon au Bas-Empire, lancienne piste directe Amberloup-Mont Saint-Walfroy sera à nouveau marquée à hauteur de ses antiques relais par une église dédiée à saint Walfroy, près du polissoir du Sart à Montplainchamps, et près du temple romain à Pin-Izel. Au début du XXe siècle, les pélerins de Warmifontaine se rendaient à Mont Saint-Walfroy en char à bancs. A Warmifontaine comme à Neufchâteau, ce pélerinage a toujours ses fidèles. H. Gratia |
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