12 novembre 2002 - n°188 et 189


Un front méconnu : à lire

Un front méconnu“Comment ai-je pu survivre à ce massacre et conserver la raison ? Je ne le saurai jamais. Peut-être est-ce parce que, pratiquement tous, nous n’avions encore que dix-neuf ans et n’avons pas réellement compris ce que nous avions fait. J’avais une forte foi en Dieu et mes convictions catholiques m’aidèrent certainement, bien que beaucoup de choses que nous ayons faites aient été totalement étrangères à ses enseignements. Que l’on survive ou meure dans ces bois était plus une affaire de chance, peut-être aussi mon propre refus à céder. Quelques hommes sont partis en morceaux dans l’horreur la plus absolue. Le fait de devoir tuer était le pire. Pratiquement chaque jour, un ou plusieurs d’entre nous allaient trouver la mort et chaque jour, nous allions tuer des Allemands. Après un certain temps, nous en étions pratiquement paralysés. Si l’on y pensait sans cesse, on risquait de devenir fou.” C’était le samedi 6 janvier 1945, au matin, lors d’une nouvelle attaque américaine vers Pironpré et les Haies de Tillet. Réalisant que le deuxième bataillon ne disposait pas des forces suffisantes pour emporter seul le carrefour, l’état-major de la 87e a, durant la nuit, ramené le 1er bataillon, qui va effectuer une attaque latérale.

Initialement, Eric Urbain voulait, il y a cinq ans d’ici, consacrer quelques pages à des témoignages d’habitants de Bras et de Seviscourt, à l’occasion de ses temps libres pour “tenter de préserver ces petits morceaux d’histoire locale”. Mais au fil de ses recherches, il a noué des contacts et s’est plongé de plus en plus dans cette tranche “méconnue” de la Bataille des Ardennes, c’est-à-dire pour la zone de Libramont, Saint-Hubert et Sainte-Ode. Il en a écrit tout un livre, de trois cent quatre pages !

Eric Urbain est ingénieur en géologie et travaille à la Région wallonne au département des eaux souterraines. Est-ce son esprit scientifique et le souci de “creuser” strate par strate, jusqu’au but, qui l’ont conduit si loin dans ses investigations ?

Un front méconnuPage par page, jour après jour, il nous dévoile le compte-rendu de cette bataille, dans les communes citées plus haut et les environs. Il a voulu privilégier l’aspect humain et les temoignage de soldat ou civil qui ont vécu l’action en direct. “Ils étaient les seuls à être capables de livrer la réalité de ces moments.” Au niveau des documents, il ne s’est pas arrêté aux seuls “after action reports”, les résumés officiels établis après les combats par les différents états-majors, il a consulté les journaux d’unité. Dans ceux-ci étaient inscrits, à la minute et à chaque niveau d’état-major, les messages reçus et envoyés. Ceci “a permis de contourner cette transformation des faits et de les éclairer sous un jour nouveau.”

Ce livre, grand format, est richement illustré de photos, de reproductions de pages de journaux de l’époque, de cartes aériennes et certains lecteurs y retrouveront leur quartier en ville ou des lieux qu’ils connaissent en pleine campagne.

C’est sans conteste un document poignant !

L’ ouvrage est en vente chez l’auteur : Eric Urbain, 12 rue du Patronage à 6800 Bras-Bas à Libramont & 061 23 27 53

24e édition du Libramonissime

C’est par un vendredi venteux et pluvieux d’octobre qu’a eu lieu au Centre Culturel de Libramont la finale de la vingt-quatrième édition du Libramonissime. Cette année, elle a mis aux prises des équipes venues des villages de Freux, Remagne, Moircy et Saint-Pierre.

Le thème 2003 ? Les fêtes et festivités en tous genres. Au terme d’une épreuve davantage marquée du sceau de la convivialité que celui de la compétition à outrance, c’est l’équipe de Saint-Pierre qui a émergé, de justesse devant Moircy, Freux et Remagne.

Il y a fêtes et fête

Le thème de cette édition avait le mérite, mais aussi la difficulté, de ratisser très large. Par festivités, il fallait entendre " fête " dans son sens le plus large : familiales, patriotiques, culturelles, sportives, organisations d’associations de village, kermesses… " Combien de personnes ont participé au cochon à la broche à la kermesse de Wideumont-gare, une organisation du club " Elastique " de Laneuville ? "… Si dans le cochon tout est bon, pas facile d’avoir " tout bon " à un questionnaire truffé de ce genre de questions. Libramont-Europe, les kermesses des " p’tits villages ", les fêtes scolaires, les fêtes folkloriques, les réunions de familles, la fête des Celtes, l’élection de Miss Luxembourg, la commémoration du Circuit des Ardennes… A l’évidence, la matière en imposait par sa diversité et son originalité.

Fidélité et lassitude

Il n’est pas ici question de couples, mais force est de constater, comme l’explique Jean-Claude Rigaux, cheville ouvrière de l’organisation, qu’" il est plaisant de voir que l’équipe de Remagne voit les mêmes participants se réunir depuis 24 ans. Cette équipe des aînés est constituée par Fernand Hartman, Léopold Goffin et Roland Conrard. Dans les autres équipes, Moircy a toujours pu compter sur


Rémy Clément. Chaque fois que Moircy participait au " Libramonissime ", Rémy en était. Le public est composé lui aussi de fidèles. Nous tournons avec une moyenne 250 personnes. Mais pour l’année prochaine, nous envisageons de mettre sur pied une réunion pour discuter des épreuves, voir si nous pouvons apporter des améliorations à notre concours, éventuellement se renouveler. Il faut le reconnaître, il y a déjà eu plus de monde. Les équipes nous ont confié qu’elles avaient des idées pour faire venir des gens. En prenant leur avis, l’organisation s’ouvre aux équipes, ce qui est une bonne chose. Le " Libramonissime " est devenu à son tour une fête de famille. Au fil des ans, nous sommes tous devenus des amis avec des relations privilégiées. L’esprit de compétition est certes toujours présent mais plus autant qu’auparavant. C’est devenu davantage " bon enfant ". Nous constatons que les rouspétances sont moins nombreuses, les désaccords avec le jury de plus en plus rares… ".

Des fêtes aux bêtes

Le thème de l’édition suivante est dévoilé lors de chaque finale. Celui de 2003 reprend tout ce qui a trait à la vie animale, et pas seulement les chevaux, mais en excluant l’aspect "bovin", et en particulier ceux qui font de l’élevage leur profession. Il restera bien assez de questions à (se) poser sur nos gibiers, poissons, insectes… Comme le précise encore Jean-Claude Rigaux : " Nous avons prévu de nous rencontrer prochainement avec les équipes et le jury pour en décider. "

Autour de la bouteille de goutte !

Rappelons que le " Libramonissime " est né à la Maison des Jeunes. Serge Guiot qui l’a initié est maintenant parti au Canada depuis de nombreuses années, puis l’épreuve a surtout été tenue à bout de bras par l’abbé Mouzon originaire de Neuvillers. Il y a quelques années était organisé le " Sinbrissime " qui réunissait les villages de l’entité de Sibret mais cela fait désormais partie du passé. Le " Saint-Hubertissime " organisé par Jean-Louis Brocart et le club de basket local continue à bien fonctionner. Le but poursuivi est en ce cas culturel mais aussi financier. Tous deux se sont inspirés du " Libramonissime " dont on peut affirmer qu’il a eu deux petites épreuves sœurs. A Libramont, l’objectif reste culturel mais la place du " relationnel " est grandissante d’année en année. Les participants aspirent surtout à se retrouver. Les gens se voient pendant l’année sans avoir beaucoup de contacts. Pour le " Libramonissime ", ils organisent des réunions pour se préparer… parfois autour de la bouteille de goutte !

P.W.

Vendanges en Languedoc-Roussilon

Vendanges en Languedoc-RoussilonC’est presque devenu une tradition pour les élèves de la section hôtelière de l’ICA Libramont, chaque année, ils rejoignent une région viticole de France pour participer aux vendanges. Cette année, les professeurs ont choisi de faire halte en Languedoc-Roussillon.
Par la même occasion, les élèves ont fait la connaissance de Benoît Carlier, ancien élève de l’école, aujourd’hui restaurateur à Sainte-Colombe.

C’est en septembre dernier que les élèves de 5e et 6e technique de qualification inscrits à la section hôtellerie, à l’Institut Centre-Ardenne (I.C.A Communauté française) de Libramont, ont rejoint le Languedoc-Roussillon pour participer aux vendanges. Accueillis chez le viticulteur André Laugé à Aigne, commune de l’A.O.C. Minervois, les élèves vivront plusieurs jours au rythme de la cueillette du raisin. Une expérience particulièrement intéressante mais qui exige un effort soutenu. Toutefois, les récompenses ne manquent pas : soleil, visite des caves, dégustations... Autant de plaisir qui ont gratifier les heures de travail !

Les objectifs de ce séjour scolaire sont multiples. Vincent Pierrard, professeur à l’initiative de ce voyage, nous les détaille : "Dans le cadre de leur formation professionnelle, il nous semble important de multiplier les expériences comme celle-ci. Outre l’intérêt de faire travailler les élèves en équipe et de leur permettre de partager un moment sans doute unique dans leur vie d’étudiant, nous estimons qu’il est bon de les mettre en contact avec des activités qui ont une proximité avec leur futur métier. De plus, l’étude et la connaissance des vins est une science complexe. Participer aux vendanges peut leur permettre d’appréhender mieux ce vaste chapitre. C’est en quelque sorte un stage sur le terrain aux multiples ambitions."

Le vignoble du Languedoc-Roussillon se situe entre la bordure méridionale du Massif central et les régions orientales des Pyrénées. Cette région forme un grand cirque de collines en pentes parfois raides qui se succèdent jusqu’à la mer. On y dénombre quatre zones vinicoles successives : la région montagneuse, celle des garrigues, la plaine alluviale et enfin la zone littorale. Le climat méditerranéen qui assure l’unité du Languedoc-Roussillon, est fait de contraintes et de violence. C’est la région la plus chaude de France. Les pluies sont rares et irrégulières. Quarante pour cent des vins français sont produits dans cette région. Le Minervois est un terroir situé en pays cathare. Son sol est varié, composé de galets, schistes, granits et calcaires. Deux grands types de vins y sont produits : les vins vinifiés de manière traditionnelle, complets, de garde moyenne et les vins vinifiés en macération carbonique, à boire jeunes.

Vendanges en Languedoc-RoussilonAndré Laugé, le viticulteur qui a accueilli les jeunes Libramontois, a choisi la stratégie d’un rendement faible mais de qualité. Il vendange de deux manières. Le premier procédé est manuel. Ce sont les élèves belges qui ont récolté le raisin à un rythme de dix à quinze tonnes par jour. Les vendanges traditionnelles engendrent un coût nettement supérieur à la récolte mécanique, second procédé pratiqué par M. Laugé. Cette seconde récolte sera destinée aux coopératives qui commercialisent elles-mêmes le vin. La récolte manuelle offre l’avantage de pouvoir pratiquer un triage strict lors de la cueillette et de permettre la production de vins de grande qualité.

Lors de leur séjour, les élèves se sont essayés à quelques dégustations de monosépages pour apprendre à percevoir les différences organoleptiques. Ainsi ont-ils pu découvrir les principales caractéristiques des vins rouges : fruités aux notes de garrigue et de lavande, offrant un tanin doux et une belle rondeur en bouche. Les dégustations sont évidemment des moments privilégiés pour discuter avec le viticulteur de son travail, de ses produits et de la vie de la région.

Outre les échanges avec André Langé, les professeurs ont organisé aussi une rencontre avec Benoît Carlier, ancien élève de la section hôtelière de Libramont, bien connu dans notre région pour avoir créé le restaurant "Le péché mignon" à Bertrix. Aujourd’hui, installé à Ste-Colombe, il exploite une auberge dont la carte offre une large place aux produits du terroir. Canard confit, saumon fumé, œufs brouillés aux pieds-de-mouton et morilles... font la réputation de ce chef qui a fait ses premières armes en Ardenne belge.
Côté hébergement, les élèves de Libramont ont profité du confort d’un beau grand gîte. Un confort qui venait à point pour récupérer des journées laborieuses. Contraire-ment aux années précédentes, aucun élève n’a souffert de mal de dos, la hauteur des vignes offrant une position de travail très agréable.

O. Weyrich

Une découverte inattendue : celle d’un moulin à olives

Au terme de leur séjour, les élèves et leurs professeurs, Ch. Staquet, J. Lacour et V. Pierrard, ont visité un pressoir d’olives en activité. Dans le Minervois est cultivée une olive unique au monde et très appréciée par les connaisseurs : la Lucques, la Rolls des olives comme l’appellent certains. Elle se caractérise par sa forme de croissant de lune, sa chair fine et savoureuse.
Une nouvelle dégustation s’imposait, mais celle-là bien différente des vins... Tous ont découvert avec surprise une huile trouble, donc partiellement filtrée et dont les qualités gustatives sont supérieures à la moyenne. Cette huile particulière présente des goûts de fruits secs : noisette, amande ou des goûts herbacés : foin, artichaut et pomme.
Les futurs maîtres-coqs ont pu apprécier cette huile surprenante primée plusieurs fois au salon de l’agriculture à Paris.

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