11 juin 1999 - n°128

Paysage

Témoins d’un passé révolu pour les uns, symboles de la bataille pour la conservation de la nature pour les autres, les haies sont l’objet d’interminables débats quant à leur influence néfaste ou bénéfique. Tout à la fois abris, refuges et garde-manger pour une foule d’oiseaux, d’insectes et d’autres animaux, les haies participent à l’embellissement du paysage. Ensemble, jetons un regard sur le bocage ardennais.

Pour ou contre les haies ?

Pour y voir clair

La haie et La Vache ! ;-) Meeeuuh http://www.chez.com/lavache Il n’est pas inutile de rappeler les avantages et les inconvénients des haies. Il convient d’abord de citer avant tout leur action dans la diminution de la vitesse du vent et des turbulences. Ces brise-vent sont aussi à l’origine d’un microclimat caractérisé par l’abaissement de la température nocturne en climat humide et par la diminution de la température diurne en climat sec. Les haies contribuent également à réguler la circulation des eaux souterraines et à engraisser le sol grâce à l’apport en matière organique dû à la chute des feuilles. Enfin, elles protègent le bétail contre la pluie, le vent et le soleil.

En somme, les qualités ne manquent pas aux haies, malheureusement, les défauts non plus ! Pratiquement, tous les avantages énumérés ci-dessus peuvent être autant d’inconvénients. Les gelées printanières sont parfois favorisées par une stagnation accrue de l’air, l’accumulation de feuilles mortes peut gêner la pâture, les arbres sont également susceptibles d’entrer en compétition pour l’eau et les sels minéraux avec les végétaux cultivés, certains végétaux risquent de voir leur photosynthèse réduite par l’ombre portée de la haie. Enfin, la surface de terrain occupée n’est pas négligeable, les brise-vent sont accusés de constituer un frein à la mécanisation.

Les haies, lorsqu’elles sont mal entretenues, forment souvent des broussailles dont le rôle protecteur vis-à-vis des cultures est réduit à néant. Elles ne font alors qu’occuper une bande de terrain et n’ont d’utilité que pour les oiseaux et les petits mammifères qui peuvent s’y réfugier.

En ce qui concerne les céréales, on observe une forte diminution du rendement sur une zone qui part du pied du brise-vent et s’étend sur une largeur égale à deux fois la hauteur des arbres. Au-delà de cette limite, les rendements augmentent.

Mais la haie est très bénéfique pour le bétail. Elle le protège du vent et lui fournit l’ombre nécessaire pendant les journées fortement ensoleillées. Dans ces secteurs bocagers, la production laitière se révèle supérieure à celle que l’on peut enregistrer dans les zones dites "ouvertes".

Finalement, il semble bien que les brise-vent soient toujours utiles. Conserver ou, au contraire, supprimer une haie revient à choisir de privilégier l’un ou l’autre critère qui entre en jeu dans la prise de décision : nécessités écologiques, optimisation des rendements, bonnes conditions de travail de l’agriculteur ou conservation du paysage.

Qualité du cadre de vie

En réduisant les écarts du climat, les arbres, les haies et talus ou les zones boisées protègent l’habitat de l’homme contre les dégats des tempêtes ou simplement contre le froid ou la chaleur. Dans toutes les régions, les grands arbres isolés, proches des bâtiments, servent d’abri du soleil à l’homme, ses animaux et ses machines. Mais l’arbre inscrit aussi la maison dans son cadre, la met en valeur ou la rend plus discrète. Quelle que soit la saison, ils insèrent la maison dans le paysage, rompant leurs lignes trop rigides et valorisant leur architecture. Les lignes horizontales des grands bâtiments s’équilibrent par une flèche de grands arbres ou se rompt par la masse de gros chênes ou la pyramide de vieux châtaigniers.

Les arbres et les haies dessinent le paysage, modèlent le tracé des chemins, soulignent les berges des ruisseaux, égayent l’étendue des espaces cultivés et revêtent chaque mois des teintes différentes. Qui reste insensible à leur attrait ? L’habitude use peut-être l’enthousiasme mais non les sentiments. Si l’habitant vient à être privé de ce cadre de vie, c’est avec amertume qu’il le voit disparaître.

Un grouillement de vie

Tout au long de l’année, mais particulièrement au printemps, les haies attirent de nombreux oiseaux. En nous promenant le long de l’une d’elles, dans un chemin creux, nous provoquons plus d’une fois l’envol d’un oiseau. C’est peut-être un merle ou un rouge-queue... En hiver, ce sont les bandes de pinsons ou de moineaux qui prennent d’assaut les haies des campagnes.

Les mammifères sont plus discrets : l’hermine, le hérisson ou le mulot apprécient le refuge que leur offre la haie.

A mesure que le printemps avance, la haie va se peupler de multiples insectes et autres petits animaux. La haie est un écosystème.

Historiquement

Les haies et les talus ont été inventés pour répondre à des problèmes économiques et sociaux nouveaux liés à la privatisation des terres : délimitation de la propriété individuelle, protection contre la divagation des animaux domestiques, et production de bois de chauffage. Mais en même temps, ces formations végétales ont constitué des écosystèmes stables, adaptés aux exigences souvent contradictoires de l’exploitation agricole et de la conservation de la nature.

Encourager une attitude dynamique, mais prudente

C’est donc dans un esprit de mesure, de modération que doit se faire l’aménagement de l’espace rural. Ce paysage que des générations ont modelé, ne peut bien sûr rester figé. De tout temps il a évolué. Mais les moyens actuels peuvent le faire évoluer trop brutalement au rique de le défigurer et d’en rompre l’équilibre.

En matière d’arbres et de haies, cet aménagement comprendra deux étapes ; on néglige souvent la seconde.

D’abord choisir les arbres et les haies que l’on désire garder, et ceux que l’on peut envisager de supprimer sans inconvénients. Mais dans la mesure du possible, il faut prévoir l’aménagement en fonction des arbres et haies existants.

Puis replanter chaque fois qu’il a été nécessaire d’abattre pour assurer la relève des grands arbres qui, eux aussi, connaissent le vieillissement.

Ol. Weyrich

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