11 février 2000 - n°138

175 ans des Pompiers

Avant le service organisé

Avant la formation de compagnies de pompiers, la lutte contre le feu revêt un caractère fort primitif. La crainte du feu est terrible et omniprésente dans la vie quotidienne. La lutte contre le feu est dérisoire, de toute manière il existe peu de moyens pour le combattre. Il faut attendre la fin du dix-huitième siècle pour voir apparaître les premières organisations pour combattre l’incendie.

Tout au long du moyen âge, la lutte contre le feu était essentiellement préventive. Les tours, qui dominaient les villes et où veillaient les guetteurs n’étaient pas destinées qu’à la seule surveillance de l’ennemi. Les guetteurs avait aussi la charge de donner l’alerte lorsqu’un feu se déclarait.

Le "couvre-feu" trouve son origine dans la l’expression "couvrir les feux". Une sonnerie de cloches ou un roulement de tambour ordonnait d’éteindre les chandelles et d’éteindre les feux, les couvrir sous une couche de cendres pour éviter la projection de braises.

L’accroissement du commerce et l’élargissement des villes augmentèrent considérablement le risque d’incendie. Les règlements préventifs communaux ne visèrent plus seulement à éviter les sources de sinistres mais également à en réduire les conséquences. On vit, par exemple, interdire la construction et la réparation de toitures en paille et imposer du dur. Les murs mitoyens durent être érigés en briques et l’entassement de fagots fut limité.

De toute façon, le matériel de l’époque pour combattre l’incendie était quand même fort limité : des seaux, des échelles et des bras, le plus possible, pour faire la chaîne entre le lieu du sinistre et le point d’eau.

La meilleure technique est celle de la part du feu, c’est-à-dire qu’on laisse brûler ce qui brûle et on arrose à côté pour protéger le voisinage. C’est toujours ce que l’on fait aujourd’hui.

Malgré les organisations de guet avec les métiers du bâtiment, les progrès ne sont pas spectaculaires. Les incendies sont toujours nombreux et dangereux.

En mars 1640, la ville de Neufchâteau est totalement détruite par le feu. Elle comptait alors cinquante maisons.

Les premières pompes apparaissent à cette époque en Hollande et en Allemagne.

En 1668, l’invention du tuyau en cuir résolut le problème des pompes à portée insuffisante. Les combattants du feu découvrent alors un atout essentiel : la mobilité. Sans trop de risques, maintenant on pouvait parvenir à une distance raisonnable du centre du sinistre et si le rayonnement devenait trop intense, on pouvait se retirer tout en continuant à arroser le feu.

Entre 1794 et 1815, la Belgique annexée se voit imposer les premières dispositions légales visant à organiser la lutte contre l’incendie. Toutes les communes doivent prendre les mesures adéquates et créer des corps communaux de sapeurs-pompiers.

En 1807, à la suite d’un sinistre important à Bastogne, l’adjoint au maire de Neufchâteau considère que le malheur pouvait frapper aussi sa ville. Il met au point un premier réglement imposant à la population des mesures de précautions afin d’éviter pareil désastre. Ainsi, chaque particulier était tenu d’avoir devant sa porte un tonneau plein d’eau qu’il renouvellera tous les quatre jours, pour éviter les maladies. Fumer dans la rue est interdit ainsi que "porter du feu à découvert" sous peine de prison. Chaque jour, huit individus sont chargés de patrouiller pendant la nuit pour surveiller le feu. En 1814, on recense trente-deux équipes de sept hommes qui se relayent pour patrouiller et prévenir les personnes compétentes pour intervenir.

La même année, un nouvel arrêté communal impose aux habitants de ramoner leur cheminée au moins une fois par trimestre. Il est également défendu de fumer dans les granges et les écuries, d’y aller avec une chandelle.

En 1818, les habitants sont rappelés à l’ordre. Il est interdit de traverser les rues avec du feu non couvert. Et cela vaut aussi pour les pipes qui ne seraient pas fermées ! Même fumer le cigare n’est autorisé qu’aux endroits prévus à cet effet. Allumer un feu n’est autorisé seulement qu’à trois endroits précis de la ville suffisamment éloignés des maisons.

Les contrevenants étaient punis sévèrement.

Au fur et à mesure des décennies, le règlement s’étoffe frappant d’obligation les artisans de moultes précautions : boulangers, tonneliers, brasseurs, aubergistes, forgerons... utilisateurs du feu, tous sont sous surveillance.

L’organisation et l’utilisation des pompes font aussi l’objet de règlement.

Le 12 février 1825 est créé un service organisé de l’incendie. Quatorze volontaires forment le premier groupe d’intervention. Ils sont pour la plupart issus des métiers de la construction. Ils connaissent les matériaux et leur résistance, ce sont les premiers professionnels du feu... Les autres volontaires seront attachés au service de la pompe. L’autorité communale répartit les tâches et les missions. Mais aussi les obligations pour la population d’apporter aide et secours.

Le son du tocsin donnera l’alerte en cas de départ de feu.

Le règlement de 1825 est très complet puisqu’il prévoit aussi qu’un individu blessé lors de ses efforts pour éteindre le feu pourra bénéficier d’une aide de la caisse de la ville pour les frais de guérison, voire être dédommagé s’il est éprouvé dans ses moyens d’existence.

Le service incendie fera son baptême du feu le 29 novembre 1825 pour une intervention de feu de cheminée.

C’est le début de l’histoire des sapeurs-pompiers de Neufchâteau...

Dans notre prochain numéro, nous évoquerons l’incendie du 18 octobre 1899 qui ravagea une partie du centre-ville de Neufchâteau. Toutes les personnes ayant des photos relatives à cet événement peuvent nous contacter afin d’illustrer cet article.

J.-M. Panier et Ol. Weyrich

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