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17 Novembre 2000 - n°149


Et pourtant, la mémoire se perd...
1914. Qui n’a pas, au fond de la mémoire familiale, un récit, une anecdote, un souvenir laissé par ces journées terribles et transmis de génération en génération ? Profitons du 11 novembre pour nous souvenir.
20 août 1914 aux portes de Neufchâteau. Ce jour-là, la 21e division d’infanterie allemande, tête de pont de la XVIIIe armée du Kronprinz, se heurte à la 9e division de cavalerie française. Le combat laissera quelque 950 victimes sur le terrain. Deux jours plus tard, le Corps Colonial français affrontera la XVIIIe armée allemande (28.000 hommes !) à Neufchâteau. La bataille, qui prend place parmi les grandes batailles du 22 août dans le sud Luxembourg (avec Luchy, Maissin,
Rossignol, etc), laissera plus de 3.000 victimes côté français et 4.300 côté allemand.
“... L’instant est propice, il faut avancer, nous dit le commandant !
C’est alors que la plus terrible imprudence fut commise de la part de nos supérieurs. La majeure partie de nos hommes sont terrés, nos chefs aussi, sauf le commandant, et c’est sans avoir préparé éventuellement un abri, un point quel qu’il soit, que nous nous élançons sur le terrain qui est devant nous. À peine debout la fusillade adverse crépite, rien ne répond, car la ligne tout entière s’est élancée. Déjà nos hommes faiblissent, des blessés râlent, des morts sont étendus
! C’est le commencement
d’un affolement qui deviendra plus tard
une terreur !
Mais, horreur ! Que se passe-t-il ? Nous n’avons pas fait cinq mètres qu’une clôture en fil de fer coupe nos élans et c’est sous le feu que nous nous précipitons vers la seule issue existante. Nous prenons la file indienne et courons éperdus, gênés dans notre course par les blessés qui tombent comme on fauche la moisson !
“Combien d’hommes semés derrière nous ! Que de morts, que d’absents déjà... Nos bonds sont trop longs et annihilent notre volonté, nous ne pouvons plus courir et tout à coup, à bout de forces, nous tombons, cherchant un abri, rampant vers un arbre, vers un tas de fumier, vers un monticule de terre.”
“Vingt hommes sont là derrière un amas de paille et se font massacrer, vingt autres couchés dans un ruisseau offrent à l’ennemi invisible une cible nouvelle. La mitrailleuse les fauche ! Dans toute l’étendue du champ de bataille des hommes isolés, pêle-mêle, offrant par petits paquets des points qui de très loin doivent être vus, sont en butte au feu des Allemands, qui, avec l’avantage qu’ils ont sur nous qui ne répondons pas, tirent sans se gêner, sans se cacher, en visant
juste mais n’atteignant finalement presque plus de monde. Il semble qu’à ce moment l’adversaire se fatigue. C’est le moment pour ceux qui sont debout de chercher un abri plus sûr. Ceux qui se cachent derrière les arbres qui bordent une petite route doivent absolument bouger de là. La mitraille s’est remise de la partie et crache sans discontinuer...”
Extrait de la lettre du caporal Albert Courouble, 87e R.I., à sa famille, écrite de son lit d’hôpital à Longlier, le 25 août 1914
Revivez le combat du 20 août 1914 à travers les témoignages de ceux qui l’ont vécu : combattants français et allemands, civils. En 128 pages de souvenirs, extraits de lettres, photos, l’auteur raconte cette journée tragique, prélude aux grands combats de ce début de guerre. Un livre inoubliable à offrir ou s’offrir.
“ À la recherche du caporal Courouble. Sur les traces du combat de Longlier-Hamipré, 20 août 1914. ” Documents rassemblés par Olivier Jadoul.
En librairie ou chez l’auteur, Marbay 10, 6840 Neufchâteau.
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