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15 Décembre 2000 - n°151


De quoi discutaient nos conseils communaux il y a cent ans ?
Dans un précédent éditorial, nous avions songé à comparer les conseils communaux d’aujourd’hui à ceux d’il y a cent ans. Sans aucun doute, les visages ont bien changé. Il y a un siècle, seuls les notables avaient le droit de briguer un mandat, le suffrage universel n’étant pas encore acquis. A Neufchâteau, lors de la séance du 6 janvier 1900, le conseil comptait seulement dix membres (Bergh, Déom,
Moutarde, Adam, Dufort, Clément, Gislain, Martin, Yungers), la commune était encore un petit format... Mais au sein du conseil, un homme dépensa toute son énergie pour faire de la ville une grande ville : Charles Bergh.
Le 29 mars 1898, le Conseil communal de Neufchâteau, sous la présidence de l’échevin Jules Déom, décide de donner à la place du Palais de Justice le nom de place Charles Bergh, “vu les grands travaux et nombreux services rendus à la chose publique par M. Charles Bergh... et perpétuer le souvenir de son administration”.
Charles Bergh est sans doute l’un des plus grands bourgmestres de Neufchâteau. Il est élu à ce poste en 1861. Il préside son dernier conseil le 14 septembre 1901. Le 31 décembre 1903, il démissionne, Jules Déome lui succède. Charles Bergh meurt le 25 mai 1905.
Louis Lejeune, dans son article rédigé à l’occasion de la publication du livre “Neufchâteau à livre
ouvert”, écrit : “Charles Bergh a fortement marqué l’histoire contemporaine de Neufchâteau. Il a voulu doter sa ville de monuments dignes d’un chef-lieu d’arrondissement, il a voulu la faire bénéficier des progrès offerts par les techniques nouvelles. Il s’est battu pour le développement économique de sa commune, de son arrondissement, même si ses efforts n’ont pas toujours été couronnés de succès.”
Pour en savoir plus sur cette époque, nous avons interrogé le président du Cercle Terre de Neufchâteau.
Resituons-nous. A l’époque, à Neufchâteau, il y a le parti libéral et le parti catholique. Deux clivages qui ont longtemps marqué l’histoire de la ville. “Pendant tout le XIXe siècle, le pouvoir n’était partagé qu’entre ces deux partis, commente Louis Lejeune. Le parti ouvrier belge, le parti socialiste de l’époque, était très peu représenté en province du Luxembourg. Ce dernier parti apparaîtra au pouvoir seulement au XXe siècle dans des coalisions. Jusque vers 1870, la concurrence politique entre les deux partis traditionnels n’était pas forte. A partir de cette date, à Neufchâteau, le parti catholique a commencé à s’organiser. La lutte politique s’est alors amplifiée pour atteindre un sommet lors de la guerre scolaire (1879-1884). Ce sera le déchirement, les passions... Ce fut abominable !”
C’est aussi l’époque où l’on s’interroge sur la question du suffrage universel.
Neufchâteau doit beaucoup à Charles Bergh. La distribution d’eau, la construction du palais de Justice... “C’était un bourgmestre qui avait de l’ambition pour sa ville. Avec le projet de construction du palais de justice, c’est tout un quartier de la ville qui est apparu et s’est développé : l’ancienne prison, les écoles, la gendarmerie, de nouvelles rues sont apparues... explique Louis Lejeune. Bergh s’est beaucoup battu pour Longlier. Il rêvait d’en faire un nœud ferroviaire, mais bien qu’il n’ait pas ménagé son énergie pour faire avancer ses projets, les techniciens, ingénieurs de l’époque, choisiront Libramont comme centre ferroviaire”... avec les suites que l’on connaît. A la tribune du Sénat, Charles Bergh s’en prenait souvent à ces techniciens qui décidaient sans tenir compte de l’organisation sociale d’une région.
Comme sénateur, Bergh saura aussi prendre la défense des ardoisières en général et de Warmifontaine en particulier pour lesquelles il se fera le porte-parole. Défenseur, il saura l’être aussi pour les intérêts agricoles luxembourgeois. Bref durant ses divers et nombreux mandats politiques, le bourgmestre de Neufchâteau — quarante-deux ans durant — s’attacha à transformer , à moderniser la ville digne de son statut de chef-lieu d’arrondissement administratif et judiciaire.
Mais en 1900, précisément, c’est le premier échevin Déom, que l’on peut considérer comme le bras droit de Bergh, qui fait fonction de bourgmestre. La grande époque de la modernisation de la cité s’essouffle peu à peu. Sans grande pointure politique, les édiles ne font déjà plus que de la gestion.
La ville poursuivra son équipement : placement de bouches d’incendie, réalisation de trottoirs, achèvement des travaux destinés à la distribution d’eau... Le conseil imaginera encore l’un ou l’autre tracé en vue d’ un vicinal qui ne passera jamais. Pour le reste les archives communales du début du siècle ne sont guère passionnantes à lire. On se surprendra tout de même en découvrant qu’en juillet 1907, “le conseil décide d’intervenir auprès du bourgmestre de Longlier pour qu’il veuille bien permettre comme précédemment aux habitants de Neufchâteau de cueillir les myrtilles dans les bois de sa commune...”, ou encore en 1901 que “le conseil émet l’avis que le collège ne doit pas accepter les propositions d’organisation d’un championnat de lutte à la fête communale”, ou que “le conseil autorise l’abattage des chiens dont les maîtres ne se seront pas acquittés de la taxe...” ! Chaque époque a son charme !
O. Weyrich

Préoccupations rurales identiques ?
A la lecture des procès-verbaux des conseils communaux de l’an 1900, la vie communale semble bien différente à Ebly et à Witry. Et pourtant, ce sont deux communes rurales voisines.
En 1900, Ebly est une jeune commune. En effet, elle est séparée depuis 1893 de la commune de Juseret. Le transfert des archives préoccupe d’ailleurs les édiles. “ L’instruction publique ” est fréquemment à l’ordre du jour. Ce 26 janvier 1900, l’ensemble du conseil (Collard, Lambert, Lecomte, Poncelet, Wuinand, Lambert et Lecomte) a estimé qu’il n’y avait pas lieu de nommer un “ sous-instituteur ” à l’école d’Ebly... Pourtant cinquante-deux élèves fréquentent l’école régulièrement. Pas d’augmentation “ quadriennale ” du traitement de l’instituteur... Les finances communales ne le permettent pas. Et pourtant, il faudra bien augmenter le traitement du secrétaire communal de 5%. Ce dernier gagne trois mille francs alors que ses collègues luxembourgeois en perçoivent quatre mille. En fin d’année, la commune doit payer “ nombre de mandats en souffrance ”. Le conseil demande un remboursement de 1.900 francs à prélever sur les emplacements appartenant à la commune. Les coupes de bois sont évaluées à 1.785 francs. “ La coupe de Cherpay (925 francs) sera exploitée et le produit en sera délivré aux ayants droit. Les affouagers du droit de Chierpay paieront le montant des frais inhérents à cette coupe au moyen d’un rôle à établir à cette fin ”.
A Witry, l’imposition de la Basse Cour des sections de Witry, Traimont et Volaiville connaît de nombreux rebondissements. Enquêtes commodo-incommodo, consultations de la population, et même une lettre au Roi vont mobiliser plus d’une fois le conseil communal. En 1900, les centimes additionnels passeront de 47 à 160 ! Le pont “ sur la Sûre ” et le lavoir public de Traimont ont été mis en adjudication. Un emprunt va être demandé pour les routes Volaiville-Traimont, et Gennevaux-Traimont. Le conseil s’est penché sur le traitement des instituteurs. Il a établi un règlement pour l’exploitation des carrières de pierres à bâtir sur les terrains communaux. Par contre, les édiles ont refusé catégoriquement d’élaborer un règlement “ prévoyant des mesures d’hygiène et de salubrité... ” Ce règlement était demandé par le commissaire d’arrondissement et concernait “ le nettoiement des voies publiques, l’enlèvement des ordures ménagères et défections... ”. Dans le P.V. du 6 janvier 1900, on peut lire : “ Les eaux de fontaines de Winville se répandent sur la route provinciale et y forment, par temps de gelée, un glacier dangereux pour la circulation publique. Le conseil
(Grégoie, Colson, Dumont, Gaspar, Hinck, Lecomte et Weberg) décide donc de faire exécuter les travaux nécessaires. Le conseil fait en outre observer que, s’il existait un radier à la route provinciale, cet inconvénient disparaît de lui-même ”. Alors, 1900 ou 2000 ?
Sophie Jacques
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