28 octobre 2004 - n°246, 247, 248, 249, 250, 251, 252 et 253


Retrouvailles, soixante ans après

Décembre 1944 ! Les temps changent et l’Offensive allemande sur l’Ardenne se déclenche.

Retrouvailles, soixante ans aprèsSibret voit arriver la 28th Infantry Division US en déroute depuis le grand-duché de Luxembourg, immédiatement suivie de la 5.Fallschirmjäger Division allemande qui repousse la 28th et s’empare de Sibret. Cela se passe le 20 décembre 1944 et les Allemands s’installent à Sibret pour une dizaine de jours.

Sibret a déjà été bombardé mais rien de commun avec ce qui va bientôt tomber sur la tête de ses habitants à partir du 27 décembre ! Les Américains en effet préparent le terrain pour la reconquête.

Sibret s’enflamme, les maisons s’écroulent, de nombreuses victimes civiles tombent sous les bombes et les obus.

Les habitants ne savent plus à quel saint de vouer. Faut-il s’enfuir ou faut-il rester en espérant des jours meilleurs ?

Les parents de Marie-Denise hésitent mais c’est finalement une bombe tombant sur la maison d’en face et tuant un de ses habitants qui va emporter leur décision. On s’en va ! Et voilà la petite famille sur les routes enneigées, qui tente de rejoindre Belleau pour se rendre chez des amis. Il leur faut deux heures pour parcourir les quelque deux kilomètres qui séparent Sibret de Belleau. Arrivés à Belleau… consternation ! La maison où ils comptaient trouver refuge est en feu elle aussi. La famille Thiry continuera son errance et aboutira finalement chez des connaissances à Remience. Elle va y rester plusieurs semaines car elle apprendra vite que sa maison de Sibret a subi de très gros dégâts.

La famille d’Yvette (M. et Mme François, Louis et Yvette) a fait le choix inverse. Ils ont décidé de rester. Ils ont toutefois dû quitter leur maison – trop endommagée – pour trouver refuge dans une cave voisine. La petite Yvette est littéralement terrorisée par les bombes ; elle pleure souvent. Mais bientôt, voilà les Américains qui arrivent et libèrent Sibret au grand soulagement des habitants.

Le front s’éloigne et Sibret devient petit à petit un endroit de repos pour les G.I’s. Au début janvier 1945, un groupe d’une quinzaine d’hommes appartenant à la HQ Company / 41st Tank Battalion / 11th Armored Division, arrivent en soirée et trouvent difficilement des endroits pour se loger. Ils y parviennent tout de même et s’installent comme ils peuvent pour un séjour de plusieurs jours. Parmi eux se trouve un certain Tom Czernek.

Après quelques jours, Tom a vite fait la connaissance de la famille François et celle-ci l’invite, un soir, avec deux ou trois compagnons, à une petite et très modeste soirée organisée pour apporter un peu de consolation à Yvette qui n’est toujours pas remise de ses frayeurs du mois de décembre.

Tom s’y rend avec ses copains et surtout, il n’oublie pas d’emporter… du chocolat ! Cette friandise – rarissime pour l’époque – a le don de ramener un petit sourire sur les lèvres de la jeune enfant et, du même coup, une amitié jaillit entre la jeune Yvette et son protecteur américain de 22 ans. La famille François se met à rencontrer Tom et ses amis de plus en plus souvent et elle leur trouve même à chacun un surnom. Pour Tom ce sera Gaston ! On échange des photos et on continuera à le faire après le départ de Tom pour l’Allemagne.

Car, bien sûr, la guerre n’étant pas finie, Tom et les autres doivent reprendre leur barda et repartir au combat.

Ils continuent à échanger, de temps à autre, des lettres avec la famille François. Mais celle-ci, ne trouvant pas d’autre solution pour se loger décemment et rapidement, décide de retourner dans une maison que la famille possède à Eupen. Ce déménagement coïncide plus ou moins avec la cessation de la correspondance avec Tom.

Exit donc les François de Sibret !

Et Marie-Denise dans tout cela ?

La famille Thiry reviendra de son exil forcé, mais seulement quelques semaines après la fin de la bataille.
À ce moment, les François ont déjà déménagé et la petite Marie-Denise, à son grand dam, ne retrouve pas sa meilleure amie. Elle est encore bien trop jeune pour pouvoir entamer des recherches par elle-même et ses parents ont bien d’autres soucis en tête pour pouvoir l’aider.

Tom Czernek finit la guerre en Autriche et il est bientôt démobilisé et renvoyé dans ses foyers aux U.S.A..

Et, doucement mais sûrement, le temps dépose son voile d’oubli sur les souvenirs de chacun des protagonistes de cette petite histoire si banale…

Quand ?

Août 2003 ! Un habitant de Sibret (Chenogne, plus exactement), Roger Marquet, est invité par la 11th Armored Division Association à participer à la Réunion annuelle de l’Association pendant sept jours, à Buffalo dans l’État de New York. Roger Marquet est depuis très longtemps un ami de la 11th Armored. et c’est à ce titre que le président, Frank Stout, lui a demandé d’assurer une causerie de 25 minutes lors du Memorial Service de ladite réunion.

Et donc Roger, accompagné de son épouse Monique, s’envole une fois de plus pour les U.S.A..
Et, là-bas, lors d’une soirée passée dans l’Hospitality Room de l’Adams Mark Hotel, en compagnie de plusieurs dizaines de vétérans et de leurs familles, Roger se fait aborder par un de ces vétérans qui lui dit :
« Je vois sur ta carte d’accès que tu es de Sibret. Je m’appelle Tom Czernek et j’ai séjourné à Sibret en janvier 1945. J’en ai d’ailleurs gardé des photos. Les voici, elles sont pour toi. Seulement j’aimerais que tu me rendes un service. Pourrais-tu essayer de retrouver la petite Yvette François, dont je n’ai plus eu de nouvelles depuis près de 60 ans ? »

Roger promet d’essayer et, de retour dans notre bonne terre luxembourgeoise, il se met « en chasse ».
En déambulant dans les rues de Sibret, Roger Marquet rencontre Marie-Denise qu’il ne connaît pas encore. Il entame la conversation en lui montrant les photos que Tom Czernek lui a données. Et, ô surprise! Marie-Denise se souvient de tout, de la bataille, de son amitié avec Yvette François, mais surtout – et là la surprise vire à la mauvaise surprise – elle raconte qu’elle n’a jamais plus eu de nouvelles de la famille François depuis la guerre ; elle n’a absolument aucune idée de ce qu’Yvette a bien pu devenir.
Roger Marquet rentre chez lui, assez déçu et surtout frustré d’être passé si près du but. Il se met alors à feuilleter des annuaires téléphoniques un peu au hasard et – miracle - il trouve un ou une François Y. dans l’annuaire 6b.

A tout hasard, il décide d’écrire en aveugle à Stavelot à ce Monsieur ou cette Madame François et… la suite, vous la devinez…

Yvette et Marie-Denise se sont revues pour la première fois depuis presque 60 ans, le 27 juin dernier. Cette rencontre s’est déroulée avec une émotion que n’arrivent pas à dissimuler les deux amies sur la photo ci-dessus.

Une bien belle histoire, non ? Surtout si l’on sait qu’en plus Yvette a repris contact avec Gaston (Tom Czernek) et que celui-ci fait des projets pour revenir en Belgique en mai 2005.

Quelles belles retrouvailles cela fera encore à Sibret ! Nous nous réjouissons déjà d’y être !

Yvette François et Marie-Denise Thiry viennent de se revoir pour la première fois après presque soixante ans, le 27 juin 2004, lors de la séance officielle de lancement du dernier livre de Roger Marquet, à la Salle « Les Berges du Bî » à Sibret.

R.M.

Roger MarquetPour rappel, Roger Marquet, un habitant de Chenogne, vient de publier un livre sur son village et le destin dramatique de celui-ci lors de la bataille des Ardennes. Très riche en témoignages, l’ouvrage de Roger Marquet raconte, jour après jour, le récit de cet épisode dramatique pour la région. Tout au long d’une centaine de pages, l’auteur fait le récit de la bataille des Ardennes vue de Chenogne.

En deuxième partie de son ouvrage, R. Marquet présente le résultat de son enquête sur l’exécution de prisonniers allemands à Chenogne. Enfin, dans la dernière partie, le lecteur pourra prendre connaissance de différents témoignages ou récits rapportés par des vétérans américains.

Du sang, des ruines et des larmes, Chenogne 1944-1945,

Weyrich édition, 160 x 240 mm, 196 pages, 131 photographies en noir et blanc, dont 8 cartes, en vente au prix de 25 euros.

Les vingt ans de la Ferme du Monceau

L’ASBL La Boîte à couleurs propose des animations pour associer les valides et les non-valides. Installée à la Ferme du Monceau de Juseret (Vaux-sur-Sûre) depuis 1990, elle offre un accueil pour partir à la découverte du patrimoine rural.

Le dimanche 12 septembre, elle organise une grande fête champêtre qui lui permettra de souffler ses vingt bougies.

Les vingt ans de la Ferme du MonceauAu début des années 80, quelques étudiants dans le domaine social lancent l’idée de créer des animations parascolaires associant les enfants valides et les moins valides. « Au début, on a trouvé une vieille ferme à Villeroux, se souvient Jean-François Felten. En 1984, on a créé la Boîte à couleurs parce qu’on proposait des activités artistiques. Dès cette époque, nous voulions mettre en rapport les valides et les moins valides. Au fil du temps, l’espace se réduisait et la ferme devenait de plus en plus vieille. Nous avons alors eu l’opportunité de venir à Juseret.

A Villeroux, nous avions une chèvre et un cheval. Ici, nous avons pu développer la ferme pour mettre le patrimoine rural à la portée de tous, comme on en a établi notre slogan. »

Depuis quatorze ans, l’ASBL La Boîte à couleurs a donc déposé ses valises dans le superbe château ferme du Monceau à Juseret. Enfin, superbe il l’est devenu au fil du temps. Au départ, une seule aile pouvait accueillir de l’animation. À présent, les travaux de réfection arrivent à leur fin avec la rénovation des façades intérieures. Des chèvres, des moutons, des lapins, des ânes, des vaches, des cochons et une douzaine de poneys sont à présent là pour le plaisir de leurs visiteurs.

Grâce à cela, l’ASBL développe un projet de ferme d’animation adaptée aux différents handicaps et accueille en toute saison des groupes d’enfants, de jeunes ou adultes, handicapés et valides. L'hébergement d’une cinquantaine de lits est modulable pour deux ou trois groupes et est équipé pour l’accueil des moins valides. L’équipe pluridisciplinaire de la ferme est composée actuellement de dix-huit personnes (équivalant à treize et demi pleins-temps) qui organisent chaque année près de 9000 journées d’animation et 5500 nuitées avec un accueil de plus de 50 % de groupes de personnes handicapées.

« Nous nous concertons avec les enseignants ou les accompagnants pour proposer le programme le mieux adapté, précise M. Felten. Deux activités sont cependant immuables : la traite des vaches ou des chèvres et le soin et l’alimentation du bétail. Nous proposons ensuite de faire du beurre, de travailler la laine, de moudre la graine, de fabriquer le pain et de cuire au four, de visiter le potager pour une sensibilisation à une bonne alimentation, une balade en calèche, la pratique de l’équitation. Nous avons également développé une animation nature. Notre dernière réalisation est d’ailleurs un caillebotis au travers de la réserve RNOB toute proche et qui permet de découvrir la nature.»

Malgré ce gros travail, le groupe n’a pas oublié son objectif de base : établir des liens entre les valides et les moins valides. « L’intégration des personnes handicapées et l’apprentissage des différences sont des choix importants dans la ferme. Nous voulons toujours associer les deux groupes, mais il faut préparer cette rencontre. On leur demande de prendre contact l’un avec l’autre avec la visite à la ferme. Après cette première phase d’apprivoisement, la ferme constitue un terrain idéal pour des enfants qui n’ont pas l’habitude de se côtoyer. La relation avec l’animal et les activités qui touchent à la terre les passionnent tous.»

Cette année, le projet fête donc ses vingt ans, un cap qui se célèbre. Et les membres de l’équipe ont d’ailleurs décidé de souffler ces bougies lors de la grande fête champêtre bi-annuelle qui aura lieu le dimanche 12 septembre prochain. « Nous voulons mettre à l’honneur l’histoire des gens de la terre que nos ancêtres furent et que nous sommes tous un peu. Pour cette fête, nous sommes également en partenariat avec différentes associations en contact avec les personnes handicapées (Gamah, Plain-pied, SISW, ONA et La Lumière). Durant cette journée, vous pourrez découvrir des scènes d’antan, la fabrication du pain, du beurre, le travail de la laine, des céréales, le tressage des cordes, le soin des animations. Des troubadours, des jongleurs et des jeux anciens amuseront les petits et les grands. Le groupe Gena et Magonette et les boniments de la Compagnie Sapiens égayeront également la journée.»

Un beau rendez-vous pour saluer le travail de partage mutuel.

T.L.

On a soufflé quarante bougies!

Communauté française de SibretDepuis quarante ans, l’école de la Communauté française de Sibret accueille plus d’une centaine d’enfants venus non seulement de la commune de Vaux-sur-Sûre, mais aussi des autres entités de la région. Une occasion unique de faire la fête et de se retrouver entre anciens de l’établissement.

L’école de la Communauté française de Sibret (Vaux-sur-Sûre) était en effervescence le samedi 23 octobre. En effet, c’est ce jour-là que les élèves et les professeurs de l’établissement ont décidé de fêter ses quarante ans. Les animations ont été nombreuses et ont permis aux jeunes et aux moins jeunes de replonger dans leurs premiers pas scolaires.

C’est donc en 1964 que les autorités politiques décident de lancer une école de l’Etat dans le village de Sibret. Les débuts sont difficiles; six familles décident néanmoins de se lancer dans la grande aventure. En peu de temps, un premier bâtiment voit le jour et accueille lors de la rentrée vingt-huit élèves répartis en une classe de primaire et une autre en gardienne. Les anciens se souviennent de ces premiers pas. «Les premiers pas n’étaient pas très confortables, souligne la directrice Mme Jeangout.

Pour se chauffer, il n’y avait que deux poêles à bois que l’on avait prêtés à l’école. Ils étaient alimentés par des morceaux de piquets récupérés de-ci delà. Le téléphone se trouvait dans le café chez Gilberte et l’entreprise Gresse avait fait crédit pour le charbon.» Pour tenter d’attirer des élèves, les premiers membres de l’équipe ont fait du porte à porte en expliquant les qualités de leur établissement scolaire : repas organisés le midi, un bus pour aller chercher les enfants, la gratuité des fournitures scolaires, un professeur de religion. Petit à petit, les élèves répondent à l’appel, passant de 28 à 103 en cinq années.

Les bâtiments ont également évolué, des ailes sont venues compléter la structure initiale avec une salle de gymnastique, un réfectoire… Des améliorations et des jeux ont également vu le jour dans les abords de l’école. A présent, l’école de la Communauté française rassemble quelque 136 élèves répartis en deux classes de maternelle et cinq classes de niveau primaire. Les enfants viennent non seulement du village de Sibret et de la commune de Vaux-sur-Sûre, mais également des communes avoisinantes. Patricia Jeangout a tenté de comprendre pourquoi les parents plaçaient leurs enfants dans son école, malgré parfois les distances qui les réparent de l’établissement. «Ils parlent avant tout de la réputation de l'école et de son enseignement. Nous avons avant tout le respect de la personne.

Le plus important, c'est la gentillesse, le reste viendra par la suite. Dans un respect réciproque, on sait faire du bon travail. Nous apportons un profond respect à tous ; on ne va pas isoler un enfant qui ne s'en sort pas. On veut donner leur chance à chacun. Peut-être que les enfants qui ont besoin de plus d'aide viennent plus facilement chez nous.» Finie donc l’époque où on venait à l’école de l’Etat pour échapper à l’enseignement communal généralement considéré avec une connotation catholique.

Les enseignements, les élèves et l’Amicale s’étaient associés pour faire la fête à la Virée du Renard le samedi 23 octobre. Des anciens avaient retrouvé des vieux bulletins, des travaux de broderie, de tricotage, ou encore de couture. D’autres avaient retrouvé des photos de classe, d’animations ou de voyages réalisés avec l’école ou encore des articles de presse relatant les activités de l’école. Cela a également été l’occasion de faire découvrir différents espaces de l’école, inconnus du grand public (bibliothèque, salle informatique…).

Le bourgmestre et les échevins de Vaux-sur-Sûre, le ministre wallon Philippe Courard et des édiles des communes voisines avaient également voulu apporter leur soutien à cette école lors de la partie académique.

Le soir, ils étaient plus de deux cents à participer au repas où les anecdotes et les souvenirs de leurs premiers pas dans la scolarité ont été légion. Une belle occasion de retrouver son âme d’enfant.

T. L.

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