17 juin 2004 - n°242, 243, 244 et 245


Chenogne, soixante ans après

Chenogne, soixante ans aprèsC’est le 6 juin 1944, le débarquement... et, en septembre, la Libération! La guerre est-elle finie ? Malheureusement, non. Soudain, alors que l’hiver est là, la région se trouve plongée dans le plus indescriptible des enfers... Soixante ans après, un habitant de Chenogne, Roger Marquet, raconte dans un livre le martyre de son village et de ses habitants. L’ouvrage sera présenté à Sibret le dimanche 27 juin prochain.

Chenogne est un paisible village agricole. Situé à six kilomètres au sud-ouest de Bastogne, il ne compte que trente-deux foyers qui sont autant de fermes et fermettes. En ce 16 décembre 1944 – jour désormais historique –, personne ne se doute de rien. La guerre est loin et chacun vaque à ses occupations habituelles. Pourtant le destin de ce village et de ses habitants va basculer dans l’horreur.
Roger Marquet, auteur du livre Du sang, des ruines et des larmes, raconte avec force et détails ces longues journées de décembre 1944 et l’offensive qui changea le destin de nombreux hommes : Ardennais, Américains mais aussi Allemands, tous embarqués dans le tourbillon infernal et violent de la guerre.

Cet ouvrage, très riche en illustrations et témoignages, nous livre un chapitre peu connu de l’histoire de la bataille des Ardennes. Durant cet hiver 1944, des milliers de jeunes hommes ont perdu la vie pour sauvegarder celle des autres. à l’image de Robert A. Fordyce, ce jeune soldat dont Roger Marquet raconte le malheureux périple, ce livre rend hommage à ces jeunes garçons courageux qui ne sont jamais rentrés chez eux.

Chenogne, soixante ans aprèsD’origine liégeoise, Roger Marquet s’est passionné pour la bataille des Ardennes dès son plus jeune âge. Au terme de sa carrière d’enseignant, il s’installe en terre luxembourgeoise, à deux pas de Bastogne. Auteur de plusieurs articles et ouvrages sur la Seconde Guerre mondiale, l’auteur est aussi membre de plusieurs associations patriotiques. Occasionnellement, il offre ses services pour guider les vétérans américains en visite en Belgique.

L’info : - Cet ouvrage très riche en informations nous laisse penser qu'il s'agit là d'un long exercice de recherches. Depuis quand travaillez-vous à ce récit ? Il a sans doute exigé aussi beaucoup de rencontres et de vérifications des informations ?

Roger Marquet : - Ma recherche a commencé très exactement en septembre 1994. Mais ce serait mentir que de dire que le livre est le fruit de dix ans de travail. En effet, je l'ai abandonné à plusieurs reprises, pendant parfois une année entière. Au début, je manquais d'informations. Par exemple, je n'arrivais pas à trouver suffisamment de témoins américains qui veuillent bien évoquer le massacre des prisonniers de guerre allemands. Il y a eu aussi le fait que j'ai été sollicité pour l'écriture de trois autres livres et d'une cinquantaine d'articles sur la bataille des Ardennes.

Ce travail m’a permis de faire de nombreuses rencontres : des civils belges, des combattants américains, tant ici en Belgique que chez eux aux U.S.A. Ces rencontres ont aussi été épistolaires puis via Internet. J'ai même assisté en août 2003 à sept jours de convention avec l'Association de la 11th Armored Division, à Buffalo, dans l'État de New York, où j'ai pu rencontrer près de trois cents vétérans de la 11e division.

L’info : - Les documents illustrés sur la destruction de Chenogne sont-ils nombreux ? Avez-vous rencontré des difficultés à regrouper les photos nécessaires à votre ouvrage ?

R.M. : - Je n’ai pas éprouvé de grosses difficultés car j'ai eu la chance de rencontrer des témoins qui possédaient des photos d'époque. Les photos sur les ruines de Chenogne ne sont pas très nombreuses. Je pense les avoir réunies presque toutes.

L’info : - Nous savons que vous êtes en contact régulier avec d'anciens GI américains qui ont combattu à Bastogne. À l'occasion du 60e anniversaire, est-il prévu de nouvelles visites à Chenogne ?

R.M. : Oui. Mes amis – je dis mes amis, car ils me sont tous chers – de la 11th Armored Division feront un voyage en Europe en mai 2005. Ils viendront deux jours dans la région de Bastogne et puis referont en car leur trajet «guerrier» à travers l'Allemagne et l'Autriche. Je les accompagnerai, d'ailleurs !

Le 1er mai 2005, ils seront reçus par les autorités communales de Vaux-sur-Sûre , dans le petit village de Chenogne. Au programme : dépôt de fleurs au monument, hymnes et vin d'honneur à la salle La Golète (Chenogne). Le 2 mai 2005, lors d'une cérémonie à Bastogne, ils remettront officiellement leur drapeau au Bastogne Historical Center pour qu'il y soit conservé et exposé.

Très riche en témoignages, l’ouvrage de Roger Marquet nous livre, jour après jour, le récit de cet épisode dramatique pour la région. Tout au long d’une centaine de pages, l’auteur raconte la bataille des Ardennes vue de Chenogne.

En deuxième partie de son ouvrage, R. Marquet livre le résultat de son enquête sur l’exécution de prisonniers allemands à Chenogne.

Enfin, dans la dernière partie, le lecteur pourra prendre connaissance de différents témoignages ou récits rapportés par des vétérans américains.

Du sang, des ruines et des larmes, Chenogne 1944-1945, L’ouvrage de Roger Marquet sera présenté le dimanche 27 juin prochain à 15 heures, à Sibret. Après la séance académique, l’auteur dédicacera son livre. Pour l’occasion, une exposition photo et un « static show » de quelques véhicules militaires seront présentés au public. Invitation cordiale à tous.

Olivier Weyrich

Du sang, des ruines et des larmes,
Chenogne 1944-1945,

Weyrich édition.

160 x 240 mm, 196 pages, 131 photographies en noir et blanc, dont 8 cartes, en vente au prix de 25 euros.

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