15 mars 2002 - n°175


Cercle horticole de NeufchâteauCe printemps, c’est presque certain, les amateurs du cercle horticole de Neufchâteau essaieront de semer de la tétragone, de la ficoïde glaciale ou ils planteront des topinambours… A moins qu’ils ne commandent des graines de chénopode Bon Henri ou de panais ! En compagnie de Denise Neyts, ils ont sorti des légumes des oubliettes pendant toute une soirée. Autant dire que tout le monde avait faim en quittant le Moulin Klepper, au terme de la conférence du jeudi 28 février.

Denise Neyts adore les légumes curieux, méconnus, oubliés… bref, les légumes bizarres. Elle aime creuser la terre pour mettre à jour des racines et fouiller les catalogues de grainetiers afin de dénicher une quatre mille cinq cent cinquante-deuxième variété de plantes. Présidente du cercle horticole de Habay-la-Neuve, conférencière, elle a mis tout son cœur dans les légumes. Depuis six ans, elle suit aussi assidûment les réunions " jardinage " et " consommateurs " de la Fraternité ouvrière à Mouscron. Grâce à une série de belles diapositives, elle a promené les spectateurs dans son potager.

Pourquoi a-t-on abandonné de nombreuses variétés ? Quand on voit le peu de choix qu’il y a dans une grande surface par rapport à tout ce que l’on trouvait dans un catalogue du début du siècle passé… on se pose la question. Les uns sont difficiles à éplucher, les autres se conservent mal… Quand on a un peu de temps et un potager, on ne regarde pas à ces détails… on part à l’aventure. On essaie, on goûte… on rate parfois un semis, mais tant pis, et on étonne ses invités.

Côté racines…

cercle horticole de NeufchâteauIls sont souvent synonymes de disette, de guerre… mais n’est-ce pas une preuve de leur grande capacité nutritionnelle ? Sous terre se cachent : Le navet jaune boule d’or, juteux… qui se mange cru ou cuit. Il se cultive comme les autres navets. Il redoute la chaleur, les terres légères et la sécheresse. Notre sol ardennais frais et humide lui convient donc très bien. On mange même ses feuilles en potage ! C’est dire qu’il est économique. Il se conserve bien l’hiver. Le radis noir ou radis d’hiver qui est bourré de vitamine C, se mange cru coupé en fines lamelles. Il est beaucoup plus productif que le radis d’été et se conserve bien. D’après Denise Neyts, on peut le laisser macérer dans du sucre candi pendant plusieurs jours pour en produire un sirop efficace contre les rhumes et les bronchites.
Le topinambour, frère du tournesol, est un tubercule aux nombreuses vertus. Il se conserve en terre –inutile de le rentrer comme les pommes de terre- et est délicieux après une bonne gelée. C’est une plante vivace qui vit de peu et qui produit de magnifiques fleurs les belles années. Ses branches sont bonnes en fourrage pour les animaux. On en récolte de deux cents à trois cents kilos l’are…
sans rien faire ! Il se mange cru ou cuit. Seule ombre au tableau… c’est le légume préféré des campagnols.

Le panais, sorte de grosse carotte blanche qui parfume très bien les pot-au-feu , est très nutritif, résiste au froid et peut passer l’hiver au jardin. Il est un rien capricieux pour lever comme tous les ombellifères et sa graine a un pouvoir de germination court. Son goût est à mi-chemin entre la carotte et le scorsonère.

Côté feuilles…

cercle horticole de NeufchâteauIl suffit de se baisser pour récolter : L’arroche, ou Belle-Dame, qui appartient à la même famille que l’épinard et se mange comme lui. Blondes, rouges ou vertes, les arroches ont l’avantage de se récolter aussi l’été. La bourrache a de jolies fleurs bleues ou blanches qui décorent les salades. Les feuilles s’utilisent dans les potages ou les omelettes. Le chénopode Bon Henri est une plante vivace de culture très facile qui fut délaissée pour l’épinard. Denise Neyts explique qu’il contient moins d’acide oxalique que l’épinard et qu’il est meilleur pour la santé !

Le plantain corne de cerf se récolte toute l’année pour confectionner des salades… et plus les feuilles grandissent, plus elles sont sucrées. Une belle variété à servir accompagnée de lardons. La Claytone de Cuba, de la même famille que les pourpiers, résiste bien l’hiver et ne disparaît qu’aux fortes gelées, pour réapparaître dès le printemps. Tout se mange, les feuilles et les fleurs. C’est une plante qui produit de la verdure fraîche rapidement après l’hiver. La tétragone, ou épinard de Nouvelle Zélande, n’est pas du tout un épinard ! Elle se mange de la même manière et le remplace avantageusement l’été. C’est une plante exigeante en chaleur. La ficoïde glaciale est une plante aux petites bulles saillantes et transparentes qui donnent un aspect couvert de rosée ou givré. Elle décore les rocailles… et se mange ! La roquette, une plante de la famille des choux, a une saveur piquante. La plante jeune est plus douce.

Côté fruits…

Denise Neyts… C’est à y perdre la tête. Rien qu’en courges et potirons, il y a des milliers de variétés. Les courges sont jaunes, rayées, rondes ou allongées. Certaines sont sucrées, d’autres contiennent une chair qui se sépare en filaments qui donnent un aspect de spaghetti. Le pâtisson a un goût de cœur d’artichaut et le potimarron une saveur de châtaigne. Leurs fleurs se mangent farcies ou en beignets. Les fèves des marais, légumes fruits de la familles des haricots, sont remplies de protéines et leur culture enrichit le sol. Le long de leurs racines on remarque des nodosités. Celles-ci contiennent des bactéries qui ont la propriété de fixer l’azote de l’air et donc d’être un système d’engrais tout à fait naturel.

Denise Neyts nous a livré de nombreux secrets… mais elle en connaît sûrement d’autres.

Cultiver des légumes est très agréable. Se passionner pour des légumes anciens c’est encore mieux parce qu’en plus, à force de courir les bourses aux semences, les marchés, à poser des questions à tous vents à des conférences… on récolte des amis.

La prochaine réunion du cercle horticole de Neufchâteau aura lieu le jeudi 28 mars à 20h00 au Moulin Klepper.

B.H.

Des bovins au naturel...

Depuis quelques années, de petits troupeaux arpentent certaines réserves naturelles, domaniales ou privées. A Straimont, sur le site de Basse-Wanchies on rencontre depuis trois ans un groupe de vaches des Highlands. A l’automne dernier, une petite troupe de poneys arpentait la réserve de Juseret en attendant que quelques vaches Galloway ne prennent - dans un futur proche - la relève. Du bétail dans certaines réserves naturelles ? Oui, car pratiquer le pâturage extensif est une façon écologique et économique de maintenir ouvertes de grandes étendues d’espaces naturels.

Louis-Marie Delescaille, biologiste attaché au Centre de Recherche de la Nature, des Forêts et du Bois de Gembloux, effectue des recherches sur la gestion des milieux semi-naturels. Rencontre…

L’Info : Depuis 1999, quelques vaches des Highlands pâturent dans la réserve domaniale de Basse-Wanchies à Straimont. Peut-on déjà tirer un bilan de l’efficacité du pâturage ?

Réserves naturellesLe premier bilan que l’on peut tirer de cette expérience est positif mais il est trop tôt pour en évaluer toutes les retombées. Il va de soi que dans les réserves naturelles, la gestion a pour premier objectif de conserver des milieux et des espèces caractéristiques généralement rares et menacées, qu’il s’agisse de plantes, d’insectes ou d’oiseaux. Classiquement, on a utilisé des techniques de gestion mécaniques pour restaurer les zones marécageuses : on a coupé les arbustes et fauché la végétation puis exporté la litière ou le foin. Ces opérations sont difficilement mécanisables dans les zones humides abandonnées de longue date et sont coûteuses à mettre en œuvre et à pérenniser sur de grandes surfaces. Il s’agit en outre d’opérations qui n’apportent pas un complément de diversité biologique et qui restent malgré tout fort artificielles.

L’Info : Quelle est la philosophie développée dans la gestion par pâturage ?

Réserves naturellesEn fait il s’agit de permettre aux grands herbivores - dans le cas de Straimont , des bovins - de restaurer et d’entretenir le milieu en intervenant le moins possible. Grâce à leur grande rusticité, ils consomment une nourriture peu nutritive, pénètrent dans les massifs d’arbustes où ils consomment le feuillage et les écorces, surtout en hiver. Ils contribuent ainsi à maintenir le paysage plus ou moins ouvert. Comme ils sont utilisés à très faible charge - généralement moins d’un animal pour 2 ha -, le pâturage est très extensif. On observe donc un tapis végétal constitué de zones rases, éventuellement surpâturées et de zones peu parcourues, avec de nombreux refus, contrairement à ce qu’on observe dans une pâture classique où toute la végétation est consommée. Dans ces refus, les plantes ont la possibilité de fleurir et de produire des graines, ce qui est important pour les insectes butineurs. Ils servent également de refuge à la faune du sol : chenilles, araignées, oiseaux nicheurs, etc... Dans les zones rases par contre, on trouve des espèces de petite taille qui ne peuvent survivre dans la végétation haute et dense. Par ailleurs, les plantes sont confrontées aux herbivores depuis des millions d’années et ont acquis des mécanismes de défense qui leurs permettent de supporter les prélèvements au moins occasionnels ou d’échapper à la dent du bétail. Ce n’est pas un hasard si de nombreuses plantes des herbages naturels ont des épines ou produisent des substances qui les rendent impropres à la consommation !

Réserves naturellesUn autre avantage du pâturage est la présence de déjections produites par les animaux. Celles-ci sont le siège d’une intense activité biologique et sont colonisées par une foule d’organismes (vers, insectes, champignons, etc.) qui participent à leur recyclage, pour autant qu’on n’utilise pas de traitements antiparasitaires toxiques. Ces traitements sont généralement inutiles lorsque les animaux sont en bonne santé. La faune coprophage (ndlr : qui se nourrit de déjections) est elle-même exploitée par les oiseaux insectivores (bergeronnettes, étourneaux, pies-grièches) et les chauves-souris, entre autres. Le recyclage rapide des déjections enrichit le sol et contribue au maintien de sa fertilité.

Le pâturage n’est évidemment pas la technique miracle et, dans certains cas, une gestion plus ciblée sera nécessaire pour conserver des espèces particulièrement fragiles. Il existe aussi des terrains trop humides où les animaux ne pourraient s’aventurer sans risquer de s’enliser.

L’Info : Y a-t-il différents types de pâturage ?

On peut pratiquer le pâturage de diverses manières : de façon permanente ou temporaire. Dans le premier cas, les animaux restent en permanence dans le site. Ce système nécessite de grandes surfaces, la possibilité pour les animaux de trouver leur nourriture en toute saison, la présence d’abris naturels contre le soleil, le vent, la pluie, la neige, les insectes. Ce système est difficile à mettre en œuvre dans les sites ardennais généralement détrempés pendant l’hiver et rarement de taille suffisante.
Le pâturage temporaire ou saisonnier se pratique à l’image de ce que font les agriculteurs. Les animaux sont amenés dans la parcelle à une période déterminée de l’année et y séjournent quelques semaines ou quelques mois. Les dates d’arrivée peuvent varier en fonction d’impératifs biologiques. On peut par exemple attendre la fin de la période de reproduction des oiseaux pour éviter une éventuelle destruction des nichées ou attendre que les plantes sensibles aient terminé leur cycle de reproduction.
On peut également faire varier la fréquence du pâturage. En règle générale, les animaux reviennent chaque année dans la même parcelle mais il peut s’avérer nécessaire de laisser un temps plus long entre deux passages. Ainsi, à Basse-Wanchies, il y aura deux enclos pâturés alternativement de manière à ce que chacun ne soit pâturé qu’un an sur deux. Actuellement, un seul enclos a été pâturé sur ce site en 1999 et 2001.

L’Info : Pourquoi avoir choisi des vaches des Highlands ?

Le choix s’est porté sur ce bovin parce que nous avons eu l’opportunité d’acquérir un petit troupeau d’un éleveur qui arrêtait son exploitation en 1999. La vache des Highlands est fréquemment utilisée pour l’entretien de milieux difficiles car elle se montre rustique vis-à-vis du climat, de l’humidité et de la faible valeur nutritive des herbages (ndlr : cette rusticité est aussi reconnue chez le bovin Galloway et plusieurs réserves naturelles domaniales ou appartenant aux RNOB sont gérées avec cette race). En dépit de son aspect sauvage, la vache des Highlands est un animal placide qui se laisse manipuler sans difficultés pour autant bien sûr qu’il soit habitué à l’homme. Il faut évidemment prendre des précautions à cause de ses longues cornes.

Propos recueillis par
Thierry Gridlet

La vache des Highlands

Malgré son allure rustique mi-nounours, mi-viking, la vache des Highlands s’accommode remarquablement à la présence et à l’autorité de l’homme. Néanmoins, ses origines sauvages encore proches l’incitent rapidement à un comportement plus farouche lorsque les contacts avec les hommes s’espacent. Cette vache est une des dernières races bovines rustiques subsistant en Europe. Elle trouve ses origines dans les hauts plateaux du nord de l’Ecosse : les Highlands. Pluie, neige et vents n’impressionnent donc pas ces animaux bien emmitouflés. Les veaux, de poids raisonnable à la naissance, viennent au monde facilement et sans aide vétérinaire. La mère et le petit adoptent d’ailleurs un comportement proche de celui des animaux sauvages (la vache met bas à l’écart du troupeau et dissimule son veau dans la végétation).

...dans des réserves naturelles !

Et la gestion des réserves naturelles RNOB ? Du côté francophone, "Réserves Naturelles RNOB" protège actuellement près de 3000 hectares de sites naturels de haute valeur biologique. Environ 10% de cette surface sont actuellement gérés par pâturage extensif, principalement en Haute Ardenne et en Fagne-Famenne.

Le cheptel actuel se compose de :
Vaches Galloway : 32
Poneys Fjord : 2
Moutons Mergelland : +/- 25 femelles et 3 mâles
Moutons Soay : 6 femelles et
4 mâles
Chèvres : 3
Mouton Entre Sambre et Meuse : 1

L’Info : Eric Leprince (permanent des Réserves Naturelles RNOB) : dans vos réserves, des Galloway plutôt que des vaches des Highlands. Pourquoi ?

Réserves Naturelles RNOB n’a jamais acheté de vaches des Highlands. Cela pour plusieurs raisons. Tout d’abord, à l’époque des premiers achats en 1996, les vaches Galloway étaient plus faciles à trouver car le nombre d’éleveurs de cette race était plus important. Ensuite, parce que nous avions des contacts avec les Hollandais et les néerlando-phones qui utilisaient déjà des Galloway pour la gestion de leurs réserves. Ils ont donc naturellement servi de référence lors du choix de la race. En plus, la vache Galloway est une race sans cornes; nous pensions à cette époque que cela lui donnait un avantage significatif au point de vue de la sécurité vis-à-vis des personnes qui seraient chargées de leur manutention et du public susceptible de parcourir les réserves pâturées par ces animaux. Enfin, le choix de la race Galloway étant fait, nous préférions pour des raisons pratiques évidentes, monter et gérer un seul troupeau.

L’Info : Il n’y aura donc pas de vaches des Highlands dans les réserves naturelles RNOB ?

Réserves naturellesSi, car actuellement notre association envisage la possibilité de développer un troupeau de vaches des Highlands en parallèle avec celui de Galloway. De nombreuses raisons nous poussent à aller dans cette voie : en effet, les vaches des Highlands ont un aspect sympathique fort apprécié du public. De même, la présence de cornes sur ces animaux serait plutôt un avantage pour la manutention de ceux-ci. Ensuite, il est maintenant bien établi que le comportement des animaux à l’égard de ceux qui les " manipulent " ou du public qui pourrait être à leur contact dépend de la façon dont ils ont été élevés. Ainsi, une Galloway peut se révéler tout aussi dangereuse qu’une vache des Highlands. Cette dernière aurait même tendance à avoir un comportement naturellement plus " paisible " que la Galloway. Autre avantage : la vache des Highlands est un peu plus légère que la Galloway, ce qui lui donnerait un petit avantage pour la gestion des terrains très humides. De même, ses cornes lui servent - durant la période hivernale - à écorcer les ligneux pour ensuite manger l’écorce ainsi arrachée. Cette technique lui donne une avance certaine sur la Galloway pour la limitation des ligneux dans les réserves naturelles. Enfin, la gestion administrative de notre cheptel se " professionnalise " considérablement, ce qui permet d’envisager sans trop de problèmes le développement d’un nouveau troupeau de race différente.

La rusticité du bétail utilisé dans les réserves naturelles n’implique que peu de soins spécifiques, nécessaires au bien-être des animaux. De nombreux bénévoles assurent volontiers la surveillance des petites troupeaux avec l’aide de personnes compétentes lorsque les circonstances l’imposent. Frédéric François, cow-boy des marais, a établi très rapidement un contact privilégié avec son troupeau de Galloway de la province de Luxembourg..
(photo : Th. Gridlet)

En Région wallonne, les races locales reconnues comme étant menacées – et dont l’élevage est actuellement encouragé par l’octroi de primes – sont au nombre de neuf. Parmi les cinq espèces d’ovins reprises figure le Mouton Mergelland. Il y a un siècle, ce mouton broutait communément les herbes sèches des pelouses calcaires de la région de Mergel.

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