14 décembre 2001 - n°171

Reportage

La litanie des préparatifs...

Noël a le pouvoir de rassembler les familles, dans la joie, autour d'une bonne table, malgré le rythme de notre vie… accéléré sans cesse. Les heures passées au bureau ne le sont plus au fourneau ou chez une voisine pour façonner un chignon. Qu'importe, un coup de fil chez le traiteur, vingt minutes chez la coiffeuse. Le tour est joué. Pour la messe de minuit… là, pas de service rapide !

Ils mijotent et gratinent pour vous...

La FrégateVous préférez un filet de biche sauce aux airelles ou plutôt sauce aux pleurotes ? Avec des pommes duchesse ? Comme entrée… un saumon Belle vue ? Pas de problème ! La Frégate est professionnelle en la matière. Vous choisissez, ils préparent en cuisine… Oui, pour vous c'est simple comme bonjour. Pour eux, c'est une sacrée paire de manches. Ce qui arrive en toute simplicité sur votre table a nécessité des semaines de préparation… sur papier pour la planification des repas et pour passer les commandes. Neuf entrées différentes, cinq potages, quatre plats de fruits de mer, trois plats de poissons et onze plats de gibier… ça donne 2.520 combinaisons possibles de menus. Quand les patrons, Linda et Joël Martin, passent commande au mois de novembre, ils se changent en mathématiciens et essaient d'estimer au plus juste ce qui sera nécessaire le 24 décembre ou le 31. Mais pas question de se retrouver avec trois douzaines de homards inutiles en janvier ou pire avec deux kilos de marcassin trop peu aux réveillons ! Quand les commandes des clients sont rassemblées aux dates limites, ils doivent compter tout ce qui doit être préparé et ça prend toute une journée. Sans oublier que les prix varient entre l'estimation et l'achat réel des denrées. Ils en mangeraient leur crayon à la fin… mais c'est leur métier et ils l'adorent !

Le jour J… les patrons et les cuistots sont sur le pont pour que tout soit prêt… La journée commence à sept heures du matin. L'équipe turbinera non stop jusqu'à sept heures du soir. Les premiers plats prêts, Joël Martin commencera les livraisons. Attention… interdit d'oublier un gratin dauphinois ou de déposer du gibier là où on attend un plat de poissons ! Certaines personnes viennent chercher elles-mêmes les préparations au restaurant. Côté nouveautés, de nouveaux plats bien sûr, mais aussi une sensibilisation… aux déchets. Linda et Joël Martin ont remarqué qu'au rythme de cinq plats par personne en moyenne, la quantité de matériel acheté uniquement pour le transport était énorme et en plus… tout file à la poubelle. Pour pallier ce problème, ils proposent aux clients d'apporter leur grande casserole pour la soupe et leurs assiettes à garnir.

Le repas de Noël se termine par la traditionnnelle bûche… . Au départ, la bûche n'avait rien de comestible puisqu'il s'agissait d'un morceau de bois. La tradition remonte avant l'ère chrétienne… et tout se passait dans l'âtre d'une cheminée. On choisissait une belle bûche qui devait durer toute la fête et ne pas brûler jusqu'au bout ! On conservait le morceau subsistant pour allumer la bûche de l'année suivante, dans un esprit de continuité du temps et une symbolique de perpétuation de la lumière. Le bois de cœur s'est transformé en gâteau Savoie, l'aubier en croûte dorée et l'écorce en crème au beurre… qui s'en plaindrait ?
Les années précédentes, les patrons commandaient les bûches chez un pâtissier, mais cette année ils vont essayer de préparer les gâteaux eux-mêmes, pour que tout soit fait maison.

Manger est un plaisir, mais cuisiner aussi. Là où Linda et Joël sont les plus heureux, c'est quand ils servent à domicile des personnes âgées seules, en phase difficile. Offrir un repas dans lequel ils ont mis tout leur cœur à quelqu'un qui n'a plus que cette joie… les comble.

Cette année, le père Noël sera bleu !

L'une après l'autre, les boules et les guirlandes sortent des cartons. Les petits personnages de la crèche aussi… Six boules rouges, six boules jaunes, cinq vertes parce que la sixième est cassée. Un petit père Noël rouge. Oh la la… mais ce n'est plus à la mode tout ça !

Les sapins ne sont pas des mannequins, pas encore de défilé pour indiquer les tendances… dans le monde de la haute parure. Mais quand même des vitrines pour savoir comment les habiller cet hiver. Il sera léger avec des boules argentées, des anges en fil aux ailes de nacre, des rubans transparents, d'aériennes plumes blanches et un soupçon de neige. Il sera fort avec une cascade de grosses boules bleu roi, une dizaine de têtes de pères Noël, des guirlandes en perles, des pendeloques argentées et de nombreuses lanternes. Il portera des nœuds ou alors… il sera "nature " avec des fruits, des bonshommes en paille, des branches de feuillus portant des baies entrelacées dans sa ramure et un hibou qui, mine de rien, vous regarde.

La flèche ou l'étoile au sommet s'efface pour laisser place au nœud fourni constitué de deux sortes de rubans avec en son centre un bouquet de fleurs en organdi aux pétales liserés d'argent ou d'or. Sur un air de liberté… les rubans se multiplient et s'échappent pour descendre et s'enrouler sous les branches basses.
Aujourd'hui, le sapin s'habille élégamment et doit donner une impression d'unité. " Ce n'est plus comme avant, explique-t-on au magasin Thiry-Leyder, on ne met plus toutes sortes de couleurs différentes. On choisit une ou deux couleurs assorties au sapin, on joue sur les variations, mais il y a une impression d'ensemble. Cette année, la tendance est au doré et au bleu, mais plus le bleu vif d'il y a un an ou deux. L'argenté revient beaucoup aussi. "

Thiry-LeyderEn haut de l'escalier en douce moquette verte, dans les deux pièces nouvellement aménagées pour l'occasion… un air de paradis ! Sur un parquet de bois clair, de splendides sapins. Contre les murs en papier chiffonné… si ! De petits meubles et des étagères aux trésors avec des personnages de crèche mexicains… ou aux allures de touaregs semblant sortir du désert. L'art de la table est décliné au centre… mais pourquoi cette idée de présenter un marché de Noël à l'étage ? " Les autres années, on poussait les présentoirs et on installait tout en bas, mais… on était coincé. Alors, on a créé un marché de Noël à l'étage dans deux pièces qui servaient de réserve. Cela plaît aux gens, Noël est une fête importante et il y en a qui font des folies ! Certains dépensent quatre, cinq mille francs pour décorer leur sapin, parfois plus." C'est vrai qu'on en perdrait la tête… parce qu'en plus de présenter des articles, ils sont parvenus à offrir un univers. Des pétales de fleurs séchés parfument l'espace, une musique délicate vous prend par la main et on n'a qu'une envie, c'est de reproduire cette atmosphère chez soi. Tiens, et le personnage en bleu là… c'est un père Noël ? " Oui, c'est un père Noël, dit Madame Thiry, avant il était toujours représenté en rouge… mais maintenant, il peut être bleu " Les anciens n'ont plus qu'à retourner dans les cartons en espérant… que le rouge reviendra un jour à la mode !

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