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15 Décembre 2000 - n°151


A l’assaut des cimes
Gérard Daboville et la traversée du Pacifique à la rame, Bertrand Picard et le tour du monde en ballon, Alain Hubert et la traversée de l’Antarctique, l’ascension de l’Everest, le raid Gauloise… Les sports d’aventure ou d’ “ extrême ” sont bien au goût du jour. Sans doute pour les sensations qu’ils apportent, l’effort et le dépassement de soi qu’ils exigent et le plaisir incommensurable qu’ils procurent. Marc Van Gelder de Offaing ne nous contredira pas ! Cet adepte de la course d’orientation ayant déjà à son actif le mont Blanc, vient de s’offrir avec deux amis, Philippe Leclerc de Arlon et Alain Dabe de Bercheux, l’ascension du Kilimandjaro. Ce sommet d’origine volcanique domine, du haut de ses 5895 m d’altitude, les immenses savanes de Tanzanie en Afrique orientale. C’est par la voie dite de “ Machame ”, la plus longue (70 à 100 km), que nos trois aventuriers ont décidé d’entreprendre la montée. Ils sont accompagnés d’un guide et de cinq porteurs, cinq jours leur seront nécessaires pour conquérir le sommet, but ultime qu’ils atteindront au lever du soleil, au moment où les conditions climatiques sont les moins contraignantes, avec moins de vent et de nuages, mais sous une température glaciale.
L’aventure commence le vendredi 6 octobre avec les traditionnelles formalités d’aéroports : passages à la douane, passeports, transferts… avant d’arriver à Moschi, le point de départ du trekking.
Samedi 7 octobre
Marc Van Gelder raconte. “ Nous nous levons vers 6h30 et partons vers le petit village de Machamé où nous attendent les porteurs avec qui nous devrons converser en anglais. Nous inscrivons nos noms dans le livre à l’entrée du parc. Une fois le matériel prêt, nous partons pour le premier camp prévu vers les 3000 m d’altitude.
Nous sommes dans la forêt tropicale avec sa végétation dense, ses cris d’animaux et ses chants d’oiseaux, mais très vite, un vrai déluge s’abat sur nous. C’est sous une pluie tropicale battante que nous installons notre premier bivouac ”.
Marc ne dormira pratiquement pas cette nuit-là. Le lendemain, c’est sous la pluie et dans un univers grisâtre parsemé d’arbres pleureurs et de bruyères géantes que l’équipe progressera. A 3500 m d’altitude, ils marcheront d’ailleurs dans les nuages toute la journée.
Lundi 9 octobre. Changement de décor. Il fait froid, mais sec. Le soleil est de la partie, mais les paysages sont splendides. “Dommage que les nuages situés en contrebas nous empêchent d’apercevoir la plaine !” C’est à 4100 m d’altitude que le troisième campement sera planté. “ A cette hauteur, les premiers maux de tête se confirment. L’endroit est magnifique, parsemé de bruyères en fleurs et de diverses plantes en altitude. Malheureusement, une pluie fine et froide nous arrive à nouveau et nous contraint à rentrer sous les tentes. Nous avons peine à nous réchauffer et cette météo maussade commence déjà à nous user. Il reste deux jours avant le sommet et le temps ne changera probablement pas. Vu ces conditions, nous envisageons de faire ces deux étapes, normalement plus courtes, en une seule journée ! Nous en discutons avec Augustine (ndlr. Le guide) qui n’est pas d’accord dans un premier temps. Après réflexion, on opte quand même pour cette formule qui semble la meilleure . Nous partirons donc tôt demain matin et nous ferons ces deux journées en une ! ”
Qu’elle est bien franche et audacieuse cette décision, mais c’est sans compter sur la force de caractère et la forme physique de nos amis !
Mardi 10 octobre. Après avoir franchi un mur de 200 m, remonté le plateau de Barranco jusqu’à 4400 m, Marc et son équipe poursuivent vaillamment, non sans s’être arrêtés pour casser la croûte là où le campement de fin de journée était prévu, vers Barrafu à 4700 m d’altitude, le plus haut campement. “ C’était là une étape physique, mais notre fatigue reste normale et nous nous sentons capables de partir cette nuit pour le sommet ! ”
L’assaut final
Mercredi 11 octobre. Le grand jour. C’est vers minuit que Marc, Alain et un guide partent pour l’assaut final, juste après avoir ingurgité quelques biscuits et du thé chaud préparé par les porteurs, et enfilé
gants, cagoules, lampes frontales et sacs à dos. Malheureusement, Philippe ne peut les accompagner. Atteint de dysenterie, tremblotant et à bout de forces, il doit se résoudre, la mort dans l’âme, à attendre ses deux amis au dernier campement avec les porteurs qui ne font jamais le trajet final.
Vers 2h30 du matin, Alain et Marc émettent des doutes quant à l’itinéraire choisi par leur guide. Ils passent alors les deux heures les plus tendues de leur périple. Ils se trouvent sur une pente rocheuse pentue et glissante et leur compagnon montre des signes de faiblesse. Il faudra attendre 4h45 pour que le ciel commence à s’éclaircir et permette d’y voir un peu plus clair. Ce sera suffisant pour remettre nos trois aventuriers sur le bon chemin. Ils arrivent à Stella Point (5.600 m d’altitude). C’est vers 6h30 du matin, au lever du soleil, que Marc, Alain et Carlo atteignent le sommet. “ Emus, frissonnants et la larme au coin de l’œil, on se serre la main. Nous inscrivons nos noms dans la boîte qui se trouve au sommet. Nous prenons rapidement des photos. Le vent est fort et le froid glacial. En deux minutes, nos mains sont gelées au point qu’on ne peut plus se servir de la caméra qui se trouve dans mon sac à dos. On atteint sans doute presque les –20° ! Ce froid glacial nous empêche de rester plus longtemps et nous entamons la descente vers le camp de Barrafu ”. Quand ils arrivent au camp, l’état de Philippe s’est amélioré et il se sent à présent capable de vaincre à son tour le Kilimandjaro. Le guide propose de repartir de jour avec Philippe car les conditions le permettent et c’est vers 11h qu’ils prennent ce nouveau départ. Ils rentreront la nuit, victorieux. “ Le courage et la volonté ont payé ! Trois sur trois au sommet ! Philippe est mort de fatigue et se couche par terre. Il avale un bol de soupe et nous nous couchons pour passer notre dernière nuit en altitude. ”
Jeudi 12 octobre. C’est la descente. Un vrai supplice. “Tant la montée épuise, tant la descente esquinte ! ” Alain, Philippe et Marc remercient les porteurs. “ Nous voyons enfin le bout du tunnel, c’est-à-dire Mwenka Gate où nous inscrivons une dernière fois nos noms dans les grands livres du Kilimanjaro.. C’est entassés à 19, avec tous les sacs, dans un vieux Toyota Hiace, que se termine cette belle aventure en rejoignant Moshi dans les rires et la bonne humeur” (extraits du carnet de bord de Marc Van Gelder).
Le vendredi 13 octobre, dernier jour avant le retour, fera figure de récompense pour nos trois amis puisqu’ils se lanceront dans un safari dans le parc national d’Aruspice (90.000km2). Ils y verront buffles, zèbres,
girafes... dignes de figurer dans un reportage du “ Jardin extraordinaire ”.
Atteindre le sommet du Kilimandjaro, quel challenge !
Même si l’aventure résulte d’un rêve un peu fou, une telle expédition ne s’improvise pas. La préparation, bien que n’ayant rien d’exceptionnel, revêt toute son importance. Il s’agit d’être prêt physiquement au bon moment, tous les petits détails ont leur importance.
Mais tout d’abord qui sont ces aventuriers ? Qu’est-ce qui les pousse vers les sommets ? Comment a germé l’idée d’affronter le Kilimandjaro ? Alain et Marc sont des copains de longue date, Philippe est un
ex-collègue de Marc.
Ils ont une passion commune : l’effort sportif, l’attrait de la montagne. “ Toujours plus loin, toujours plus haut ”, telle pourrait être leur devise.
Après une première expédition au mont Blanc en 1999, les trois comparses se retrouvent quelques jours dans les Vosges pour effectuer l’une ou l’autre randonnée. Et c’est là que germe l’idée. Marc, l’initiateur du projet, propose à ses deux complices l’ascension du Kilimandjaro, culminant à 5 895 m. Séduits par la proposition, Alain et Philippe acceptent de relever le défi. Le projet est sur les rails, reste à le finaliser. Des contacts sont pris avec Terre d’Afrique, spécialisée dans ce genre d’expédition. Il n’y a pas de période propice pour l’ascension du sommet africain, si ce n’est qu’il faut éviter la période des moussons, en novembre-décembre. La date de l’expédition est fixée au début octobre 2000.
S’il n’y a pas de préparation spécifique pour une telle aventure, il convient tout de même de se maintenir en forme. Il est également très important d’être bien dans sa tête. Partir à l’assaut du toit de l’Afrique avec des soucis dans la tête n’est certes pas conseillé. Pour se préparer, les trois aventuriers entretiennent leur condition physique tout au long de l’année. Ils sont d’ailleurs tous trois sportifs. Alain est marathonien, Marc adepte de la course d’orientation et de la course à pied tandis que Philippe est un féru de basket et VTT. Quelques randonnées sont également programmées dans les Vosges. D’un point de vue organisationnel il importe de se faire vacciner : fièvre jaune, fièvre typhoïde, hépatite A et B, polio. Tout est désormais prêt. Alea jacta est. Plus moyen de
reculer.
Si nos trois baroudeurs sont rentrés de Tanzanie avec des souvenirs pleins la tête, rien ne les empêche de déjà rêver aux prochaines cimes. La Cordillère des Andes avec l’Aconcagua, culminant à 6959 m ou le Huascarán au Pérou, 6768 m. Et plus tard, peut-être un 8.000…
Er. Meunier et
Ph. Rossignon
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