13 mars 2003 - n°197


Prendre son destin en mains !

Michèle Mons delle Roche-Mignon« Je suis Luxembourgeoise et fière de l’être ! ». Ainsi parle Michèle Mons delle Roche-Mignon, une des neuf fondatrices du groupe Méridienne qui ont mis en œuvre le premier forum féminin en province de Luxembourg. Durant plusieurs années, elle fut la seule femme à occuper le siège de procureur du Roi en Belgique. Cette battante n’a pas hésité à rejoindre Dominique Tilmans dans son initiative d’encourager les femmes à prendre leur destin en main. Ce forum marque un tournant dans l’évolution de la vie socioprofessionnelle des femmes. Michèle Mons delle Roche nous explique son point de vue sur une évolution pleine d’espoir.

Un peu plus de trois cents femmes venues de divers horizons se sont réunies ce samedi 8 mars, à Libramont au Centre culturel, pour y tenir leur premier forum féminin. L’objectif était de réfléchir à l’évolution de la place de la femme dans la société d’aujourd’hui. Neuf d’entre elles sont à l’origine de cette manifestation. Elles ont baptisé leur groupe Méridienne, un mot qui évoque la notion de lumière, de dynamisme et de rayonnement. Leur groupe est constitué de Luxembourgeoises dont la ferme volonté est de rassembler les femmes qui veulent réfléchir et agir sur le présent et l’avenir qui leur appartient.

L’info : - Michèle Mons delle Roche, vous donnez l’image d’une femme d’initiative, de conviction et d’action, en phase avec son époque, bref moderne. Est-ce parce que vous exercez un métier réservé généralement aux hommes que vous êtes devenue forte et énergique ou est-ce par conviction et tempérament ? Expliquez-nous !

Michèle Mons delle Roche : Jamais je ne me suis sentie diminuée parce que j’étais une femme ! ça ne m’a jamais freinée pour solliciter un poste professionnel, du moins je ne l’ai pas considéré comme un obstacle. Franchement, je ne me suis jamais battue contre les hommes, j’ai juste bagarré pour être la meilleure. C’est légitime ! Lorsque j’ai postulé le poste de procureur du Roi à Marche-en-Famenne, je ne me suis jamais interrogée pour savoir combien de femmes exerçaient ce métier. C’est après avoir été chargée de cette mission que j’ai découvert que j’étais la seule. Aujourd’hui, nous sommes deux.

Michèle Mons delle Roche-MignonJe ne veux pas batailler en tant que femme contre les hommes, je veux être reconnue pour ce que je suis, c’est tout ! Je n’ai jamais eu de complexes par rapport à l’homme. Ce n’est pas non plus un rival pour moi et je ne souhaite pas l’égalité entre l’homme et la femme. Ils sont si différents mais combien complémentaires ! Sans doute il m’est facile de dire ça parce que je suis en accord avec moi-même et les choix que j’ai faits, et que je le vis bien.

L’info : - Comment est né le groupe Méridienne ?

M. M. d. R. : - C’est parti de conversations à trois ou quatre durant lesquelles nous avons constaté que le nombre de femmes qui ont accédé à un poste de travail avait doublé en quarante ans. Beaucoup de femmes luxembourgeoises ont un diplôme, mais très peu ont une activité professionnelle. Nous nous sommes intérrogées et avons voulu questionner ces femmes. C’est en cherchant des réponses que nous avons imaginé ce premier forum.

L’info : - Pensez-vous que pareille journée aurait pu s’organiser il y a dix ans ?

M. M. d. R. : - C’est vrai que la société évolue très vite. Est-ce dans le bon sens ? Mais par rapport aux femmes, certainement. Je fais partie d’une génération de transition, la mutation commence avec la génération suivante. Un grand pas a sans doute été la mixité dans les écoles. Ce changement net aura été très bénéfique à tous, voire essentiel pour l’état d’esprit général.

L’info : - Quelles conclusions avez-vous tirées de cette journée ?

M. M. d. R. : - Nous n’avons pas encore de conclusions. Au terme de cette journée, nous avons demandé aux participants de remettre leur évaluation. Nous allons les examiner et sur cette base, nous éditerons un livre blanc que nous projetons de diffuser le plus largement possible. Malheureusement, nous n’avions pas une représentation exhaustive de la société et si l’on ambitionne de faire le point sur la situation des femmes luxembourgeoises, il faut donc les toucher plus largement. Ce livre, espérons-le, en sera peut-être le moyen.

L’info : - Durant cette journée, avez-vous senti de l’enthousiasme, et même une certaine émulation ?

M. M. d. R. : - Oui. Au départ, je craignais que les participantes soient passives et se contentent d’écouter, mais il n’en a rien été ! Dans les sept ateliers, toutes ont été très actives et ont voulu s’exprimer.

L’info : - Vous vivez et vous travaillez en province de Luxembourg. Vous sentez-vous une femme rurale ?

M. M. d. R. : - Je me sens rurale parce que je vis dans la ruralité. Je suis fière d’appartenir à ma province et d’exposer les problèmes que l’on y rencontre. C’est sûr, je me reconnais dans la ruralité !

L’info : - On dit toujours qu’ici on a dit ans de retard. C’est vrai aussi pour l’évolution de la condition de la femme rurale ?

M. M. d. R. : - Je pense qu’on récupère sérieusement ce retard. En vingt ans, on est passé de la femme au foyer à la femme ayant des responsabilités au foyer, au travail, qui peut avoir des loisirs... L’évolution est concrète. à de nombreux points de vue, sa condition a changé, que ce soit dans la vie familiale, socioculturelle, professionnelle...

Propos recueillis par
Ol.Weyrich

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