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11 mai 2001 - n°160


Le concours de Libramont (XXIV)
Plusieurs champs de foire
Avant
de parler de la grande foire agricole, voyons dabord les foires ordinaires.
Les autorités provinciales constataient en 1885 que le nombre de foires
avait triplé en quelques années dans larrondissement de
Neufchâteau. Ainsi voit-on une foire à Saint-Marie-Chevigny, mais
Recogne na pu en obtenir. Les foires de Libramont commencent en 1889 au
village (centre primitif situé à 400 m au sud de
léglise). Tout dabord au nombre de cinq, elles seront douze
en 1900. Treize années plus tard, trois autres foires se tiennent à
la rue de la gare, elles seront bientôt six. La guerre de 1914 mettra
fin aux foires du village et de la gare. Depuis
mai 1924, les foires se tiennent chaque mois sur la place communale nouvellement
créée au nord de léglise. Quatre foires voient le
jour cinq années plus tard. En 1933, ces foires sont converties en un
marché se tenant deux fois par mois. Lannée suivante, le
quartier du Faubourg (à 500 m à lest du village )
obtient son marché hebdomadaire. Celui-ci ne pourra cependant se tenir
quune fois sur deux, en alternance avec celui de la ville. Boudé
par la foule, ce nouveau marché sera de courte durée. Après
linterruption due à la guerre, le marché reprend mensuellement
en 1946 sur la place communale. A cause de la concurrence des grandes villes
voisines, les animaux vont finir par le déserter. Depuis 1975, le marché
se tient dans une rue voisine.
La sauvegarde de lArdennais
En raison de limmense succès
de lArdennais à létranger, ce sont trop souvent les
moins bons sujets qui restent au pays pour perpétuer la race. En 1885,
2938 chevaux et 1591 poulains de la province étaient vendus aux différentes
foires, dont plus de la moitié à des étrangers. Pour lexportation,
les poulains se vendaient deux fois plus que les adultes (76% contre 38% aux
adultes). Lexcès de croisements avec dautres races donnait
des résultats préjudiciables à lintégrité
de la race. Pour la sauvegarder, une Société dencouragement
mutuel pour lamélioration de la race des chevaux ardennais
est fondée à Neufchâteau en 1841. Etant devenue sept années
plus tard Société agricole de la province de Luxembourg
, ses sections locales sont organisées en onze comices agricoles.
Créé en 1860 comme journal de la société,
Le Luxembourgeois sera imprimé pendant quelque temps à
Neufchâteau. Des concours de chevaux sont organisés à Arlon,
Virton, Marche, Bastogne et Neufchâteau.
Le génocide intellectuel
La
Société des éleveurs belges crée à
Liège en 1885 une section chevaline qui ouvre un Stud-Book (livre généalogique).
Deux années plus tard, cette société fusionne avec la
Société nationale du cheval de trait belge qui sétait
formée un an plus tôt à Bruxelles. Cette nouvelle association
a pour principale ambition de ne plus reconnaître quune seule race
de chevaux de trait en Belgique. Considérant que le type ancien du cheval
ardennais nexiste plus, les maquignons du centre du pays veulent que tous
les chevaux de trait belges sapproprient le succès extraordinaire
de lArdennais. Les primes pour les Ardennais aux concours de Bruxelles
sont dans un premier temps très fortement réduites. Les étalons
belges de quatre ans y sont répartis en trois catégories : au-dessus
de 1,63 m, de 1,63 m à 1,58 m et moins de 1,58 m. Les premières
primes sont respectivement de mille francs, neuf cents francs et six cents francs.
Pour les Ardennais qui nont quune catégorie : en dessous
de 1,60 m, la prime est de seulement cinq cents francs. Pour les étalons
de trois ans, les premières primes sont de huit cents francs et six cents
francs pour les belges, de trois cents francs pour les Ardennais. Pour les poulains
entiers de deux ans, les belges bénéficient de douze primes qui
séchelonnent de cinq cent cinquante francs à cinquante francs.
Les Ardennais, eux, doivent se contenter de quatre primes qui vont de deux cents
francs à cinquante francs (soit six fois moins dargent). Ces chiffres
de 1905 sont révélateurs de cette volonté de sanctionner
davantage les jeunes chevaux afin de ruiner plus sûrement le renom de
la célèbre race. Quatre années plus tard, la catégorie
des Ardennais est carrément supprimée aux concours de Bruxelles.
Au lieu dêtre un ardent défenseur de notre cheval, le délégué
de notre province auprès de la société Le cheval
de Trait Belge était en réalité plutôt favorable
aux races frisonne et brabançonne (lune très légère,
lautre très lourde). Membre du comice de Neufchâteau, ce
délégué habitait près de Libramont.
Les grands concours dArlon
Face
aux manuvre visant à étouffer lArdennais, les réactions
seront vives dans nos régions, mais désordonnées et mal
orientées. Le projet de créer en 1883 un Stud-Book propre à
lArdennais échoua, celui de 1919 également. Pour fêter
le cinquantième anniversaire de la création de la société
à Neufchâteau en 1841, un concours interprovincial est organisé
à Arlon, mais en 1892 afin que le roi Léopold II puisse admirer
ces célèbres chevaux. Un autre grand concours y a lieu en 1904.
Des machines agricoles y sont exposées (le roi ne revint cependant à
Arlon que lannée suivante). LArdennais étant exclu
du concours national de Bruxelles depuis 19009, un nouveau grand concours, prévu
à Arlon pour 1911, est reporté de trois ans afin que le roi Albert
Ier puisse y assister. Mais la guerre y coupera court. Le roi chevalier devra
attendre 1930 pour pouvoir enfin y assister. Un dernier concours y aura lieu
en présence du jeune roi Baudoin en 1953. Les politiciens luxembourgeois
étaient décidément plus royalistes que défenseurs
de lArdennais, ce cheval nétant apparemment pour eux que
du folklore.
Le concours de Libramont
A
la suite de dérives des trop rares concours dArlon et après
dinterminables tergiversations au sujet de lavenir de notre cheval,
la société Le Cheval de Trait Ardennais est fondée
à Libramont en 1926 (cette société deviendra royale en
1951). Un concours annuel y est aussitôt créé. Plus de dix
mille personnes se sont rassemblées autour de cent soixante chevaux qui
y étaient présentés en 1927. A partir de 1935, lArdenne
disposera pour ses chevaux dun fascicule spécial dans le Stud-Book
national. Cest seulement en 1987 que lArdennais disposera de son
propre Stud-Book, sans limitation de territoire. Le
concours de Libramont étant porté à deux jours, à
trois jours, puis à quatre jours (à cinq pour la cinquantième
édition en 1984), lArdennais reste toujours la vedette de la journée
du dimanche. A celui de lArdennais vont sajouter le concours hippique
des Ardennes en 1951, le concours des chevaux de sport belges en 1963, le concours
de traction et celui des Haflinger (petits chevaux autrichiens) en 1978, le
concours dattelage en 1990 et tout récemment le Palm Challenge
Cup. Un concours original opposa en 1996 vingt étalons ardennais originaires
de Belgique, du grand-duché de Luxembourg, de France, de Suède
et de Hongrie (quatre par pays). Les visiteurs de la foire étaient au
nombre de douze mille en 1956, trente mille en 1966, cinquante neuf mille en
1976, cent douze mille en 1986 et pratiquement cent cinquante mille en lan
2000. Au concours de chevaux
vont sajouter ceux des bovins (actuellement huit races y sont présentes),
celui des moutons, celui des chèvres et depuis peu celui des porcs. De
toutes ces différentes espèces, 3250 animaux délite
étaient présentés en lan 2000. De manière
plus discrète, dautres animaux sont maintenant présents,
ceux du petit élevage, des ânes, parfois des chiens de troupeaux,
des autruches et des abeilles.
La foire de Libramont
Dès
le premier concours, trois exposants étaient présents. Le côté
commercial va progressivement sétoffer, jusquà dépasser
en importance les concours des animaux qui se déroulent à tour
de rôle sur toute la durée de la foire. De nombreux puristes préfèrent
encore parler de concours plutôt que de foire. Le nombre dexposants
approchait les deux cent vingt en 1966, les trois cents en 1976, les quatre
cent septante en 1986 et les cinq cent quatre-vintgs en lan 2000. Malgré
les vingt hectares du champ de foire, la place manque. Elle devrait être
très fortement augmentée en 2003. Signalons que le Palm Callenge
Cup sétait déjà installé à lextérieur.
Les premières machines
agricoles présentes à la foire étaient construites dans
la région, à Chatillon, Saint-Léger, Bièvre et Salmchâteau
notamment. On y verra plus tard des petits constructeurs de Rossignol, Suxy,
Carlsbourg, Humain, Marche et Bovigny entre autres, mais aussi de Chauvency-St-Hubert.
Actuellement, les machines construites en Belgiques deviennent presque rares.
Les machines seront progressivement adaptées à la mécanisation.
Elles deviendront de plus en plus grandes et de plus en plus lourdes. Certaines
dont disparaître, de nouvelles vont voir le jour. En vue de réduire
lusure et daugmenter leur capacité de travail, beaucoup vont
connaître une transformation radicale en privilégiant le mouvement
rotatif au lieu du mouvement alternatif. A côté des machines, les
équipements, les produits et les services propres à lagriculture
sont présents à la foire. On peut parfois y voir quelques anciennes
machines, certaines provenant du musée de La Remise à Offaing,
celles du musée de la moisson de Rochehaut reviennent chaque année.
La place manquant déjà
vers 1960, les camions seront exclus. Ils
reviendront plus tard comme forestiers. Périodiquement, on y voit des
voitures. De plus en plus dengins de génie civil sy rassemblent.
Les arts ménagers sont maintenant regroupés dans la grande halle
construite en 1984. Dans
les années 1950, les premières tronçonneuses apparaissent
à la foire. Ces machines devaient révolutionner le travail en
forêt. Une dizaine dannées plus tard apparaît le
singe , un appareil qui grimpe tout seul aux résineux pour les
élaguer. En 1975, la foire devient également forestière.
Une année sur deux, une journée de démonstration se déroule
en forêt. Ces démonstrations vont être portées à
deux jours. Une section horticole vient de voir le jour. En
lan 2000, la foire agricole et forestière devient également
agroalimentaire, suite au succès du concours Coq de Cristal
qui débuta en 1995 et suite au large développement de la section
Ardenne Joyeuse . A la foire, le visiteur peut regarder, comparer,
mais aussi déguster. Il serait fastidieux de faire linventaire
complet des diverses animations et activités qui se rassemblent à
cette grandiose manifestation. Sintéressant
largement aux tracteurs, la foire va connaître de sérieuses menaces,
cest ce que nous verrons prochainement.
H. Gratia
La foire dans les années
90.
Ci-dessus, le concours de juments
poulinières à Libramont en 1928.
Ci-dessous, les membres du jury en 1934 (source Le Cheval Ardennais).
Documents
darchives.
Sources :
Musée
La Remise
à Offaing.
Le modèle Ardennais (1976)
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