16 octobre 2003 - n°222 - 223 - 224

Léglise

L’école d’autrefois

L’école d’autrefoisL’odeur de l’encre, le crissement des plumes Ballon qui grattent le papier ligné au rythme des pleins et déliés, le cache-poussière gris de l’instituteur, le silence pesant de la classe sont encore bien présents dans l’esprit des anciens. Il suffit parfois d’une “touche” d’ardoise retrouvée dans le fond d’un tiroir ou d’un vieux livre aux pages jaunies, annoté d’une petite écriture pointue, découvert au grenier sur une planche de commode… ou d’une exposition dans une école moderne, pour plonger dans le passé !

Le 3 octobre, sur le coup de 13 h 30, l’école communale de Léglise proposera un véritable retour vers le milieu du xxe siècle grâce à une exposition qui aura lieu dans la salle de gymnastique.

Tout au début de cette année scolaire, “ madame Céline ” et “ madame Patricia ” ont parlé de l’école d’autrefois après avoir lu des articles à ce sujet dans des revues pour enfants. Le propos a captivé les élèves et quelques-uns d’entre eux en ont parlé à leurs grands-parents qui ont bien vite mordu à l’hameçon de la nostalgie. Un papy a ressorti un ancien porte-plume réservoir, une mammy un classeur contenant des “ouvrages”, des cartons noirs sur lesquels étaient collés des travaux d’aiguilles, et les élèves les ont apportés à l’école. Au bout de deux ou trois semaines, il y avait tellement d’objets que les institutrices ont eu l’idée de les présenter en recréant le cadre d’une classe ancienne. Le phénomène a pris de l’ampleur. Parents et grands-parents se sont mis à fouiller ! D’une maison sortait un vieux banc, d’une autre un vieux cartable. À gauche on dénichait un tablier, à droite un plumier articulé en bois. Une institutrice à la retraite a retrouvé un tableau noir en bois et la machine à polycopier à l’aide de stencils, rescapée de la tornade, a été dépoussiérée !

L’école d’autrefois

Dans l’élan, les petits de maternelle se sont joints à l’aventure. Une comparaison avec l’école d’aujourd’hui est née. L’après-midi sera donc tout en contrastes, entre ordinateur et vieil atlas, entre l’attirail des récipients en zinc servant à l’étude des poids et mesures et des feuilles photocopiées.

Les élèves présenteront une saynète, Guillaume vous montrera le pupitre de son grand-père qui s’appelait Lucien (c’est écrit sous le rabat) et Alicia, les stylos de la sœur de sa mammy. Ceux qui étaient écoliers pendant la Seconde Guerre mondiale seront émus de revoir un crayon fabriqué à l’aide d’une mine entourée de papier journal, à moins qu’ils ne jouent aux osselets ou aux billes avec leurs petits-enfants !

Pour se remettre des émotions du temps, de l’évolution incroyable des méthodes pédagogiques en à peine cinquante ans, les institutrices cuiront des gaufres et proposeront une tasse de café.

Surtout, ne ratez pas l’événement et venez avec votre âme d’enfant, comme jadis. N’apportez toutefois pas de bûches pour le poêle… il y a le chauffage central !

B. Herry

L’école d’autrefois  

Ils sont tous retournés à l’école !

école communale de LégliseVendredi, sur le coup de 13 h 30, comme prévu, des visiteurs sont venus se replonger dans l’ambiance d’une classe d’autrefois à l’école communale de Léglise. Des élèves avaient mis leur tablier et s’appliquaient à écrire à la plume sur d’anciens cahiers, assis comme il faut à leur banc, pendant que d’autres calculaient sur leur ardoise. Les institutrices, habillées de vêtements sombres et sobres, surveillaient les petits, tout excités de suivre la classe comme papi et mamie. Un brouhaha baignait la salle de gymnastique transformée !

Tout le monde était très fier : les enfants de changer d’époque, les parents d’avoir déniché des vieilleries, les grands-parents d’avoir résolu les problèmes du petit livre jaune paille intitulé “Arithmétique” ! “ Un motocycliste a parcouru 210 km à la vitesse de 45 km à l’heure. Combien de temps lui a-t-il fallu ? ”, “ Quelle surface de carton faut-il pour fabriquer une boîte cubique de 35 cm d’arête, suivant qu’elle est: a) avec couvercle ? b) sans couvercle ?”… On cherche un peu au début du livre, un peu vers la fin pour trouver les problèmes de robinets ! Ces problèmes qui disaient qu’on remplissait une baignoire avec un robinet qui débitait tant de décimètres cubes à la minute, qu’un deuxième robinet n’en débitait que tant, pendant qu’un troisième, lui, mis en route trois minutes plus tard en débitait tant. Personne ne s’étonnait, aux environs de la Seconde Guerre mondiale, qu’il y eut des baignoires à trois robinets ! Une grand-mère explique que de toute façon, seuls les riches en avaient.

école communale de LégliseRenée Henrion, qui est venue tout exprès de Sibret, regarde les vieux cahiers. Elle a eu les mêmes ! Elle se souvient que tous les matins, on faisait du calcul. L’après-midi était consacré une fois à la géographie, le lendemain à l’histoire, etc. Le samedi après-midi, il y avait le cours de dessin et le jeudi matin, les filles faisaient de la couture ou du tricot ; les garçons avaient cours normalement. Joseph Lambotte, son mari, intervient : “ Non, dit-il, nous avions aussi du tricot et nous devions apprendre à repriser nos bas !”. “C’est parce que tu étais au pensionnat à l’orphelinat ”, explique-t-elle.

Joseph Lambotte, oublie vite les bas et raconte qu’il a un bureau d’instituteur chez lui. C’est le bureau de l’instituteur de l’école de Rosières ; le mobilier a été mis en vente publique. Le bureau aurait dû partir au feu parce qu’un pied était cassé. “ En fait, il n’a pas été brûlé ”, dit Joseph, à voix basse. “Il est chez moi !”

Il explique encore qu’il a des mesures et des poids comme ceux qui sont exposés sur la table, mais ici il manque la grande mesure d’un décalitre qui servait pour le grain.

L’école d’autrefois“ C’était le bon temps, dit Renée. Maintenant, tout a changé. On avait des vêtements différents selon qu’ils étaient portés pour l’école, la maison ou pour aller à la messe le dimanche.” Ça lui rappelle le cours de catéchisme, qui débutait la journée. Elle est fière de dire qu’elle avait toujours tous ses points… Joseph, lui, n’aimait pas trop, surtout le chapitre sur l’Eucharistie ! C’était la “ bête noire ” parce qu’il y avait quarante-quatre questions à étudier de mémoire. Il préférait les vacances. Son institutrice, qui s’appelait madame Ghislain, venait avec Pierrot, son fils. Ensemble ils jouaient dans la cour. Les sœurs relâchaient quelque peu l’attention. C’était vraiment gai… à condition de ne pas casser de carreaux avec le ballon ! s

La cour et les jeux lui rappellent une histoire : “ C’était en 1947, dit Joseph. On jouait et j’avais une longue écharpe qui traînait derrière moi. Un enfant a mis le pied dessus et je suis tombé en me cognant la tête. (Il montre la cicatrice sur son front.) Il fallait me soigner ! Me voilà parti chez le docteur Hanozet qui habitait la grande maison près du carrefour de Bertrix, devenue aujourd’hui l’hôtel La Potinière. Sœur Anne-Marie, qui m’accompagnait, me demandait si j’avais mal, tout en marchant dans la neige. Il faisait froid. Venant de Longlier, Neufchâteau, c’était pas la porte à côté. Bien sûr, je disais oui… pour avoir un caramel !”

Deux tables plus loin, ce sont d’autres grands-parents qui ont d’autres souvenirs. Certains auraient vraiment aimé que l’exposition dure plus longtemps, pour revenir le lendemain avec un encrier en verre. Vous savez, ceux que l’on met dans le banc et que l’on remplit avec une bouteille munie d’un petit tuyau métallique, fixé dans un bouchon de liège.

B. Herry

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