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14 décembre 2001 - n°171
L'histoire de Pierre, le petit porcher Nous sommes en 1634. Notre pays est sous la domination des Espagnols. Philippe IV, roi d'Espagne, est prince des Pays-Bas depuis 1621. Notre région et plus particulièrement les habitants des campagnes ont déjà beaucoup souffert du passage ou de la présence des troupes étrangères, espagnoles, françaises ou hollandaises, qui se disputent la possession des Pays-Bas. Réquisitions, vols, pillages, incendies sont l'uvre des soldats qui vivent sur le compte des habitants. La vie est dure pour ceux-ci et chaque membre de la famille a son rôle à jouer pour simplement survivre.
Tout à coup, un bruit venant du chemin les
immobilise. Des chevaux tirant une voiture arrivent sur le chemin de Nevraumont.
Tandis que son frère reprend la partie de chasse, Pierre se précipite
vers la route. Et quand les voyageurs passent, il est là, au pied des
arbres, les saluant de la main et leur adressant son plus beau sourire. Comment ont-ils communiqué ? Car ils sont
Espagnols. Par gestes ? Par quelques mots patiemment répétés
? Toujours est-il que Pierre tombe sous le charme de la dame : le visage de
celle-ci est si souriant, ses gestes si calmes, sa voix si douce. Il veut bien
partir mais il doit demander l'autorisation de sa mère. Et la calèche, pendant ce temps, roule vers l'Espagne Ayant rejoint leur propriété, les nobles espagnols adoptent l'enfant, lui assurent une bonne éducation et en font, à l'âge adulte, l'intendant de leur domaine. A la mort de ses parents adoptifs, il est seul héritier. Pierre ne se marie pas. A cause de ses origines, peut-être n'est-il pas bien accepté dans le milieu de la noblesse ? Ou alors, a-t-il gardé l'esprit de liberté et d'indépendance qui était celui du petit porcher de Petitvoir ? Toujours est-il qu'il meurt sans héritier et que l'Etat espagnol devient tout naturellement l'unique propriétaire de sa fortune. Voilà l'histoire du petit Pierre, porcher de Petitvoir, telle que nous l'ont contée M. et Mme Albert Louis, originaire de Grandvoir. Et celle-ci a même ajouté qu'à la fin du siècle dernier, à Grandvoir on racontait que lorsqu'une mère, un peu énervée, répondait à son fils : " Tu m'ennuies ; va au diable " celui-ci répliquait " Comme le gamin de Petitvoir ? ". Mais voilà que les fantômes espagnols
reprennent vie peu après 1945. Un habitant de Petitvoir et un parent
de Cousteumont, ayant eu vent d'une copie d'un certain testament, ameutent quelques
lointains cousins. On se lance dans des recherches généalogiques
à Arlon, à Namur, et on remonte effectivement jusqu'à un
Pierre Arnould de Petitvoir. Celui-ci avait un frère célibataire
et une sur décédée sans enfant. La filière
est rétablie mais pour bénéficier d'un héritage,
il faut encore pouvoir prouver l'existence de celui-ci. Et
cela, c'est une autre paire de manches car il est nécessaire maintenant
de poursuivre les recherches en Espagne, ce qui va demander de l'argent. on
pourrait bien sûr constituer une cagnotte. Oui, mais d'abord, on se pose
des questions. Combien cela va-t-il coûter ? Et si l'héritage n'existait
pas ? et si on en retrouve la trace, que nous restera-t-il quant l'Etat espagnol,
sans parler des notaires, se sera copieusement servi ? Devant tant d'incertitudes,
le mirage, peu à peu, s'estompe et l'idée de se voir un jour propriétaire
d'un château en Espagne s'envole avec la fumée de la dernière
cigarette de la soirée. Pourtant, à cette époque, les premières
recherches ont duré une dizaine d'années après la guerre
40-45, des bruits couraient dans le village. Un tel était devenu propriétaire
de plusieurs rues dans une grande ville d'Espagne. Un autre avait été
vu sur le quai de Libramont avec deux grosses valises : il rapportait l'héritage
espagnol. Rien de tout cela n'est vrai. Extrait du bulletin du Cercle " Terre de Neufchâteau ", année 1999, n°2. |
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