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17 Novembre 2000 - n°149


Le métier de bourgmestre (III)
Après Charles Bossicart à Libramont, Georges Bienfait à Herbeumont, nous sommes allés à la rencontre du bourgmestre de Neufchâteau. Nelly Mathieu-Gendebien est la première femme bourgmestre de la cité chestrolaise. Contre toute attente, elle a enfilé l’écharpe mayorale en 1995 et crée à nouveau la surprise en réalisant le deuxième score des voix de préférence lors des dernières élections communales. La majorité reconduite, Nelly Mathieu-Gendebien entame un second mandat, le
rêve secret de plus d’un politique chestrolais.
Femme bourgmestre au milieu des hommes politiques, Nelly Gendebien commente ses six premières années à la tête de la commune de Neufchâteau.
Nelly Mathieu-Gendebien, femme bourgmestre
Le parcours politique de Nelly Gendebien est plutôt bref. Après un mandat de conseillère communale à Longlier, durant la législature qui a précédé la fusion des communes, Nelly Gendebien est restée longtemps en recul des affaires communales. En 1994, elle saisit l’opportunité qui lui est offerte de conduire la liste de la minorité de l’époque. “ Je n’avais pas d’ambition particulière, nous dit-elle, je partageais le même projet que notre équipe : gagner les élections
pour changer l’orientation politique de Neufchâteau. Nous avons gagné les élections et je suis devenue bourgmestre ”.
Une femme au milieu des hommes politiques
La bourgmestre de Neufchâteau estime n’avoir pas eu beaucoup de mal à faire sa place au milieu de cette large majorité d’hommes politiques qui l’entourent. “En politique, on ne peut pas parler de galanterie, dit-elle, mais je dois reconnaître que jusqu’à présent mes collègues masculins ont toujours été fair-play.” Et d’ajouter : “Je pense que la présence d’une femme dans un groupe adoucit les mœurs”. Les hommes jugeront... En réalité, avec son groupe majoritaire,
Nelly Gendebien a toujours veillé à un équilibre dans les rapports de force. Femme de consensus, la bourgmestre évite toujours les conflits, même avec ses adversaires politiques. Elle préfère les “bons arrangements”. Ici apparaît sa patience tenace qui a sans doute été le ciment de son groupe.
Nelly Gendebien ne milite pas pour une plus grande place de la femme en politique, mais elle est enthousiaste à l’idée de voir d’autres femmes faire leur place. “Avec la présence des femmes aux responsabilités, on peut dire que les élus sont plus représentatifs de la population. Les femmes ont des sensibilités que les hommes n’ont pas et quand il faut prendre certaines décisions, leur présence influe sur les choix. Je crois que c’est bon pour la société.”
La bourgmestre de Neufchâteau regrette toutefois que les femmes ne se soutiennent pas suffisamment entre elles. “Au vu des résultats électoraux, on voit bien que les femmes n’ont pas voté pour les candidates, dit-elle avec un air contrarié. Les femmes auraient pu espérer un meilleur résultat. C’est dommage.”
A Neufchâteau, la nouvelle alliance majoritaire fait entrer une seconde femme au collège. Béatrice Thiémart-Clémentz deviendra échevine en janvier 2001. Un renfort féminin que la bourgmestre apprécie : “La présence de femmes dans les discussions est une bonne chose, il me semble que ça tempère les débats, ça les dépassionne ! Je pense que la nouvelle échevine apportera une sensibilité nouvelle au collège”.
La fonction de chef impose que l’on écoute ses concitoyens
Après six ans, Nelly Gendebien est reconduite au poste de bourgmestre. C’est une double victoire. C’est d’abord celle d’un groupe, c’est ensuite celle d’une femme. Ce succès, Nelly Gendebien le traduit comme une reconnaissance : “Cette réélection, c’est un signe d’encouragement à poursuivre le travail que nous avons entamé. Si les gens nous ont donné leurs voix, c’est qu’ils sont satisfaits, c’est qu’ils estiment que nous avons travaillé correctement. Pour ma
part, un second mandat en plus du premier, eh bien au total, ça fait une tranche de vie !”
Quand on interroge la bourgmestre sur le symbole de la “femme au pouvoir”, elle sourit : “Le pouvoir est un exercice difficile pour l’homme comme pour la femme. Pour ma part, je pense que ma nature féminine me prédispose à être plus à l’écoute de mes interlocuteurs. Les gens ont besoin d’être écoutés et d’avoir le sentiment d’être entendus ou compris. J’essaye de prendre le temps d’écouter mes concitoyens. Je pense que c’est une action importante pour la fonction
de chef de commune.”
Rouler sur le tandem gagnant
Durant la campagne, Nelly Gendebien s’est adressée à ses concitoyens au travers d’une lettre où elle s’est livrée telle qu’elle est. La population a été sensible à ce message. Dès lors on peut se demander si ce document a changé les rapports entre la bourgmestre et ses administrés.
“Suite à cette lettre, j’ai eu beaucoup de messages de sympathie. Les gens m’en parlent encore. Je pense en effet que ça m’a rapprochée de la population. Cette lettre a été un moyen d’expliquer comment je travaille, comment j’assume ma fonction. Et je crois que les gens m’ont reconnue au travers de ce document.”
On a souvent critiqué le manque de fermeté de la bourgmestre de Neufchâteau, mais elle s’en défend bien : “Je sais, je sais... On m’a souvent dit que je ne tapais pas assez souvent du poing sur la table ! Mais ce n’est pas mon genre. Il y a d’autres moyens de faire avancer les choses. Les méthodes douces ont aussi leurs vertus !” Visiblement, en enregistrant le second score de voix de préférence, la bourgmestre se sent confortée dans sa manière de travailler.
Avec son échevin, Guy Lescrenier, la bourgmestre forme le tandem gagnant. A eux deux, ils pèsent deux mille voix. “Le collège sortant n’a pas été sanctionné. Avec autant de candidats pour dix-sept sièges à pourvoir, nous n’espérions pas un tel résultat. Le bilan est positif.”
Mangez du pollen !
Mais quelle est la recette de Nelly Gendebien ? Un discours positif, un travail d’équipe ou un enthousiasme certain ?
“Ah (rires) ...je pense qu’il faut d’abord aimer ce que l’on fait, c’est valable pour tout ! Il faut savoir aussi travailler en équipe, être tolérant et aller de l’avant. Vous pouvez avoir de la méthode et des bonnes idées, si vous n’avez pas d’équipe, vous êtes seul et vous avez vite fait de vous épuiser.”
Et quand vous demandez à Nelly Gendebien où elle puise toute son énergie, elle vous répond : “Quand je me mets au lit, je ne pense plus à rien et je dors. Le corps et l’esprit ont besoin de repos. il faut savoir faire le vide pour retrouver son énergie. Et puis, mon petit secret, c’est une cuillerée de pollen de fleurs tous les jours au matin avant le déjeuner...”
“Vous savez, il n’y a pas que l’énergie... il faut aussi du temps. Si je me suis investie dans la politique, c’est parce que mon emploi du temps me le permettait. ça n’a pas toujours été le cas durant toute ma vie. Je pense qu’il est plus difficile pour une femme de s’engager en politique que pour un homme. Tant qu’elle n’est pas libérée de sa charge familiale, la femme est toujours confrontée à des concessions. La politique exige beaucoup de temps et d’engagement de
sa personne, c’est d’autant plus difficile pour une femme mère de famille. Je pense que c’est ça qui freine l’engagement plus massif des femmes.”
Nelly Mathieu-Gendebien ne briguera pas un troisième mandat de bourgmestre. Dans quatre ans, elle passera l’écharpe mayorale à Yves Evrard, suivant un accord préélectoral. Une façon de pousser la relève et d’encourager la jeunesse. Mais elle ne compte pas pour autant se désengager. Et puis chaque chose en son temps... “Nous avons encore six années de travail devant nous et toute notre équipe est bien décidée à poursuivre les projets que nous avons mis en chantier. Neufchâteau
a besoin de renouveau et cela se prépare, ça se construit tous les jours ! Mon objectif, c’est de pousser le plus loin possible les nouveaux projets pour voir Neufchâteau retrouver un enthousiasme général !”
Propos recueillis par Olivier Weyrich
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