17 janvier 2003 - n°194

Région

Perturbations hydrologiques

Perturbations hydrologiquesDe plus en plus, les eaux d’égouttage sont traitées en station. Il est évident que si ça déborde de partout lors des inondations, comme celles que nous venons de connaître, les dispositifs d’épuration sont partiellement court-circuités. Quand tout se passe bien, l’eau qui est collectée depuis Longlier et qui s’introduit dans le collecteur qui passe à proximité du moulin, évoqué dans l’article précédent, va vers la station d’épuration de Warmifontaine. L’eau, plus ou moins chargée de déchets, passe dans une première grille où s’arrêtent bouteilles plastiques, chiffons et autres objets. Après ce dégrillage, on relève l’eau, de manière à pouvoir la laisser évoluer dans les différentes installations par simple force de gravité. De grosses vis qui turbinent à du 250 mètres cubes, ou 500 m en fonction de ce qui arrive, élèvent l’eau dans un premier canal dans lequel le sable va se déposer.

L’eau passe dans une seconde grille plus fine et peut entreprendre le parcours de l’épuration. La capacité de traitement est limitée à 250 mètres cubes. Le surplus va dans un bassin d’orage. Dans un décanteur primaire, on retient une partie des boues qui vont directement partir dans le circuit des boues. L’eau ira dans un bassin d’aération dans lequel des micro-organismes vont dégrader tout ce qui est organique. Ces alliés vivants doivent être “soignés” avec précision. Un responsable de la zone d’épuration vient régulièrement effectuer des prélèvements pour s’assurer de la bonne santé des micro-organismes. Il vérifie aussi que l’oxygène injectée en micro-bulles est à la bonne pression : 400 à 500 m3 d’air à l’heure.

Perturbations hydrologiques Perturbations hydrologiques

Ni plus, ni moins ! L’eau est ensuite dirigée vers un bassin secondaire. à sa sortie, elle est limpide et quasiment potable. Elle part dans le ruisseau de Neufchâteau.

En cas d’inondation, le bassin d’orage est plein en un clin d’oeil. La seule solution est de “bi-passer” et d’attendre le retour à la normale. Une eau claire est néfaste pour tout le circuit. Pour qu’une station fonctionne bien, il faut de l’eau sale chargée en matières organiques dans une fourchette de concentration qui convient à l’appétit des ouvriers microscopiques.

B. H.

Les mauvaises habitudes de l’eau

Les mauvaises habitudes de l’eauL’année a commencé sous le signe de l’eau. Le 2 janvier, les yeux étaient rivés sur les écrans de télévision pour suivre l’évolution des inondations. Tous ceux qui ne scrutaient par les journaux étaient en train de racler, de poser des sacs de sable ou faisaient partie des services d’urgence. Au téléphone, on ne pouvait s’empêcher de s’informer : “Chez vous, l’eau monte-t-elle ?” Ici, on avait besoin de bras pour surélever des meubles. Là, on était effondré face à l’ampleur des dégâts. Pour des raisons historiques, des habitations ont été construites à proximité des cours d’eau. C’est le cas des moulins qui les utilisaient comme force motrice.

Jacques Timmermans, ostéopathe à Neufchâteau, vit précisément dans un ancien moulin. Le ruisseau de Neufchâteau passe chez lui. Le 2 janvier, il s’est transformé en fleuve !

L’Ardenne, Jacques Timmermans la connaît bien, puisqu’il est originaire de Saint-Médard. Il sait les caprices des cours d’eau de la région, la nature du sol. Il n’avait pas omis d’observer la situation de l’habitation en détail. Le moulin est situé sur une butte à un mètre cinquante par rapport au niveau des terrains en aval et en amont. Le ruisseau de Neufchâteau vient du lieudit La Chaurnô et est divisé en deux parties. L’une des deux constitue le bief du moulin – le canal de dérivation qui conduit vers les machines hydrauliques -, tandis que l’autre continue vers le lit initial du ruisseau. Une vanne, qui permet de réguler le débit, se trouve à l’intersection et une amenée d’eau alimente deux étangs séparés par un chemin.

“D’année en année, le niveau maximal monte progressivement chaque hiver”

Les mauvaises habitudes de l’eauQuand il est venu s’installer, le 8 mars 1976, il n’y avait pas de problème d’eau. C’était bien sûr l’année de la grande sécheresse, mais les années suivantes non plus, l’eau ne posait pas de problème. La vallée est suffisamment large et l’écoulement est rapide. L’eau ne s’attarde pas ici, mais plus loin dans le Faubourg. Il avait néanmoins observé que d’année en année, le niveau maximal montait progressivement chaque hiver. Un jour le bief a débordé, alors que cela ne se passait jamais. Vers 1983-1984, les débordements s’accentuent et causent les premiers dégâts aux berges. “Peut-on mettre cela en corrélation avec la construction de l’autoroute, c’est difficile à dire, explique Jacques Timmermans. Mais toujours est-il que d’année en année, de plus en plus d’eau passait par le cours du ruisseau.

La première inondation sérieuse, si l’on ne parle pas des perturbations qui ont eu lieu lors de l’installation des collecteurs d’égouts qui se dirigent vers la station d’épuration de Warmifontaine, a eu lieu le 21 décembre 1993. C’était l’inondation par excellence. Le niveau de l’eau de la vallée est monté d’un mètre cinquante. Cela s’est stabilisé à un centimètre du seuil de la maison à onze heures du matin. Peu de temps après, le 12 janvier 1994, l’eau remontait, mais là à trois centimètres. Toutes les digues des étangs se sont fait arracher. C’était épouvantable. On a dû tout réparer avec des billes de chemin de fer, colmater et les travaux ne sont pas encore finis aujourd’hui. Je voudrais dédoubler le bief pour alimenter les étangs, au cas où le premier viendrait à rompre complètement. Cela devient impossible avec le volume d’eau que nous avons chaque année.”

Le jeudi 2 janvier, l’eau s’est mise à monter de façon menaçante. A neuf heures du soir, elle arrivait au-dessus des étangs. “ à dix heures, l’eau arrivait à la terrasse, continue-t-il. à dix heures trente, je filais à l’arsenal des pompiers pour voir s’il était possible d’avoir des sacs de sable. Lors de mon premier passage dans le Faubourg, l’eau avait couvert la moitié de la route. Un quart d’heure plus tard, elle la couvrait tout à fait et quand je suis repassé avec ma remorque, la route était bloquée. Je suis rentré, pour protéger l’habitation. L’eau arrivait à un centimètre du seuil de la porte, comme en 1993. On avait rappelé notre fille Aurore, pour nous donner un coup de main. On a tous enlevé les tapis, rangé les bibelots et préparé des blocs pour surélever les meubles. Ici, nous n’avons pas de cave, mais si l’eau venait à s’introduire, c’est la totalité de l’habitation qui serait envahie. Tout est de plain-pied. Ce serait le drame, comme c’est le drame dans toutes les maisons où l’eau rentre en cas d’inondation.

Jacques Timmermans a filmé tout ce qu’il a pu. L’eau sauvage passe par-dessus les deux ponts, les remous sont nombreux et impressionnants. Le ruisseau s’est transformé en fleuve ! L’eau charrie des branches, de la terre, sape les berges à une vitesse incroyable. Des objets hétéroclites passent. Le niveau s’est stabilisé par chance à un centimètre du seuil d’entrée ! à quatre heures du matin, la décrue s’amorçait.

"Au faubourg, à tous les coups, ils ramassent l’eau !”

En amont, à la Chaurnô, le ruisseau était déjà sorti de son lit depuis des heures et les deux ponts étaient invisibles. En aval, c’était la catastrophe pour les habitants du Faubourg. à tous les coups, ils ramassent l’eau ! L’ancienne menuiserie Gruslin, actuellement Etablissements Kerger, fut inondée aussi. Mais contrairement aux maisons voisines, il n’y avait personne dans les bâtiments. Tout le monde dans le quartier sait qu’il y a du matériel informatique, des bureaux, du papier. Les gens essayaient d’appeler les différents membres de la famille. Personne n’était chez soi. Le menuisier était prêt à démonter une porte pour sauver ce qui pouvait l’être, avec à ses côtés des personnes pour l’aider à transporter les caisses quand on trouva le numéro de GSM de Michaël Kerger. L’eau était déjà entrée dans les bâtiments, mais une partie du matériel électronique a pu être mis à l’abri.

“Quand on est entré, il y avait dix centimètres d’eau et quelques minutes après, on avait déjà de l’eau jusque sous le genou, explique Michaël Kerger. Ça monte à la vitesse “ v, v prime ” ! Certains des meubles de bureau qu’on a en exposition ont des pieds métalliques, mais d’autres sont en particules de bois. Ils sont détériorés ! Après, l’eau est partie comme elle est venue, en laissant une couche de boue. Le lendemain matin, il n’y avait plus rien, sauf des dégâts ! Ce qui était étonnant, c’était la mobilisation des gens et la solidarité. ”

B. Herry

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