27 novembre 2003 - n°228 - 229 - 230

Neufchâteau

Pierre Evrard, le vitolphile

Pierre Evrard, le vitolphileDes classeurs aux pages noires, des bagues de cigares aux nuances infinies soulignées d’or, marquées de visages, des dictionnaires et des livres d’histoire font partie de l’univers de Pierre Evrard. Dans ses « appartements », il classe, prend des notes, structure ses collections. Depuis l’âge de 57 ans, celui auquel il a pris sa retraite, il se plaît à fouiller à plein temps tout ce qu’il peut pour compléter ses informations et aussi afin de pouvoir les partager avec d’autres vitolphiles*.

Depuis sa plus tendre enfance, Pierre Evrard collectionne. Petit, il part d’instinct à la chasse aux images de chocolat Jacques, aux points Soubry ou aux cartes postales illustrées. Les jours de foire, le magasin de ses parents ne désemplit pas du matin au soir. Alors, le petit Pierre – que tout le monde appelle Pierrot – va faire un tour au marché aux bestiaux, non pas pour contempler les veaux et les génisses, mais pour ramasser les bagues de cigares !

Il sait que les marchands, ces hommes vêtus d’un sarrau, coiffés d’une casquette, munis d’une canne, fument tous le cigare. Il va aussi « naviguer » après le passage de la foule dans les cafés dont le sol est couvert de boue apportée par les chaussures de ce monde qui « fait des affaires » chez Simon, mange un sandwich chez Gérard ou va manger une omelette chez Habran.

Il suffit de se baisser pour ramasser les bagues de couleurs vives ou de regarder sur les tables. Là où il y a régulièrement plus de mille bêtes, place de la Foire, Pierrot ramasse. De retour à la maison, il monte à la salle de bains pour donner le bain à même l’évier aux bagues de cigares qui sont tombées indistinctement dans la boue ou la bouse. Il faut beaucoup rincer et déposer les bandelettes de papier sur le rebord de la baignoire afin qu’elles sèchent, les presser ensuite entre des feuilles… pour qu’elles soient bien plates. Parfois, sa maman monte et lance : «Mais quel bazar il m’a encore fait celui-là !».

Un peu plus grand, pour aider son papa, qui exerce le métier de boucher, il livre à l’occasion de la viande à domicile. Lorsqu’il remet le paquet contenant un rôti ou un jambon, la ménagère sait très bien qu’il est inutile de tendre une pièce. Seule une image de bateau ou un beau timbre fera plaisir à Pierrot.

Pierre Evrard, le vitolphileA la maison, il ne s’ennuie jamais. Il range, trie ses collections. Jusqu’au jour où il décide de ne s’intéresser qu’aux bagues de cigares. Après une série d’échanges, il a de quoi s’amuser ! Il franchit encore une étape en se consacrant aux portraits. Jeune homme, il va à Namur où un club de collectionneurs se réunit régulièrement. De plus en plus passionné, il cherche une méthode de classement… et invente le vitoltype.

En effet, il a remarqué que le classement par visages conduit à des impasses. On finit toujours par avoir des personnages inclassables, ces gens qui gravitent autour de la famille royale ou tel écrivain, physicien, homme politique qui ne peut se ranger ici ou là. Le problème devait se résoudre par un autre moyen, par exemple par les formes géométriques.

Pierre Evrard, que d’aucuns appellent encore Pierrot, va s’appliquer à ranger les bagues qui ont des ronds, des ovales, des bandelettes parallèles, des talons avec ou sans numéro, etc. Il se débrouille tellement bien qu’il devient mondialement connu auprès de tous les collectionneurs et qu’il écrit des bulletins pour signaler que « le portrait n°X sur la photocopie est un portrait noir et blanc, à bord doré, du même vitoltype que Haakon-Maud, mais ici le rouge est vif et les bords dorés sont rouges », bien sagement dans ses « appartements ».

B. Herry

* Collectionneurs de bagues de cigares.

Le Central doit-il disparaître ?

Décidément, on hésite longuement à Neufchâteau avant de prendre une décision. Dans son dernier bulletin, l’administration communale évoquait le dossier de la rénovation de l’ancien café “ Le Central ” acquis en décembre 2002. “ Le dossier avance ” pouvait-on lire. Mais depuis, on s’interroge. Des bruits de couloir évoquent un projet de démolition pour reconstruire du neuf ! Mais au fait, quand est-il vraiment de ce projet ?

Ce que les habitants de Neufchâ-teau appellent communément :

Le Central doit-il disparaître ?“Le Central” est le premier bâtiment voisin à la droite de l’actuel hôtel de ville. Cette maison a été construite en 1783 par François-Joseph Roland-Burton. Entre 1787 et 1792, la justice y louait deux chambres pour y tenir ses séances. Ce détail de l’histoire illustre l’âge de cet édifice qui serait l’un des plus anciens bâtiments de la ville encore debout.

Jusqu’à son acquisition par la commune, cette maison a toujours été un lieu de détente pour les Chestrolais : tantôt on y jouait au billard, tantôt on y lisait les livres et journaux de la “Société de lecture”, puis par la suite elle porta longtemps l’enseigne “café”.
Officiellement, le projet de l’administration est de rénover l’endroit. L’étude a été confiée aux architectes J. Kerger et D. Quoilin. Terminé, le bâtiment devrait compter cinq plateaux (sous-sol, rez-de-chaussée et trois étages).

Le projet de transformation est déjà bien avancé : plans et illustrations figurant l’aspect définitif du bâtiment ont déjà été réalisés.
Le coût des travaux est estimé à quelque 700000 euros, dont une partie peut être prise en charge par des subventions diverses. Reste à inscrire cette rénovation au calendrier. Avec l’aménagement de la grand-place, la réfection de ce bâtiment ferait peau neuve au centre qui en a besoin... espoir que nourrissent les commerçants avec une certaine impatience.

Mais voilà, un débat inattendu va sans doute reculer, une fois de plus, l’échéance. Certains élus s’interrogent sur la pertinence de rénover ou non. Ne serait-il pas plus intéressant d’abattre pour mieux reconstruire ? La question est posée par une partie de la majorité.

L’information est suffisamment importante pour la relayer ici puisque d’autres estiment qu’il faut préserver ce patrimoine. “Ce bâtiment, un des plus anciens de Neufchâteau, est signalé dans l’inventaire du Patrimoine monumental de la Belgique, il ne mérite pas de disparaître” écrit le cercle d’histoire Terre de Neufchâteau dans son bulletin n°1 de l’année 2000.

Certes, rénover pareil bâtiment n’est pas une opération facile, mais ne vaut-elle pas mieux que de construire un cube de béton dont les villes ont si souvent l’habitude ? Le coeur de la ville de Neufchâteau possède un patrimoine envié par d’autres, pourquoi diable envisager de le faire disparaître ?

Le débat est lancé, mais est-il utile ? Vous savez ce genre de débat pour faire quatre fois le tour de la question et qui conclut qu’il faut faire ce qui était décidé depuis le début... Ce genre de débat dont Neufchâ-teau n’a plus le moyen !

Olivier Weyrich

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