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19 juin 2003 - n°208 - 209 - 210 - 211
Week-end d’émotion à Straimont
Lorsqu’il prépare son appareil photo pour capter un éclair, un jour d’avant 1982, le curé du village, l’abbé Borcy, songe-t-il qu’un phénomène similaire va décider de l’histoire de l’édifice ? La foudre avait déjà frappé le bâtiment au début du XXe siècle. Il réussit à marquer la pellicule, et l’image vient jusqu’à nous. Signe du destin ou pas, le 7 août 1994, un orage d’une force rare empêche les villageois de dormir. Un éclair tombe au petit matin sur l’horloge du clocher, suit la câblerie électrique et provoque un incendie. “Les fenêtres étaient rougies par les flammes, sauf celle de la sacristie, explique Lydie Collin. On entendait des bruits d’éclatements. On était désorientés ! Tout a brûlé, les bancs, la chaire à prêcher d’une valeur inestimable, les bancs de communion en chêne, le chemin de croix. Il ne nous est resté que la statue de Notre-Dame, le nécessaire pour dire la messe, les deux ostensoirs, des reliques qui étaient dans la sacristie dont la porte est restée intacte.”
Six ou sept mois plus tard, le son de la grosse cloche commence à se transformer, “à partir”. Le conseil de fabrique redemande une expertise et là, il faut bien constater qu’elle ne pourra plus sonner à la volée. Seules les heures pourront encore être frappées. Ensuite, plus rien ne bouge. Lydie Collin, qui s’occupe des fleurs et de l’entretien de l’église, en parle à Ghislain Gascard après un enterrement, le 16 mai, l’an passé. C’est lui qui entreprend toutes les démarches auprès de la compagnie d’assurance qui finalement accepte le remplacement de la cloche. C’est tout naturellement que Lydie et Ghislain sont proposés comme marraine et parrain. Le dimanche 18 mai, sur le coup de 16 heures, la cérémonie de bénédiction s’ouvre. La cloche neuve a été suspendue à un palan que Ghislain Gascard a décoré avec art, dans l’église. L’émotion gagne l’assemblée, avec pour moment fort l’illustration du rôle de la cloche par Mgr Léonard : “Écoute, je me tiens à la porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui, je prendrai un repas avec lui et lui avec moi.” Cette phrase extraite du livre de l’Apocalypse capte l’attention des fidèles, dans un silence impressionnant.
A l’aide d’un petit marteau, la marraine frappe la cloche la première. Le parrain l’imite et Mgr Léonard, qui ne peut s’en empêcher, vient carrément actionner le battant. Après la communion, ce sont tous les fidèles qui viendront donner voix à Marie-André, la cloche de bronze. En faisant la file, les gens se souviennent : “L’ancienne cloche avait été démontée à la fin de la guerre, dit l’un. On l’a retrouvée de justesse sur le quai de la gare de Longlier. Quelqu’un a encore des photos, elle était sur un char tiré par des chevaux, avec des guirlandes autour. On avait même improvisé un cantique pour le retour de la cloche !” “Voyez-vous, la cloche a une couronne, dit un autre. C’est à cela que l’on peut dire que c’est une cloche de Tellin…” Le lundi matin, un petit groupe de personnes attend dans le porche de l’église. Il pleut à verse ! “à quelle heure arrive la grue ? à dix heures”, répond Ghislain Gascard. Tout le monde regarde sa montre. Aujourd’hui, les heures ne sonneront pas ; toute la machinerie est à l’arrêt. L’ancienne cloche est dépendue et posée tout en haut, sur le rebord de la fenêtre, dont les abat-voix ont été enlevés. La grue arrive et malgré le mauvais temps, tout le monde sort pour suivre les opérations. Le grutier place les stabilisateurs et la flèche s’étire vers le clocher. Un ouvrier accroche l’ancienne cloche qui descend doucement vers la remorque attelée à la camionnette de la société Campa de Tellin. “C’est tout ce qui restait de notre église, dit Lydie Collin. Elle a tant sonné pour accompagner nos défunts. La voilà qui part! Quelle émotion ! Heureusement, elle ne sera pas refondue. Elle va être conduite au musée de la cloche à Tellin.” Marie-André est suspendue au palan de la grue et s’envole. “Aïe, plus haut ! Attention, tu vas toucher la corniche”, disent tout bas des gens sous leur parapluie. Comme s’ils parlaient au grutier. Mais tout se passe bien. Le bâti est remonté dans le clocher, la cloche suspendue et la machinerie remise en place. L’horloge électrique est télépilotée depuis une horloge de référence située en Allemagne. à Straimont, les battements retentissent toujours à l’heure ! Même au changement d’horaire d’hiver ou d’été. Les 686 kilos de bronze basculent doucement. Les premiers essais commencent : “Sol, sol, sol…”, dit Marie-André. B. Herry
Gym à St-Médard C’est dans une salle rénovée que le club de gymnastique de St-Médard a présenté sa démonstration ce vendredi 30 mai. C’est l’occasion pour les nombreux parents et grands-parents présents d’apprécier les progrès réalisés par leurs enfants au cours de l’année écoulée. Après le petit mot de bienvenue de Christine Arnould, la première partie est consacrée aux exercices au sol. Si l’entracte permet aux participants de souffler quelque peu, c’est aussi le moment pour le public de se désaltérer. Ensuite, place à la partie plus spectaculaire. Les exercices aux engins permettent à chacun de démontrer son adresse et sa témérité. Créé en 1968 par l’abbé Antoine, le club Les bons copains compte actuellement une centaine d’affiliés issus des villages de St-Médard, Gribomont, Martilly et Orgeo. Ceux-ci se retrouvent tous les mercredis ou vendredis. Monique Body assure les cours pour les enfants, les jeunes filles et les hommes tandis que Christine Arnould s’occupe des dames. Tout se passe dans une ambiance sereine. Toutefois, cette année, les dirigeants du club ont dû faire face à un souci majeur. La salle qui accueille les gymnastes a été fermée pour cause de vétusté d’octobre à fin février. Pendant cette période, les cours se donnent à la salle Le Rivoli à Gribomont. Ne pouvant compter sur aucune aide financière extérieure, les dirigeants ont retroussé leurs manches pour effectuer les travaux de rénovation urgents. Motivation, dynamisme et bénévolat ont permis au club d’assumer pleinement son rôle social. Er. Meunier. Prochaine activité du club Les bons copains : souper barbecue le 13 juin. Renseignements et inscriptions : Christine Arnould 061 41 48 94
Une nouvelle roue au moulin
Voici un mois, le chêne qui a servi à fabriquer l’arbre et tous les arcs de la nouvelle roue du moulin de Gribomont poussait encore ! En effet, pour réaliser ce genre de travail, la diligence est de rigueur ; on doit travailler du chêne frais et humide. Encore le hasard !
Le bouton, qui est un cylindre d’acier sur lequel on a soudé quatre plats, est légèrement voilé ! Il refuse de se loger dans l’encoche prévue. Cette pièce de quatre-vingts kilos doit être décoincée, extraite. Stéphane recommence l’opération avec le second bouton (il en faut un à chaque extrémité de l’arbre). Cette fois, cela marche, grâce aux coups, à de l’huile vidée sur la pièce et à l’acharnement ! On va pouvoir ferrer. Avec de grandes pinces, le premier cerclage de fer est glissé autour de l’arbre. Il ne faut pas se tromper ! Il y en a trois de diamètres différents. À chaque fois, ils sont un centimètre et demi plus petits que le diamètre de l’arbre de façon à pincer le bois à l’extrême une fois refroidis. Le bout de l’arbre est légèrement conique. Il faut aller très vite pour positionner le cerclage, parce que le fer chauffé à blanc met facilement le feu au bois, malgré son taux d’humidité élevé. Des flammèches s’échappent déjà. Il faut vider de l’eau. À plusieurs reprises, des seaux sont déversés. De la vapeur s’élève. Le spectacle est passionnant. Marc Marchal, s’il le pouvait, ne ferait que des roues ! “Là, au-moins, dit-il, on travaille le bois, c’est spécial. Ça change des fenêtres et des portes classiques.” Cette roue est une copie fidèle de celle qui tournait auparavant au moulin de Gribomont. Le Patrimoine impose une reconstitution à l’identique. Elle est totalement en chêne. Lorsque les Waeytens ont décidé de la refaire, il ne subsistait que l’arbre. C’est sur base d’une ancienne photo que les menuisiers ont dessiné celle-ci. Tracas de dernière minute !
Le bonheur gagne la famille qui songe déjà à remplacer la seconde roue, mais ce sera pour l’année prochaine. Peut-être même qu’un jour il sera possible de produire de l’électricité. Mais en attendant on prépare la fête qui aura lieu le samedi 14 juin. Ah oui, il faudra encore trouver un prénom à la roue ! B. H.. Depuis une semaine, les automobilistes ralentissent quand ils approchent du second pont, en venant de Nevraumont, pour admirer la nouvelle roue du moulin de Gribomont. Grâce à un détournement canalisé d’une portion de la Vierre, l’eau tombe dans les godets de chêne de ce bel ouvrage de menuiserie. C’est un peu de patrimoine qui revient ainsi au pays grâce aux Waeytens, les propriétaires actuels du bâtiment. Mais outre l’aspect esthétique, ce sont aussi les souvenirs qui resurgissent. Ce samedi 14 juin, la veille de la fête au village, les habitants sont rassemblés pour découvrir en toute simplicité, autour d’un petit verre, la roue neuve du moulin. Ici, on parle technique, du soin à apporter pour la garder en bon état, là des démarches qu’il est possible d’effectuer auprès du Petit Patrimoine wallon et plus loin, on est plutôt nostalgique. Les anciens se souviennent que jadis le meunier repeignait sa maison afin qu’elle soit belle pour la fête : Tous les ans, il appuyait ses échelles contre le mur, et c’était parti ! explique un homme. Il mettait la façade en blanc et les tours de fenêtres en rouge. Exactement comme c’est aujourd’hui. D’ailleurs, tout le monde l’imitait dans le village, renchérit un autre. Toutes les maisons qui étaient recouvertes de crépi étaient blanchies. C’était comme ça ici… avant. Ah, on ne vivait pas comme maintenant ! Les yeux brillent un peu, d’émotion. Les gens se taisent et regardent la roue tourner. On s’amusait de si peu ! C’est vrai que la vie n’était pas pareille, dit M. Arnould, un ancien. Je l’ai bien connu l’ancien meunier Maury. En fait, il était meunier et menuisier. Les deux roues qui étaient devant le bâtiment actionnaient des meules de pierre, mais sur le côté, il y a avait aussi une roue pour scier du bois avec un haut-fer. On venait ici afin de faire moudre de l’avoine et de l’orge pour les cochons. C’était une mouture grossière. Pour le pain, on moulait fin de l’épeautre. Enfin, parfois l’épeautre était aussi donné aux bêtes. Quand quelqu’un avait un arbre à débiter, il venait ici. Il n’y avait que ça dans le temps. Mais on venait aussi pour parler ; on discutait avec le meunier qui, à l’occasion, nous offrait une petite goutte ! On s’amusait bien ! Parce qu’à l’époque, tout le monde faisait des blagues dans le village. À la nuit tombée, on prenait la brouette de l’un et on allait la porter chez un autre… ou on la pendait dans un arbre ! Des hommes se mettent à rire et ajoutent : Et les tas de bois ? Oui, continue M. Arnould, la nuit… on défaisait les tas de bois et on les refaisait devant l’entrée des gens. Le matin quand ils voulaient sortir, ils se retrouvaient le nez devant des cordes ! Ah, on riait bien. Avec la même blague, on riait beaucoup de fois. D’abord, on mijotait le tour qu’on allait jouer, alors tout le monde riait ! Après, c’était amusant de faire la blague. Et puis, on surveillait les gens… on se cachait. Il ne fallait pas rater le moment où ils seraient embarrassés. Et quand on racontait l’aventure, on riait encore ! Je venais souvent ici, c’était un lieu de rendez-vous pour les hommes. Il m’arrivait aussi d’aller à la pêche avec Jean, le fils. Si vous saviez les heures passées au bord de l’eau à pêcher la truite ou le brochet ! Et nous, les femmes, explique Madeleine Englebert, on venait tailler une petite bavette avec la maman ! Madeleine est arrivée en 1949, au moment de son mariage avec Paul Englebert, boucher au village. Il habitait la maison de ses parents. Le matin, dit-elle, on n’avait pas besoin de réveil ! Elle montre sa maison de l’autre côté de la rue. Vous voyez, nous dormions où il y a la seconde fenêtre, à l’étage. Quand le meunier levait les vannes pour amener l’eau aux roues, on l’entendait et on savait que c’était l’heure de se lever. La vie était rythmée par l’activité des habitants. Elle était tout autre, cette vie. Il y avait quatre épiceries, un cordonnier, le boulanger, etc. Et puis, on se rendait service l’un l’autre, explique un monsieur appuyé sur le guidon de son vélo. Quand il fallait entretenir les canaux du moulin, les hommes venaient tous ensemble afin de travailler… pour rien ! Et le meunier ne devait rien demander, c’était normal ! Et le lavoir ! Un jour, je cherchais une pierre pour faire un travail, explique Emmanuel Waeytens, et j’en avais vu une là, dit-il en montrant l’endroit. Alors, j’ai commencé à la dégager. Mais elle était plus longue que je ne le pensais. J’avançais, j’avançais… la pierre n’en finissait pas. En réalité, j’étais occupé à découvrir l’ancien lavoir. Madeleine explique qu’on y venait pour rincer le linge, avec sa brouette et ses paniers. On se parlait beaucoup plus avant. Ça nous manque, nous qui étions habitués à cette vie de village. Autour de la roue de chêne neuve, les uns parlent encore de technique et du savoir-faire qui a failli être perdu si certains n’avaient eu l’idée de remettre des roues “comme dans le temps”, d’autres évoquent les tas de planches sciées qui étaient mises à sécher, des wagonnets qui servaient au transport du bois… et des enfants qui s’amusaient à les subtiliser pour s’offrir un petit tour sur les rails. Cette vie ancienne ne reviendra plus, les activités des gens ont changé. Mais en remettant une roue au moulin, les Waeytens ont fait bien plus qu’un simple acte de conservation du patrimoine. Ils ont fait resurgir au sein du village ce besoin d’appartenir à une communauté, qu’on soit originaire d’ici ou d’ailleurs, qu’importe. Un ancien de Gribomont l’exprime en deux mots en s’adressant aux propriétaires : On est du coin où l’on fait quelque chose. B.H. La roue du moulin ne sera vraiment belle qu’après avoir passé un hiver. Elle va se patiner et des mousses vont s’installer sur le bois qui foncera. Pour l’instant, l’arbre est clair, les godets un rien brunis et les extrémités de l’arbre noircies par le placement des cerclages de fer. Ceux-ci ont été mis alors qu’ils avaient été chauffés à blanc. Malgré l’arrosage, le chêne a changé de couleur, mais c’est normal ! Cela a même la propriété de le durcir. Un joint a été placé entre le fer des boutons et la masse de l’arbre, pour éviter les infiltrations d’eau en attendant que le bois soit gonflé d’humidité. “ Il faut penser à tout, explique Marc Marchal, le menuisier, même à l’ancrage du bloc de béton. La roue pèse deux tonnes et demie, elle doit vivre cinquante ans et résister aux inondations, aux conditions climatiques. Surtout, elle doit toujours être humide. Il n’y a rien de plus mauvais que l’alternance d’humidité et d’arrêts au soleil. Elle doit tourner sans cesse. ” |
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