17 Novembre 2000 - n°149


Tranches d’histoire...

Pour Libramont-Chevigny, l’année 2000 a été marquée par le centième anniversaire de la Commune. De nombreux événements en tous genres ont émaillé ces derniers mois.

La sortie d’un livre sur Libramont, signé Éric Burgraff, avec la précieuse collaboration de Maurice Mérenne, a permis aux habitants de cette jeune commune de se faire une idée plus précise de leur passé. Pour compléter ce retour vers le passé, voici quelques tranches d’histoires de Libramont, basée sur des extr-aits de “ Histoire de Chevigny : Sainte-Marie et Saint-Pierre” par L. Hector, paru à l’Imprimerie J. Fasbender d’Arlon en 1951.

Le nom de Libramont apparaît déjà tel quel dans l’histoire dès 1330. Une charte de Saint-Hubert de 1331 permet alors de faire la connaissance de l’échevin Renier de Libramont. En 1374, il est question de Liebramont, puis de Libimontanus en 1585. Viendront ensuite Lybramont en 1605 et Libraumont en 1710. Libraumont est resté l’appellation wallonne jusqu’à nos jours.


La légende de la Comtesse Ermesinde

Une légende attribue le nom de la Libramont à la Comtesse Ermesinde qui vécut entre 1186 et 1267. Sans compter que cette illustre personne n’a jamais eu autorité sur le ban de Chevigny, il est certain qu’à cette époque déjà, Libramont avait reçu son nom depuis des siècles. D’autres conteurs attribuent le même fait à une princesse d’Anlier du XIIIe ou du XIVe siècle. Tous s’accordent à dire que, comtesse ou princesse, cette personne de qualité passant par Libramont fut prise d’indisposition et, descendant de voiture, se reposa sur une pierre près de la croix du milieu du village. Grâce aux soins aussi éclairés que compatissants d’une personne de l’endroit, elle fut bientôt rétablie. Pour montrer sa reconnaissance, elle donna le privilège de la liberté aux habitants. Cette légende sembler posséder un certain fond de vérité car Libramont jouissait d’une franchise au moins partielle durant les siècles de l’ancien régime.


Le temps du domaine

Au temps du domaine du “ val du roi” de Saint-Pierre, la destinée de Libramont fut intimement liée à cette importante exploitation. Les habitants y trouvaient travail et moyen de subsistance. La toponymie conserve d’ailleurs le souvenir de cette époque lointaine : les allieux, petit et grand, sont d’anciens bois allodiaux. Et que dire de la “ voie de Regival”, encore connue sous le nom de vouye do r’dgivau, route qui conduisait au domaine. Ce n’était sans doute qu’un chemin de terre, tandis que son prolongement à partir de Régival, vers Lamouline, était une voie empierrée, une strée romaine. D’autre part, le chemin qui conduit actuellement directement à l’église de Saint-Pierre n’était, il y a deux siècles encore, qu’un simple sentier.


Les larrons et les tchèts

Libramont : tranches d'histoireLorsque la villa de Saint-Pierre fut transférée à Neuvillers, Libramont n’en continua pas moins à être uni à Saint-Pierre, centre religieux, jusqu’à l’absorber totalement. Saint-Pierre, en effet, ne comptant que son église, son ermitage et une ou deux maisons, ne constituait pas une section séparée mais était rattaché à celle de Libramont. il en fut d’ailleurs ainsi jusqu’à la Révolution. Cette absorption était telle que curé et vicaire habitaient Libramont. Souvent, on voit les curés essayer d’établir leur résidence près de l’église, ce qui n’est que normal. Mais toujours Libramont a réussi à les retenir “ prisonniers “ sur son “mont libre “ ! Peut-être est-ce à ce rapt déguisé qu’il faut attribuer le blason populaire, les larrons, des habitants de Libramont ? Il est par contre bien vrai que ce blason est fort ancien. A Neuvillers, on ne se faisait pas faute, même dans les actes publics en 1700, d’appeler le chemin de Libramont “ la voie des larrons “. Ceux de Libramont n’eurent pas à faire grand effort pour trouver leur riposte. Tous savaient qu’à Neuvillers, on était pas peu fier de posséder un château que l’on dénommait “ tchètreuil “. La première partie de ce distingué vocable fournit matière au surnom de tchèts qui, depuis des siècles, s’applique aux gens de Neuvillers. Ces appellations réciproques, bien qu’acerbes, n’étaient cependant pas de nature à troubler la bonne entente entre ces villages. Elles constituaient surtout le cri de guerre des gosses à l’école. Pour en revenir à nos curés, force est de reconnaître que les habitants de Libramont se sont longtemps annexés curé, vicaire et école régionale et ce, sous le couvert d’une affection toute spéciale pour les membres du clergé. Il a fallu la poigne du curé Malherbe pour mettre fin à cette situation anormale. Ce fut alors un coup dur pour Libramont qui, du reste, saura s’en relever par la suite.


Le salut par le fer

Si, à St-Pierre, on relève dans un acte que Nicolas Lejeune a établi en 1752 la présence d’une tannerie près de la fontaine St-Pierre, Libramont était alors un village essentiellement agricole. Curé et notaire y étaient aussi agriculteurs. Aucune industrie dans la localité. Seul un maréchal-ferrant animait, de coups redoublés sur son enclume, ce haut plateau ardennais.
Au siècle dernier, Libramont devait émerger des localités environnantes grâce à la voie ferrée qui allait traverser le village. La construction de cette voie débuta en juillet 1853, c’est une firme anglaise qui entreprit les travaux. Pour cause de difficultés financières, ils furent interrompus en février 1854. Mais dès le mois de juin, on se remit à l’oeuvre avec une ardeur nouvelle. Du Serpont à Longlier, il y eut 500 ouvriers dont le salaire variait de 20 à 36 sous par jour. Le pont du Serpont fut édifié en quatre mois et terminé en août 1858. L’inauguration de la grande ligne eut lieu le 27 octobre 1858 par le roi Léopold 1 et la famille royale. Les festivités durèrent quatre jours ! Ce fut un événement important pour tout le pays. Les anciens racontaient que tous les habitants s’étaient postés aux endroits les plus favorables pour voir passer le premier train. Les cultivateurs constataient avec bonheur que le bétail ne prenait pas la fuite en voyant passer ces voitures sans chevaux, ce que certains prophètes mal inspirés avaient prédit. La ligne de Bastogne fut inaugurée le 15 novembre 1869 et celle de Bertrix le 11 août 1882. Ainsi, Libramont devenait le noeud ferroviaire le plus important du Luxembourg.


Le passage du prisonnier Napoléon III

Le passage du prisonnier Napoléon IIILe dimanche 4 septembre 1870, c’est par la route en provenance de Recogne qu’arriva l’empereur Napoléeon III. L’avant-veille, l’infortuné avait dû rendre son épée au roi de Prusse. Prisonnier des Allemands, il venait de Bouillon, escorté depuis la frontière par un peloton de chasseurs de l’armée belge. En passant à Recogne, l’empereur et son escorte avaient dîné à l’hôtel Émile Olivier. Après une heure d’attente en gare de Libramont, il prit le train pour Cassel, résidence désignée par les vainqueurs.


Au vieux cimetière de Saint-Pierre

Dès 1896, la population de Libramont, petit village de quelque 300 âmes un siècle plus tôt, approche les 700 habitants. Aussi l’abbé Fayon, curé de St-Pierre, appuyé par un comité scolaire, y crée une école dirigée par des religieuses. C’est le début des écoles libres actuelles. Il s’agit bientôt de séparer St-Pierre de Libramont. Sur proposition de l’Évêché, à la demande du Conseil de Fabrique et du Conseil communal de St-Pierre, l‘arrêté royal érigeant Libramont en cure est signé à Laeken par le roi Léopold II. Nous sommes le 26 janvier 1899. Déjà les plans et devis de la construction de l’église et presbytère sont approuvés. On se met à l’oeuvre et, en octobre 1902, arrive le premier curé, l’abbé Alexandre Debry. A peu près simultanément s’opère la séparation au point de vue communal. L’arrêté royal créant la nouvelle commune est daté du 30 juillet 1899. Désormais plus rien de commun entre Libramont et l’antique paroisse de St-Pierre. Si ce n’est un souvenir pieux et persévérant. Aux services des trépassés du lundi de la fête et du jour des morts, combien nombreux sont les habitants de Libramont qui reviennent à l’église mère afin d’y prier leurs défunts enterrés au vieux cimetière de St-Pierre...

P. Willems

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