13 mars 2003 - n°197

Neufchâteau

Marc Etienne quitte les ondes

Marc Etienne quitte les ondesLe vrai métier de Marc Etienne était «entrepreneur de pompes funèbres». Pendant vingt-quatre ans, il l’a exercé dans la région. Pour contrebalancer cette activité qui n’était pas drôle tous les jours, il faisait de la musique : de l’orgue, du violon, de la batterie. Mais toutes les pompes ne sont pas funèbres ! Certaines offrent de la bière et c’est précisément autour d’un bon verre qu’il prenait en compagnie d’un ami, Jean Vanquin, que l’un d’eux lance : «Et si on faisait de la radio ?»

Cette phrase, due au hasard d’une conversation, va le mener dans la grande aventure de la FM amateur. «De la radio ? Pourquoi pas ! Et qu’est-ce qu’on va passer ?» Jean Vanquin aime l’accordéon… ce sera donc une émission de piano à bretelle ! à peine l’idée a-t-elle surgi que tout le monde s’affaire dans le bistrot pour lui trouver un nom. «à quelle heure passera-t-elle votre émission ? demande la tenancière du café. à midi, répondent les complices. Et vous donnerez quoi comme musique ? Yvette Horner, etc. Appelez-la «Midi musette» alors !»

Midi musette

Jean Vanquin, qui est électricien, prend le poste de technicien de régie, Marc Etienne, celui d’animateur. Ça se passe rue Lieutenant Lozet, le 26 avril 1982. Les premières notes d’accordéon quittent l’antenne et ce jour-là, des Chestrolais émus entendent une voix du quartier et de la musique qu’ils affectionnent. Les premières émissions n’allaient pas plus loin que la place Charles Bergh ! Dans sa petite cuisine, où trônent deux platines, un ampli, un émetteur et une table de mixage, le technicien met tout en œuvre pour améliorer la situation.

Des radios amateurs naissent partout, c’est à la mode à l’époque. Ça devient un véritable fouillis, les unes brouillent les autres. Le Ministère des Communications vient mettre de l’ordre dans la bataille des ondes en attribuant des fréquences. De nombreuses stations disparaissent comme elles sont venues, mais Radio Griffon, tel est son nom, tient le coup. Le dimanche matin, l’émission «Cousu main» prend place et la messe du dimanche est retransmise. «On a eu des moments extraordinaires, explique Marc Etienne, le micro était ouvert à tous ceux qui avaient quelque chose à communiquer, à partager. On donnait des nouvelles de la région, on réalisait des émissions en extérieur, dans des fêtes de villages. Tous ceux qui sont passés par Radio Griffon, et plus tard Nostalgie, ont toujours été bénévoles et nous avons tenu vingt et un ans !»

L’enthousiasme est là, mais l’argent manque pour tenir le coup. C’est un phénomène commun à toutes ces petites stations qui survivent. Trois grosses maisons se pointent à l’horizon : NRJ, Contact et Nostalgie. à Neufchâteau, c’est Nostalgie qui débarque en proposant d’apurer les paiements en souffrance : taxes, SABAM… «Midi musette» disparaît, mais Marc Etienne est toujours fidèle à sa table. Il présente «Douze-treize» et reçoit l’autorisation de placer deux disques d’accordéon pendant le dernier quart d’heure. Entretemps, la radio avait déménagé de la Maison Bourgeois pour s’installer à la salle l’Union. Une équipe de Nostalgie grimpe sur le toit de la salle et substitue sa propre antenne à celle de la radio locale. 105.2 devient la nouvelle fréquence. La portée passe à vingt-cinq kilomètres et des auditeurs chanceux arrivent à capter l’émission bien au-delà.

Amoureux de sa radio

«Douze-treize» s’étoffe avec le temps. Marc ajoute de la cuisine, l’agenda, le positionnement des radars routiers, etc. Il réalise des interviews de chanteurs : «Pierre Rapsat, qui est décédé dernièrement, je me suis entretenu avec lui, dit Marc ému. J’ai aussi rencontré Emile, le chanteur du groupe Gold et je suis même devenu le parrain de sa fille ! J’ai donné sans compter à la radio, mais elle m’a rendu de nombreux moments inoubliables que j’ai partagés avec de nombreux techniciens.»

Un jour de décembre dernier, Marc Etienne a nettoyé une dernière fois son corbillard, l’a photographié et l’a vendu. Il a décidé de tourner la page et de partir dans le Midi ouvrir un restaurant. Voici quinze jours, il a dû présenter ses adieux aux auditeurs et fermer une dernière fois la porte de verre du studio. Longtemps encore, les Chestrolais songeront à lui. Il faisait partie de toutes les familles possédant un récepteur. «Mon dernier regard, en quittant Neufchâteau, sera pour l’antenne, dit Marc.» Des employés de Nostalgie sont venus partager un repas avec notre animateur local… qui a subtilisé le micro en dernière minute. Farceur, va !

B.Herry

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