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19 juin 2003 - n°208 - 209 - 210 - 211
L’histoire de nos loups La publication d’un livre de Marie-Hélène Delguste-van der Kaa, aux éditions Histoire Collective, intitulé Histoire des loups dans les deux Luxembourg, nous donne l’occasion de nous intéresser à ce grand prédateur qui fit tourner les rotatives de nombreuses fois par le passé. Aujourd’hui, il anime en plus les caméras ! Voici quelques années, le loup est revenu au-devant de l’actualité lors de sa réhabilitation en Italie et en France, avec des images télévisées d’éleveurs de moutons, furieux de perdre des bêtes. Débats, documentaires, manifestations se sont mêlés sur les écrans avec des arguments pour ou contre ! Dans notre région, il y a bien des rumeurs qui parlent d’une réintroduction de l’espèce. Est-elle prise au sérieux ? L’Ardenne n’est pas le Mercantour ! Actuellement, le loup est présent en Europe orientale, en Scandinavie et dans les massifs montagneux d’Europe du Sud. Sans être réintroduit, il peut revenir spontanément dans une région, comme dans les Alpes du Sud ; il venait de l’Italie toute proche. Si nous devions le croiser au coin d’un bois, nous verrions qu’il ressemble à un chien berger allemand, mais en plus gros. Le mâle peut peser jusqu’à 80 kilos et la femelle jusqu’à 50. La longueur, de la tête à la queue, varie de 90 à 150 cm… mais il n’est pas sûr que le promeneur prenne le temps de le peser et de le mesurer ! Surtout que c’est un animal qui vit en meute. Ce qui est certain, c’est que les discussions reprendraient entre les chasseurs (qui trouveraient sa présence bénéfique puisqu’il mange des bêtes affaiblies, malades, ou concurrentielle parce qu’il consomme du gibier), les agriculteurs qui en ont assez de voir leurs parcelles retournées par des sangliers, les naturalistes, etc. Bref, ça nous emballerait les rotatives et ce serait l’occasion de ressortir toutes les vieilles histoires ! Le loup est sacré, animal fascinant. La peur du loup s'enracine au plus profond des moments noirs du Moyen Âge, époque de toutes les angoisses. Les maladies, les guerres et les famines déciment les populations. Les victimes se comptent par milliers. Le clergé manipulateur maintient les esprits dans l'ignorance. Quelques malheureuses agressions par des bêtes
affamées et malades ont suffi à cristalliser sur le loup la peur
de l'homme. Cet animal est au coeur des fantasmes. La tradition populaire le met en scène plus d'une fois dans la peau de “l'ogre dévoreur”, avide de chair humaine. Le Petit Chaperon Rouge (la version de Perrault se termine par la mort du Chaperon et par la victoire du méchant loup. Des versions plus édulcorées, adaptées aux oreilles des enfants, ont fait tuer le loup par un chasseur courageux), les légendes du loup-garou, le Loup et les Sept Chevreaux, les Trois Petits Cochons... Si ces oeuvres présentent le loup comme féroce, elles le qualifient également de stupide : Ysengrin dans le Roman de Renart, dans certaines fables de La Fontaine, par exemple. Ce sont toutefois ces chefs-d'oeuvre qui ont permis à la peur du loup de traverser les âges. Or, le loup ne s'attaque pratiquement pas à l'homme. N'oublions pas que, bien avant le Moyen Âge, Romulus, fondateur de la très grande Rome, et son frère Rémus furent élevés par une louve salvatrice. Plus près de chez nous, ce sont les loups de Smuid qui ont participé à l'élimination de la Sorcière Marie de Gobaye. Bref, ce fantasme, qui a traversé les âges sans jamais calmer les esprits, a mis le loup en prison. Aujourd'hui, cet animal, à qui l'on a prêté faussement mauvaise réputation, a perdu sa liberté et son habitat naturel... C. Lahaye et B. Herry
Marché de poneys, d’ânes… Celui qui veut vider son grenier à la mi-juin peut déjà réserver une place à la brocante de Behême ! Comme l’an passé, artisans et brocanteurs sont invités à ce rendez-vous où aura lieu aussi un marché d’ânes. Depuis quatre ans, l’asbl du village, qui comprend une petite centaine d’âmes, organise des activités, de mars à fin septembre. Cela va du souper choucroute à la sortie VTT, de la marche nocturne à la fête de la bière Poiluchette, en passant par un marché artisanal et une brocante. C’est précisément peu de temps avant la dernière brocante que François Barchon, que nous avions rencontré à propos de ses mules ardennaises, avait suggéré de faire un marché d’ânes. Appel fut donc lancé aux éleveurs de la région. Tous ceux qui avaient reçu une invitation ne sont pas venus et ceux qui n’en avaient pas eu étaient là ! Les habitants de Behême et les visiteurs n’en furent pas perturbés pour autant. Cette année encore, des promenades en calèche tirée par des chevaux de trait, seront organisées. Mais cette fois, deux paires de chevaux se relaieront pour leur éviter de souffrir de la chaleur. En effet, l’un d’eux avait eu une insolation. Parmi les divers stands et animations, il y aura des produits tels que du miel, des fromages de chèvre, mais aussi un château gonflable et un concours. En 2002, il fallait estimer le poids d’une mule qui venait de naître. Le dimance15 juin, ce sera autre chose. Avec à la clé un week-end en demi-pension dans la Loire pour deux personnes. S’agira-t-il d’un animal ou d’un jambon ? Ni le président, Didier Evrard, ni le trésorier, Raphaël Lejeune, ne veulent en souffler mot ! Mais il faut dire que nous sommes à l’école, qui sert de local de réunion depuis que les jeunes âmes fréquentent celle de Louftémont, et qu’à l’école on ne souffle pas, au risque de se retrouver au coin… avec un bonnet ! Si la météo est de la partie, cela promet d’être une belle journée. Les personnes qui souhaitent s’inscrire ou se renseigner auprès de l’asbl peuvent appeler au 063 42 35 04 chez Mme Lecomte-Mairesse, après 20 h 30.
Orgeo : un marché différent !
La particularité des marchands, c’est qu’ils sont tous des producteurs à petite échelle et qu’ils sont du terroir. Initialement, en 1993, ils tenaient marché au Lac à Neufchâteau. En 1994, ils sont allés sur la place de Bertrix, pour revenir à Neufchâteau l’année suivante, mais sur la grand-place. C’était le marché du Panier du pays, avec en activité connexe le système de commande et de distribution à domicile. Le jour où le Panier du pays a cessé d’exister, des producteurs ont souhaité poursuivre ; ils avaient leur clientèle fidèle et, surtout, ils voulaient continuer à vivre de leur activité. Christine allait donner un lieu d’accueil, à sa ferme d’Orgeo, qui est conduite en bio. Durant la belle saison, les gens ont pu venir chercher des légumes, du fromage et autres denrées. Lorsque la froidure a pointé le bout du nez, l’équipe a décidé d’arrêter jusqu’au printemps. Mais les clients ne l’entendaient pas de cette oreille ! A l’école du goût
Finalement, c’est bien que nous soyons ici, dans une ferme. C’est concret pour le consommateur. Bientôt, nous pourrons organiser des visites de la laiterie, aller voir les vaches… et notre souhait, c’est de “faire tache d’huile”, que d’autres petits marchés naissent dans la région.” Depuis deux ou trois ans, le dernier samedi du mois a un thème, dans le but de mettre à l’honneur un fruit, un légume qui a tendance à disparaître ou a marquer le changement de saison. Tous dans le même panier
On aime le client qui revient ! En réalité, chaque marchand vient avec des produits et une idée à défendre. Jean-Luc est là avec de la bière et les explications d’une tradition artisanale, Roland avec des légumes et dans un coin de sa tête le projet de reprendre une ferme bio dans la région. Anne, qui venait une fois par mois, est là dorénavant chaque samedi. “Depuis deux ans, je viens régulièrement pour le plaisir ! J’ai toujours des quiches et des préparations à base de tomates, parce que je sais que les gens aiment ça. Mais pour le reste, je travaille surtout en fonction de mon inspiration, des fruits et légumes de saison. Je prépare des huiles aromatisées avec des herbes que je cultive moi-même. Je cherche des associations de goûts, d’odeurs. Les échanges qu’on a avec les clients sont très enrichissants. Cette année, j’ai décidé de produire mon propre cidre et je pense utiliser les fruits de l’aubépine. Je n’ai encore rien essayé avec des roses… mais cela ne saurait tarder ! J’ai des roses anciennes dans mon jardin et je suis tentée de les utiliser pour de la liqueur.” La plupart des clients sont des habitués, qui prennent le temps. Parfois, de nouveaux visages apparaissent et, à la grande joie de l’équipe, la courbe de vente est en croissance ! Le prochain rendez-vous, c’est déjà ce samedi, avec de la rhubarbe. Le pétiole de cette plante sera présenté en tartes, en vin… à tous les goûts ! Le marché a lieu chaque samedi de 16 à 19 heures à la Ferme du Bijou d’Orgeo. B. H. Dès le prochain marché, Ana reviendra avec des produits roumains. Elle propose régulièrement des pâtisseries, des gâteaux ou des mets salés comme des feuilles de chou lacto-fermentées contenant du riz et de la viande hachée, des poivrons farcis. Sur sa table, on trouve aussi de la pâte à tartiner à base de poivrons et de tomates. Le marché d’Orgeo est un projet de commercialisation en circuit court, né de la rencontre et de la collaboration de producteurs et de consommateurs de notre région Centre Ardenne. Aujourd’hui, ceux-ci souhaitent poursuivre ensemble ce projet commun dans un esprit de solidarité, de construction collective et de partenariat. (Extrait de la charte)
Le père Shanti raconte (I) Tous les six ou sept ans, le père Shanti Daas revient en Ardenne, sa région natale. Le 31 mai, il était de passage chez nous et nous avons saisi l’occasion pour le rencontrer, afin de l’interroger à propos de ses quarante ans de vie en Inde. Avec un esprit synthétique, cet homme d’une grande simplicité nous a conté son aventure dans le Tamil Nadu.
Effectivement, c’est long ; en 1964, ils partent pour le Sri Lanka. Shanti va y vivre pendant quatre ans et exercer le métier de cordonnier sur le bazar de la ville de Jaffna. Là, il apprend le tamoul, qui est aussi la langue parlée dans le Tamil Nadu. “ On cherchait une occasion d’aller vivre en Inde, explique le père Shanti, mais c’était à peu près impossible d’avoir un permis de résidence. Il nous fallait une raison sociale. Venez travailler avec nous ! Un heureux concours de circonstances va pourtant
les servir. Le père René, qui est à la tête de l’organisation
religieuse, effectue un voyage en Inde au cours duquel il rencontre, par hasard,
un gars, comme il dit, qui travaille avec Gandhi. C’est un ancien professeur
d’université qui enseignait la littérature anglaise. Cet
homme, issu d’une famille de niveau élevé, a quitté
son poste après avoir contracté la lèpre et a, sur les
conseils de Gandhi, créé un centre pour soigner cette maladie.
Le père René explique que le seul but de Shanti et de ses deux
compagnons est de s’insérer dans une communauté indienne
et de vivre avec les gens, de travailler avec eux, sans aucun but de prosélytisme.
“ Venez travailler avec nous ! ”, dit l’homme, qui s’arrange
pour faciliter l’octroi des visas. “ Après notre training de six mois,
nous sommes allés chez le gars, dit le père Shanti. Il a pris
une carte et il nous a dit, en indiquant le sud de l’Inde, que le nord
du Tamil Nadu n’était pas couvert. Lui, il contrôlait environ
350 villages. Nous sommes donc partis nous installer là où il
fallait contrôler une soixantaine de villages. Nous sommes arrivés
dans un village où nous avons loué une maison, pour huit roupies
! Nous avions une carte et nous n’avions plus qu’à nous débrouiller
! Sur les 60 000 habitants de la zone, il y avait environ 2 000 lépreux.
C’était énorme ! Il n’y avait pas d’hôpital.
Nous avions pour responsabilité le contrôle de la maladie. ”
(Suite dans notre prochain numéro) Propos recueillis par Béatrice Herry |
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