18 janvier 2002 - n°172

Herbeumont

Chapelle castrale et la vieille église

Comme à son habitude, “Le Saglé”, trimestriel d’Herbeumont, livre à ses lecteurs bon nombre de récits historiques. Dans son numéro 57, du premier trimestre 2001, Jean-Marie Lamotte présente le résultat de ses recherches sur l’ancienne chapelle castrale et la vieille église d’Herbeumont. En voici un large extrait.

Vue extérieure de l’ancienne égliseEn 1570, Herbeumont possédait une chapelle, annexe de l’église d’Orgéo (1: E. Tandel – p.181). On y administrait tous les sacrements. Le nombre de communiants s’élevait à cent. Le patron de la paroisse était saint Nicolas. Le chapelain, Jean Moyen, devait dire la messe les dimanches et les jours de fête. Le prieur de Chiny percevait deux tiers des dîmes, le chapelain, un tiers. Ce dernier disait deux messes par semaine et bénéficiait de notamment trois voitures de foin. Cette petite chapelle se trouvait sur un terrain jouxtant le Pâquis de Champillon.

L’ancienne église : historique

Dans le cimetière actuel, se dressait l’église dont la construction débuta le 18 juin 1629. Le clocher était dressé pour le 13 octobre. Fin octobre, fut rependue et remise la cloche au son de laquelle, avec jubilation, accourt le peuple. Le jour de la Saint-Nicolas 1630, l’on y a célébré la première messe et rapporté solennellement de la chapelle castrale le Saint-Sacrement. L’église comprenait une annexe dénommée “le chapistrai”, provenant probablement d’une ancienne chapelle démolie, se trouvant à l’endroit du nouvel édifice.
Devant le charnier se trouvait une tombe, sur laquelle il était écrit: “Ici Jehenne de Ligny, femme à Guy, châtelain d’Herbeumont, laquelle trépassa le 1/1/1478.” Ce monument, en pierre jaune de Gaume, fut élevé de terre lorsqu’on fonda la première fois l’église. Fin du XIXe siècle, cette stèle servait de pont pour accéder au cimetière.
Une visite décanale effectuée en 1727 par quelques ecclésiastiques dans les paroisses luxembourgeoises du doyenné d’Ivoix (Carignan) et relatée par Louis Lefebre, nous livre de précieux renseignements.
“Le vicaire actuel Jean Roberty a été nommé curé d’Orgéo. Mais c’est le sieur Jean Devaux, prêtre approuvé “ad tempus” qui dessert ladite paroisse à cause de la caducité du sieur Roberty. Le vicaire a pour rétribution, la part de la dîme appartenant au curé d’Orgéo. Les décimateurs, les Pères Jésuites de Luxembourg pour 3/5, les deux autres cinquièmes étant abandonnés au vicaire. L’église est en assez bon état, à l’exception du pavement du chœur. Les vases sacrés sont en “suffisance”, à l’exception de la “remontrance” qui est défectueuse. Il y a un calice dont la coupe est d’argent et le pied de cuivre. Il y a aussi un calice en étain, mais nous interdisons de s’en servir pour le sacrifice de la messe. Il n’y a point de sacristie. Il faut en construire une. Il y a un marlier qui “tire” un bichet de seigle de chaque habitant et 30 écus en argent de trois livres moyennant quoi, il est obligé de dire la messe les dimanches et les jours de fête, et suivant les intentions; enseigner les enfants gratis l’hiver et l’été. La fabrique a pour revenus environ 30 écus monnaye de France, sur quoi, elle est obligée de payer environ 18 écus pour les anniversaires, pain et vin que le vicaire fournit pour le saint sacrifice. Les fonds consistent en morceaux de terres et prés qui se louent chaque année. Il y a quelques brèches au cimetière, lesquelles seront réparées incessamment afin que les bestiaux n’y puissent entrer et sera, copie des présentes, délivrée par notre secrétaire au dit vicaire pour faire lecture à son prône”.

En 1753, les Herbeumontois, de religion catholique, devront rétablir à neuf la maison curiale et faire refondre leur cloche pour la convocation du peuple au service divin. Ne pouvant satisfaire à cela par eux-mêmes, à cause de la misère de la plus grande partie d’entre eux, ils vendront une petite portion de leur bois à la Fortelle, d’une contenance de 30 arpents.

Vue intérieure de l’ancienne égliseUn dimanche de 1887

“Herbeumont, dimanche. Du soleil. La cloche claire de la grand-messe. Les hommes, avant de pénétrer dans l’église, finissent leur pipe, en groupes graves ou bien alignés contre le mur du cimetière qui domine la Semois. Une petite église blanche où la lumière crue éclaire les fleurs artificielles, les dorures et les anges aux joues rouges de la chaire. Et des jeunes gens, les chantres, qui chantent les paroles latines avec le terrible roulement si caractéristique de l’accent herbeumontois. Maintenant, les groupes se dispersent par les rues et les hommes gagnent les auberges.”
(Extrait de “ Pays Wallons”, page 89,
G. Deleau)

Juillet 1903, la vieille église va disparaître.

Vue du jubé. A droite, on devine la chaire à prêcher“La vieille église du village va disparaître. Celle qui doit la remplacer est en construction déjà. Elle est située en face de l’autre. De sorte que l’ancienne peut voir sa rivale monter, de jour en jour, peu à peu, pierre par pierre. De sorte qu’elle se voit mourir. Elle était trop étroite aussi, et elle n’était pas assez confortable, cette vieille église. Le curé ne montait plus en chaire depuis longtemps de crainte de sombrer avec elle sur la tête des paroissiens. Mais elle avait un parfum si rustique! Oh elle n’avait aucun style, c’est vrai, c’était une maison comme les autres, blanchie à la chaux, plus grande seulement, et qui expliquait bien “l’advinette” des enfants: une grande maison sans cheminée! Mais, elle était si vulnérable! Les vieilles dalles d’ardoises étaient usées par tant de vieilles et de vieux! A force de lumière calme sur leurs oreries, les vilains saints de plâtre devenaient presque charmants; vraiement, elle avait l’air d’une vieux joujou bien épousseté…Et rien que deux simples petites portes basses peintes en vert et semées de gros clous; le cimetière est autour et la Semois tout en bas.
C’est fini. Dans le gâchis du chantier, l’autre élève ses murailles romanes, vaste, robuste comme une forteresse. Coiffé d’un chapeau de paille noir, le curé, au milieu de la nouvelle, sous le ciel encore ouvert, dirige le travail, en fumant un cigare! Quand nous reviendrons, après une longue absence, nous ne reconnaîtrons plus le village, car ici, comme partout, l’église en avait fixé l’image dans notre souvenir. Le clocher a, sur le regard, une grande influence; c’est le “nez” du paysage. Et il nous semble que cette petite silhouette disparue, c’est tout le paysage qui disparaît…et que c’est aussi une page de l’existence d’Herbeumont qui se tourne, une page de son passé silencieux et naïf…”.
(Extrait de “Wallonia”, page 184.)

“Le Saglé”, bulletin trimestriel, organe des “Retrouvailles Herbeumontoises”.
Abonnement annuel : 7,44 euros
Compte 000-0467992
Informations : Julien Gengoux
Rue du Château 2 à Herbeumont
061 41 35 15

Légende
Photo 1 : Vue extérieure de l’ancienne église
Photo 2 : Vue intérieure de l’ancienne église
Photo 3 : Vue du jubé. A droite, on devine la chaire à prêcher.

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