14 avril 2000 - n°141

Région

Pâques dans les années ‘50

La récolte des oeufs de Pâques vers 1930 (Photo Ed. Dauchot).Dans le dernier numéro de la revue du "Musée en Piconrue" qui paraît chaque trimestre, Daniel Trinteler évoque la semaine sainte dans le temps de Pâques, dans les années ‘50. Il remémore les tournées des enfants de choeur qui faisaient le tour de la paroisse pour récolter leur récompense pour les services rendus chaque dimanche. Les images viennent colorer les souvenirs de quelques petits villages de notre terroir : Assenois, Bernimont, Habaru... Entendez-vous les crécelles ?

Aux enfants qu’étonne le silence des cloches de l’église les derniers jours de la semaine sainte, les parents expliquent qu’elles sont parties à Rome. Dès lors, le jour de Pâques, jour d’allégresse, jour de fête, les cloches rentrent dans leur clocher et sonnent à toute volée pour exprimer la joie du retour, la joie de Pâques.

Mais ces cloches sont remplies d’œufs cuits dur colorés et d’œufs en chocolat qu’elles doivent distribuer aux enfants de leurs paroisses.

Alors, elles se secouent doucement et les œufs multicolores, comme une giboulée d’avril, tombent par-ci par-là, dans les champs et les courtils. Là, les enfants joyeux ont creusé, avec soin et conviction, des nids-de-poules au fond desquels ils ont placé de la blonde paille ou une épaisse couche de papier qui épouse bien la forme du creux.

Mais les adultes, les parents, savent bien que si les cloches se taisent, c’est par tristesse, car c’est pour chacun le rappel du sacrifice et de la mort du Christ.

Ainsi, ces jours de deuil religieux, pour appeler les paroissiens aux offices, les enfants de chœur font résonner leurs crécelles, passant par petits groupes dans les rues du village, criant plus que chantant, mais répétant sans cesse: Au premier coup, préparez-vous! Arrivés au terme du trajet qui leur est désigné, ils font demi-tour et reprennent le chemin de l’église en répétant: Au dernier coup, sortez d’chez vous!

Et lorsque les enfants de chœur arrivent à la sacristie, l’office peut commencer, les paroissiens sont à leur place.

Le samedi saint, toute la journée, les enfants de chœur font le tour de la paroisse, passant de maison en maison, pour récolter des œufs, des bonbons, des sous… Ainsi se font-ils "payer" les services du chœur rendus à la communauté paroissiale pour les offices de chaque dimanche, de chaque jour de la semaine, sans oublier les enterrements, les mariages, les baptêmes, les processions et les trois derniers jours de la semaine sainte.

La tournée commence le matin par Assenois et Bernimont. A chaque maison, le groupe des enfants chante sans bien comprendre le sens des mots: Carême est mort, Dieu le confort, Dieu le bénit, charme la vie, des œufs pour Pâques, Alléluia… Et ainsi, la porte s’ouvre, et une main, qui se veut généreuse, dépose quelques menus dons dans le grand panier en osier que portent deux enfants. Puis le groupe s’éloigne en lançant un grand "merci". Mais gare à la maison qui reste close! Les enfants de chœur se transforment en petits diables pour jouer un vilain tour aux paroissiens "oublieux"! Vers midi, la caravane bien sympathique arrive sur le chemin Habaru. Là, en bordure du talus, le feu est allumé et les enfants cassent la croûte. Mais un feu d’herbe n’est jamais qu’un feu de paille et j’ai oublié si les œufs frais, déposés sur la braise, étaient cuits dur ou baveux! Ce n’était sans doute pas fameux!

L’après-midi commence par Habaru. Le village de Habaru n’était pas renommé pour les bonnes récoltes d’œufs de Pâques. Après le porte-à-porte, sortant du village, sur le haut de la côte qui domine les maisons serrées autour de la fontaine, les collecteurs déposent leur butin sur le bord de la route caillouteuse. Ils insultent alors copieusement les habitants du bourg en criant: Haboru, les gros culs! Haboru, les gr…! Les enfants de Habaru prennent, bien entendu, la défense de leur village outragé. Et la collecte se poursuit en dispute, et parfois quelques coups sont échangés. Puis, sans vainqueurs ni vaincus, le groupe poursuit sa route.

Chevaudos prend peu de temps. Ce qui n’empêche pas l’un ou l’autre de crier: T’chfaudos, les gros dos! T’chfaudos, les t’chfaux d’bos! Notre groupe continue en direction d’Assenois, longe le château, et s’arrête à l’école des filles. Là, sœurs Alexia et Léona distribuent religieusement à chacun, et en y accordant une grande importance, une image de la Sainte Famille entourée d’un liseré d’or: Vous la mettrez dans votre Hosanna ou dans votre missel!

La journée s’achève par le partage équitable du "butin" sur le seuil du presbytère, sous l’œil attentif et sévère de mademoiselle Jeanne, la gouvernante de l’abbé François.

Enfin, fourbus mais satisfaits et heureux, les enfants de chœur retournent chez eux, les poches pleines de bonbons, de caramels mélangés à des pièces de monnaie trouées; dans les mains, quelques œufs multicolores.

Daniel Trinteler

Extrait de la revue du "Musée en Piconrue" de Bastogne, n°57, 1re trim. 2000.
Abonnement à la revue : 500 F à verser au compte 068-2007373-82.
Info : (061)21 56 14

Lu wallon a Môssu

Le 25 mars dernier, à la salle des Sorbiers à Massul, les amateurs de wallon se sont retrouvés une nouvelle fois à l’occasion du 19e concours de récitations.

Une bonne soixantaine d’enfants étaient venus de toute la province avec leurs instituteurs ou leurs parents pour faire résonner les accents de leur terroir respectif.

Cette année, c’est Emile Guiot, instituteur à la retraite, qui présidait le jury. Dans son mot d’accueil, il salua la mémoire de trois anciens membres du jury, ardents défenseurs de la langue régionale : Jean Morand, Charles Bentz et José Gilson. Il rappela que ce trio chaque fois présent ne s’employait pas à juger les candidats, mais à les encourager.

Ce qu’allait s’employer à faire le jury de cette année, composé de Richard Lambert de Florenville, de l’abbé Raymond Mouzon, président de la Commission provinciale du "Wallon et Gaumais à l’Ecole", de Louis Borcy de Longlier, de Joseph Docquier de Bovigny, de Roger Renquin de Petit-Thier et de Guy Pierrard de Neufchâteau.

Avant de procéder à l’audition des candidats, l’abbé Mouzon prit la parole quelques minutes au sujet de Massul... Il rappela que trois personnalités du monde dialectal avaient une attache avec ce petit village coincé entre deux autoroutes.

L’abbé Mouzon évoqua d’abord l’abbé Léon Hector qui fut curé de Massul pendant plus de quarante ans. Premier historien de la région de Neufchâteau et du Ban de Chevigny, "c’était aussi un fin connaisseur de notre dialecte, rappelle l’abbé, n’a-t-il pas couronné chacun de ses ouvrages historiques par un chapitre de toponymie".

L’abbé Mouzon rappela qu’Albin Dasnoy, douanier à la retraite vécut une partie de sa jeunesse à Molinfaing. "Il n’a écrit que quelques textes. Il semble qu’il ne croyait pas assez à son étoile dialectale. Il est heureux qu’un récitant nous fasse entendre aujourd’hui une fable d’Albin Dasnoy : La cornâye êt lu r’nôd".

Enfin, l’abbé Mouson remémora le travail réalisé par Jean-Baptiste Dasnoy, qui publia en 1856 un dictionnaire wallon-français. "Oui, un dictionnaire, s’exclame l’abbé, mais dans le but avoué d’apprendre aux petits Ardennais de son époque à parler un français plus correct. Qu’importe ! Ce faisant, il a sauvé trois mille mots du wallon de Massul. Le plus extraordinaire... Dans un congrés de philologie qui s’est tenu à Barcelone en Espagne, il y a peu de temps, un professeur de l’Université de Liège, a évoqué le dictionnaire de notre Dasnoy !"

Enfin, pour terminer, l’abbé Mouzon souhaita que ce tournoi du 25 mars 2000 soit un hommage à ces trois personnages "mô sukès".

RÉSULTATS DU CONCOURS

(relevé des participants locaux)

Mention Excellent

Ecole com. de Bras, élèves de 5e et 6e prim.
Amandine Lambert de l’école de Neuvillers
Marie-Alicia Lambert de l’école de Neuvillers
Florine Louis de l’école de Neuvillers
Mathieu Mouzon de l’école de Neuvillers
Vanessa Robert de l’école de Neuvillers
Remy Schingtienne de l’école de Neuvillers
Delphine Toussaint de Neuvillers

Mention Très Bien

Hélène Bozet de l’école com. de Flohimont
Laura Bozet de l’école com. de Flohimont
Pauline Henin de l’école com. de Flohimont
Anaïs Leyder de Flohimont
Guillaume Leyder de Flohimont
Mary Nique de l’école com. de Flohimont
Anne Pierlot de l’école com. de Flohimont
Florian Raimond de l’école de Flohimont
Julie Stoz de l’école com. de Flohimont

Prix du groupe le plus original à :

l’école communale de Bras

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