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18 janvier 2002 - n°172


Les plans daction neige !
Dix, quinze ou vingt ! Oh là, trente centimètres de neige ! Et de la bonne en plus. De la bonne neige à ski. A vous donner lenvie de sillonner la campagne en chantant pendant des heures. Pas de chance, le gsm sonne. Le temps dattraper lagenda, sortir la voiture, déposer les enfants à la crèche, le grand au stage de dessin
ce sera juste, juste pour arriver au travail !
Cest ainsi quon se retrouve tous dans la rue. Lun dégage son trottoir, lautre sa voiture. Un troisième essaie de démarrer avec un copain. Cette pince, cest sur la borne rouge ou la borne bleue de la batterie ? On va tous être en retard ! Les enfants se lancent des boules de neige
ils vont être malades
et tout le monde sénerve, critique les services communaux. Les bourgmestres, échevins et compagnie en prennent pour leur grade et la journée commence à peine.
Neige ou pas, notre rythme de vie est là. Pas moyen de lever le pied et de passer à une allure dhiver
au ralenti. Mais comment cela se passe-t-il pour organiser le déneigement ? Cest ce que nous nous sommes demandé pour ce numéro
et Linfo adresse un tout grand merci aux services des travaux des différentes communes qui ont eu la gentillesse de répondre à quatorze questions à ce sujet, alors quils étaient tous sur les genoux !
Un plan daction
La neige et le verglas sont deux ennemis à combattre, mais pour organiser la bataille lorsquils débarquent, les communes doivent définir une tactique des mois à lavance. Dune manière générale, chaque entité prévoit une série de secteurs : par village, ou groupe de villages et un ou deux secteurs pour la ville. Chaque secteur doit être couvert par un engin : un tracteur ou un camion muni dune lame chasse-neige, dun système dépandage. Si la commune ne dispose pas dengins en suffisance, elle lance un appel doffre à des particuliers en possédant. Ces particuliers concluent un contrat avec la commune et sont rémunérés à la prestation.
Des zones prioritaires sont définies. Par exemple priorité I : les grands axes, les accès entre les localités, les abords décoles,
Priorité II : les centres de villages, les entrées déglises,
ainsi de suite.
En fonction des conditions atmosphériques et des prévisions, une personne responsable le chef des travaux ou le " responsable-neige " - donnera les ordres. Ce ne sont donc jamais les conducteurs de chasse-neige qui décident de partir, ni du travail quils vont effectuer.
Du matériel, des hommes et... un budget !
Une fois la liste du matériel dressée et les hommes recensés, la commune doit penser
au nerf de la guerre, cest-à-dire au budget " intempéries ", quon pourrait appeler budget " surprises " parce que personne nest capable de prévoir la météo des mois à lavance ! Les statistiques et les moyennes naident en rien. La preuve, nous venons de la vivre. Lheure de lhiver navait pas encore sonné que nous avions déjà essuyé une période de vents polaires et des averses de neige importantes. Nous avons eu notre Noël blanc, notre réveillon de nouvel an blanc aussi et même un retour à lécole
tout blanc. Qui a dit quil ne neigeait plus comme avant en Ardennes ?
Maintenant, une commune nest pas lautre et chacune a sa stratégie adaptée à son territoire.
Action spéciale à Libramont
Beaucoup lauront remarqué en circulant en voiture, Libramont reçoit plus de précipitations que Neufchâteau par exemple. A Verlaine, sil y a à peine quelques flocons sur la nationale, on voit quà cet endroit la neige commence à tenir. Cest normal, parce quon prend de laltitude, on arrive sur le plateau de Recogne. Ils ont plus de précipitations, des températures un rien plus basses et donc plus de neige à dégager !
A Libramont, il y a carrément un responsable-neige. La commune est divisée en douze lots. Chaque village est un lot et la ville est divisée en deux. Tout est pris en charge par des particuliers. Le responsable à douze plans en main et chaque particulier chargé du dégagement ou de lépandage a le sien. Sur ces plans, des zones de priorités I, II ou III sont indiquées. Ce système est au point depuis plusieurs années et en cas dintempérie, pas de problème
ça roule.
Dès le début de la saison hivernale, le responsable-neige est à laffût ! A la moindre annonce de neige lors dun bulletin météo, il est prêt à partir. Son travail consiste, notamment, à inspecter létat des routes. En cas de chute de neige qui tient, il circule dans tous les villages et dresse un état de la situation. Eventuellement, il donne lordre aux engins de démarrer.
Quand on voit la première lame attaquer la première couche de neige, le responsable sillonne déjà la campagne depuis une heure, une heure et demie.
Cette année, une action spéciale a été entreprise Grand-rue. Pour faciliter lactivité des commerces et le passage, la neige a été évacuée. Vingt à vingt-cinq camions de neige sont partis vers le champ de foire.
Etant sur le plateau, un ennemi supplémentaire est à surveiller : le vent. Dans des zones comme Wideumont, Remagne ou Recogne, une route bien dégagée peut être à nouveau comblée de neige quelques heures après.
Ski à volonté à Vaux-sur-Sûre
Comme finalement dans toutes les communes, il y a un plan hivernal qui concerne le verglas et le déneigement, avec un service de garde et dinspections nocturnes effectuées par le service des travaux. A Vaux-sur-Sûre le système est mixte. Une part est assurée par la commune et dans dautres zones, ce sont des particuliers. Mais ces entreprises ninterviennent quà la demande de la commune.
La commune utilise soit du sel, soit du laitier. Le laitier est un résidu broyé de lélaboration de la fonte en haut-fourneau. Vaux-sur-Sûre est divisée en six secteurs de déblaiement avec chaque fois, un engin par secteur. Lattaque normale est assurée par des particuliers et la commune utilise ses deux engins comme réserve pour assurer lappoint. Dans nonante pour cents des cas, le sablage est effectué avec un mélange de sel (30 %) et de laitier (70 %).
A lexception de sept chemins agricoles, ils dégagent lensemble du réseau reliant les entités entre elles.
Ils sont très attentifs à ce que les accès soient possibles pour les services de secours, médecins, vétérinaires, facteurs et ils mettent un point dhonneur à ne pas oublier les isolés.
Ils ont un nombre impressionnant de kilomètres de voirie, mais ils ne décident jamais de ne pas déneiger pour réduire la facture. La politique du " bon père de famille " est le maître mot.
Cette année une machine en panne et un opérateur malade ont engendré de petits soucis. Léchevin Daniel Collard tient dailleurs à dire : Je dois féliciter et remercier le personnel du service des travaux pour sa disponibilité et son courage à toute heure du jour comme de nuit. Même lors du long week-end du 22 au 26 décembre, où nous avons eu la principale offensive hivernale.
Sur le plan touristique, ajoute Daniel Collard, ces dernières vacances de Noël furent un succès. Le ski de fond de Hompré navait plus connu une telle affluence depuis de nombreuses années. Certaines journées furent dailleurs complètement saturées.
La neige a aussi de bons côtés. Mais il souligne toutefois : Je crois que nous ne devrons pas attendre longtemps avant davoir de gros problèmes à résoudre, car limportance des gelées de cette dernière quinzaine risque de causer de gros dégâts à nos voiries dès le dégel et les réparations à effectuer au printemps seront très lourdes.
Gare aux pentes à Léglise !
A Léglise, cest le même schéma sur six secteurs dont deux sont assurés par la commune. Cest un préposé communal qui se charge de la surveillance et qui donne le feu vert pour démarrer.
Ils dégagent les axes de liaison entre villages, les circuits des bus et les accès aux écoles en priorité, nous explique léchevin des travaux Pierre Gascard. Lorsque ce type de voirie est en ordre, les autres rues sont traitées. Lorsque les circonstances le permettent, le départ est donné très tôt (vers 4 heures) pour que le réseau routier soit en ordre lorsque les gens partent au travail. Sur chaque secteur, 2 h30 sont nécessaires pour nettoyer les routes de première priorité. Normalement tout est dégagé, sauf lun ou lautre chemin agricole, mais il arrive quil faille interdire laccès à certaines routes et proposer des déviations lorsque des tronçons trop exposés au vent sont encombrés de congères qui se reforment après le passage du chasse-neige.
Certains endroits, comme dans le village de Vlessart, doivent être traités avec une attention particulière par le service technique, en raison des terrains très pentus.
Cette période, il y a eu beaucoup de pannes avec le matériel dépandage. La surcharge de travail a été répartie aux engins valides pendant la réparation du matériel défectueux.
Le service dhiver fonctionne bien dans la commune, précise Pierre Gascard : Létat des routes peut être considéré comme satisfaisant. Au niveau budgétaire, il nest pas possible de faire plus sans mettre en péril dautres réalisations.
Touristes à la fête à Herbeumont
Trois véhicules communaux se répartissent trois secteurs. Ils commencent par les priorités : les chemins daccès et de sortie des localités, les chemins amenant chez les médecins et les chemins en pente forte. Normalement, ce sont des ouvriers communaux qui sont chargés du travail, mais cet hiver, il a fallu appeler le renfort dun particulier pour des points difficiles. Hors véhicules, des ouvriers communaux dégagent les abords des écoles, des églises à la main.
La tactique est le chasse-neige en premier, du sel sur les chemins en forte pente et du laitier dans un deuxième temps sur les routes qui deviennent glissantes et plus particulièrement aux endroits dangereux comme les tournants.
Des tas de laitier avaient été déposés à lintention des habitants, mais ils nont quasiment pas été utilisés. La neige les recouvrait, on ne les voyait plus et quand on finissait par les trouver, ils étaient gelés.
Les conditions ont été difficiles. Des ouvriers communaux ont accompagné le service de ramassage des ordures, nous explique Thierry Masson, léchevin des travaux, pour les aider à avoir accès aux habitations. Sur certains tronçons faisant double emploi, la commune a choisi de ne pas déneiger en signalant à chaque extrémité à ceux qui les emprunteraient quand même quils passaient à leurs risques et périls.
La commune a beaucoup de mal à tenir les routes en bon état parce que les chemins en pente sont très nombreux. Il y a eu un moment où le personnel était tellement fatigué par le déneigement quil a fallu demander à un privé dépandre du laitier. Mais pendant ce temps, les touristes étaient à la fête !
La trémie casse à Neufchâteau
Comme dans les autres communes, Neufchâteau travaille selon un plan préétabli. Daniel Mertz, lagent technique en chef aux travaux, nous explique que quand on donne lordre de démarrer avec les engins, cest chaque fois une décision difficile à prendre. Des données sont rassemblées sur létat des routes, ce nest jamais un ordre donné au hasard, mais toujours bien réfléchi. Mais la difficulté majeure cest de chaque fois bien considérer le matériau neige en soi. Une fois cest de la poudreuse qui vole, une fois cest de la neige plus humide qui se compacte. Dune période à lautre, ladaptation est spécifique. Il faut éviter de passer deux fois au même endroit, parce quil y a le budget de la commune en jeu. Parfois on prend une décision de démarrer et deux heures après les données ont changé ! On essaie toujours de procéder pour le mieux.
Comme ailleurs, le plan de bataille défini, il y avait toujours la nécessité de sadapter aux conditions du moment. Les ouvriers communaux ne sont jamais que des hommes face à lélément naturel neige.
Cette année, la trémie pour épandre sest cassée : catastrophe ! Apparemment la réparation est impossible. Lachat dune autre, cest tout de suite 12.500 E. Comme nous le confie Jean-Marc Husson, le receveur, pour cet hiver, ce ne sera pas triste !

La commune na quà... !
Dune façon unanime, les services des travaux sont contents du travail réalisé, mais ils formulent tous la même remarque. Ils sont déçus de certaines réactions. Ils trouvent que les gens sont trop exigeants, quils demandent plus
toujours plus. Des routes impeccables, des trottoirs dégagés, un service plus rapide
sans débourser un euro supplémentaire ! La commune na quà
est dans toutes les conversations. Une voiture est dans le décor, on accuse la commune ! On explique que dans telle autre cest mieux.
Coup de gueule des déneigeurs ! Lhiver, ça se prévoit et les portefeuilles des communautés ne sont pas sans fond !
Un responsable témoigne : en cinquante mètres, on a remis quatre fois la même voiture sur la route. Elle nétait même pas équipée de pneus neige. On nous accuse tout le temps, à la fin on avait envie de la pousser avec le chasse-neige !
Un autre explique : les gens doivent quand même bien comprendre quon est en Ardenne. Ce sont des conditions climatiques normales. Ce nest pas difficile de se lever vingt minutes plus tôt et de prendre sa pelle à neige pour dégager un peu devant chez soi. Nous on est bien sur les routes en pleine nuit !
Morale de lhistoire
des précautions, de la patience et de la compréhension. Prendre la vie du bon côté !
©Photo Arnaud Quaranta

La neige en chiffres
A Libramont, les engins roulent à 50 € lheure et le budget annuel est à coup de millions, variant chaque année.
A Vaux-sur-Sûre, un budget de 25.000 € est prévu pour le service dhiver. Mais le montant sélevait déjà à 27.500 € pour ce mois de décembre.
A Léglise, un montant est estimé sur base des statistiques des années précédentes. Il ny a pas de report dannée en année. En cas de modifications, le poste doit être modifié au budget. Cela donne de bonnes ou de mauvaises surprises. Mais lestimation varie très fort suivant la rigueur de lhiver.
Cela varie entre 10.000 € et plus de 50.000 €.
A Herbeumont, un budget suffisant est prévu. Pour 2002, il se chiffre à 3.700 €.
A Neufchâteau, en 2001 un budget dun million de francs était disponible. A lheure actuelle, 984.000 francs sont déjà partis, mais toutes les factures ne sont pas encore rentrées. Pour 2002, la même somme, 24.789,35 €, est prévue. 4.000 € sont déjà engagés. Ce budget ne couvre que lachat du sel, du laitier et les heures prestées par des indépendants pour le déneigement ou le traitement des routes.
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