02 février 2001 - n°153


De l'ardoise à Internet

Cette semaine, nous avons fait irruption dans la classe d'Anne-Marie Magerotte pour qu'elle nous explique ce qui la pousse depuis trente-deux ans à reprendre chaque année le chemin de l'école. Rencontre avec l'institutrice primaire de Saint-Pierre qui va nous retracer ce long chemin rempli d'évolutions qu'est sa carrière et nous faire partager l'amour de son métier.


Ecole St. PierreDepuis son enfance, Anne-Marie Magerotte, dite madame Leyder, envisage une carrière d'institutrice ou bien d'infirmière. Dès son premier stage, elle sent que l'enseignement est vraiment sa voie. Au bout de trente-deux ans de métier, sa ferveur n'a pas diminué : "J'ai toujours la même passion pour mon métier, peut-être même plus encore qu'au début" nous avoue-t-elle.

Une institutrice polyvalente

Pendant huit ans, l'école se trouvait dans l'actuel bureau de l'architecte Jourdan. Un gros poêle à bois trônait au milieu de la pièce, entouré par de petits bureaux en chêne. L'institutrice ne se contentait pas d'être perchée sur son estrade : "J'arrivais à 7h30 pour allumer le feu afin qu'il fasse bon quand mes élèves arrivaient. Il n'y avait qu'un simple robinet d'eau froide, ce qui décourageait les personnes chargées de l'entretien. Comme personne ne voulait venir nettoyer, je m'en suis occupée, aidée par mes parents."

L'ardoise puis la plume

"Au début, le cahier de brouillon n'existait pas, on se servait d'une ardoise avec une éponge et une touche. Ensuite, le matériel a évolué et les cahiers de brouillon sont apparus. Les élèves écrivaient à la plume. Chaque matin, je passais avec ma bouteille d'encre afin de remplir les encriers en porcelaine pour la journée." Les changements intervenus en quelques années sont impossibles à citer tellement ils sont nombreux. Un des plus importants est la photocopieuse, qui a entièrement révolutionné l'enseignement. Fini de se contenter d'un seul livre, maintenant, chaque enseignant puise dans plusieurs sources pour élaborer un programme varié qui correspond à ce qu'il cherche. Les nouvelles technologies ont totalement modifié l'enseignement : "Avec la télévision, l'ordinateur avec les encyclopédies et surtout Internet, les élèves sont capables de réunir de nombreux documents. Ce n'est plus l'enseignement frontal du début où les élèves buvaient les paroles du maître. Ils ne se limitent pas à ce qu'on enseigne à l'école, on partage des savoirs, le cours devient plus riche et tout le monde en profite."

Naissance d'une équipe

Ecole St. PierrePendant vingt ans, madame Leyder a cumulé les fonctions : institutrice, professeur d'éducation physique, professeur de religion, et encore surveillante des enfants pendant le temps de midi. L'année où vingt-neuf élèves se sont inscrits dans la petite école, madame Rita, une stagiaire, a été appelée en renfort. A partir de l'année suivante, le nombre d'élèves imposait un dédoublement et depuis lors, deux institutrices enseignent à Saint-Pierre. "L'arrivée de madame Rita fut l'événement le plus marquant de ma carrière. C'était la première fois que je pouvais échanger des idées à propos des élèves avec quelqu'un. Nous nous sommes tout de suite très bien entendues". D'autres enseignants ont ensuite succédé à son arrivée. L'équipe éducative se compose aussi du professeur d'éducation physique, du professeur de néerlandais, d'une dame qui s'occupe du temps de midi, et d'une dame pour la garderie. "Au niveau des contacts, c'est beaucoup plus riche pour les enfants" nous dit madame Leyder.

Un jour difficile

Comme la plupart des enseignants et malgré l'expérience de trente-deux rentrées scolaires, Anne-Marie connaît encore le stress de la rentrée, mais elle nous avoue qu'elle ne considère pas ce jour comme le plus difficile : "Je déteste le jour où les élèves de sixième quittent l'école, ça me rend mélancolique pour le reste de la journée... c'est que j'ai marché un bon bout de temps avec eux. L'école est comme une famille, tout le monde se connaît et tout le monde s'embrasse. Les élèves qui arrivent en quatrième année dans ma classe ne sont pas des inconnus". L'école ne fait pas que d'apprendre le français ou les maths aux enfants, elle leur apprend à rencontrer d'autres personnes, à évoluer dans beaucoup d'autres domaines. L'institutrice voit se transformer les enfants et à force de travailler avec eux, elle finit par mieux les comprendre, et parfois à anticiper leurs réactions : "Au début j'étais un peu stressée, mais maintenant, je suis bien installée dans mon travail et je prends le temps de les regarder grandir. Je devine dans leur façon d'être si tout va bien ou s'ils vivent un problème" nous confie Anne-Marie.

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