16 Février 2001 - n°154


Querelle autour des grands quartz

Maurice Lefort, dit aussi, “monsieur le potier”Le Ministère de la Région wallonne vient de taper sur les doigts de Maurice Lefort d’Herbeumont, 86 ans. Le motif ?
On l’accuse d’avoir dressé une pierre qu’il pense être un mégalithe et ainsi détruit tout le contexte archéologique alentour, le tout sans autorisation.
C’est l’histoire de la bataille entre le pot de terre et le pot de fer.

Le but de M. Lefort n’est pas de contrarier les autres archéologues. Son plus grand regret est de ne pas les rencontrer et se rendre avec eux sur le terrain pour débattre au sujet de ces grands quartz.

Tout commence en mai 1999, lorsqu’un archéologue est alerté par M. Lefort au sujet de la pierre de Waillimont. A son arrivée, il constate que M. Lefort n’a fait que de dégager la pierre pour faciliter l’observation. Aucune fouille ne sera entreprise ce jour-là et rendez-vous sera pris pour l’année suivante, quand l’archéologue sera plus disponible. Suite à la lecture d’un article paru dans la presse, l’Administration apprend en décembre dernier que le “menhir de Waillimont” aurait été redressé en mai 2000 par M. Lefort et son équipe. Cependant, le mouvement CRACH (Cercle de recherche archéologique de la commune d’Herbeumont) n’avait pas encore été créé à l’époque et “c’est avec le soutien du bourgmestre Bienfet que l’opération fut réalisée” rappelle Maurice Lefort.

Aujourd’hui, le Ministère de la Région wallonne reproche à M. Lefort de ne pas avoir tenu compte de la législation en vigueur en entreprenant des fouilles sans autorisation. D’autre part, s’il s’agit bien d’un mégalithe, il serait coupable d’avoir détruit son environnement archéologique. François Hubert, président de l’Association wallonne d’études mégalithiques affirme que cette pierre n’est pas un mégalithe. Il parle d’un simple phénomène géologique comme tous les blocs de quartz blanc qui truffent la région.
Mais plus concrètement, qu’est-ce qui permet d’affirmer avec certitude qu’un quartz est un mégalithe ou n’en est pas un ? Maurice Lefort nous explique : “On reconnaît un mégalithe à sa forme et à sa position. La pierre de Waillimont présente les mêmes caractéristiques que des menhirs couchés retrouvés précédemment : elle était couchée obliquement, avec la pointe qui dépassait, comme si elle avait été cachée volontairement. Il faut aussi tenir compte du site sur lequel la pierre se trouve : les légendes concernant les différents sites sont nombreuses et généralement très révélatrices de la nature des pierres découvertes”.

Ancien membre du service des fouilles, à 86 ans, Maurice Lefort ne veut pas se lancer dans de nouvelles fouilles. Dans un souci de transmettre l’amour de sa région aux plus jeunes et de protéger le patrimoine, il voudrait dresser un inventaire en répertoriant les pierres qui méritent d’être étudiées : “Un grand nombre de pierres sont menacées par la mécanisation, sans compter celles qui ont déjà disparu. Je suis parvenu à en sauver certaines in extremis, mais le danger persiste.”

Maurice Lefort n’est pas près de baisser les bras : “ Ce n’est pas la lettre du Ministère de la Région wallonne qui va me décourager ”. Le Ministère voit d’un très mauvais oeil le projet de faire d’Herbeumont “le village des Mégalithes”. L’Asbl CRACH ne ferait que de créer de faux monuments. Ce à quoi Maurice Lefort répond : “Seul Dieu ne se trompe pas, mais ce n’est sûrement pas en restant dans son bureau qu’on évalue si une pierre est un mégalithe ou non. Moi je suis un homme de terrain et je voudrais avoir des gens en face de moi pour discuter de l’origine de ces grands quartz”. Ce n’est pas la course aux touristes, déjà très nombreux à Herbeumont, qui pousse M. Lefort à appeler les quartz “ mégalithes ”. Il veut juste sauver ces richesses patrimoniales : “Nous avons des mégalithes un peu partout dans la région, il faut s’y intéresser pour les protéger”.

M. Lefort est prêt à apporter de nouveaux arguments pour identifier les mégalithes contestés et propose un débat contradictoire à Herbeumont en la salle du “Vivy”, le vendredi 16 février. Diverses autorités ont été invitées. Reste à savoir si les archéologues de la région wallonne répondront à cette nouvelle invitation. Maurice Lefort a d’ores et dèjà annoncé qu’il présentera un nouvel élément historique en la faveur de la reconnaissance de mégalithe de la pierre de Waillimont. Affaire à suivre.

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