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18 janvier 2002 - n°172


Donner la parole aux arbres
Dans les bois, les chants doiseaux jaillissent de partout. Le vent siffle et souffle. Les brindilles craquent sous les pas. Leau des sources claque et rebondit dans les ruisseaux. Une biche détale
Allez entendre les scolytes qui grattent sous lécorce ou plus
le discours des arbres !
Cécile Bolly na aucun mal pour discerner la conversation de la chouette des cris des premières feuilles, le vol dune demoiselle de la respiration régulière dun arbre qui sommeille. Cest un don, cest sûr !
De la goutte qui perle dun bourgeon à limmense douleur de pousser dun arbre brisé, elle perçoit les sentiments forestiers, les capte et les fixe sur pellicules depuis une dizaine dannées
elle collecte aussi des phrases dauteurs
et voilà, un livre est né ! Un beau livre, à lire à lendroit ou à lenvers.
Derrière ces pages que lon tourne, il y a tout un travail dapproche de la nature, une façon de la regarder et un souhait de la partager. Sil fallait y ajouter un élément, Cécile y déposerait des notes de guitare classique, du pipeau, des chants doiseaux
et la musique du silence.
Se laisser inviter par les arbres
Les arbres nappartiennent pas aux hommes, ni lhomme aux arbres. Les liens sont plus subtils. Notre vie est liée à celle des arbres et des autres plantes vertes pour loxygène quils nous fournissent, par la biodiversité, par la beauté et par la symbolique : lenracinement, la verticalité, lunion du ciel et de la terre
Lhomme a besoin des arbres dans sa vie quotidienne pour se chauffer, se meubler et larbre a besoin que lhomme le respecte et préserve le milieu dans lequel il peut vivre. Cela ne veut pas dire quil faille jardiner la nature et cultiver les forêts : cest aussi de hasard, de régénération naturelle, de spontanéité, de milieu sauvage dont il est question !
Il faut prendre le temps de rencontrer les arbres, de se laisser inviter par eux. De vivre dans leur intimité. Cest magique alors, et il y en a des choses à découvrir !
Un cahier
se trouve à la fin du livre, illustré de dessins magnifiques, pour aborder larbre dune autre manière, pour multiplier les points de vue qui donnent envie de le connaître, de lapprocher, de le respecter. Pour inviter à lécoute de la nature, à la collaboration.
Un livre aux objectifs multiples
Au fil des pages, seuls une demoiselle et un escargot viennent distraire le lecteur
et encore, ils sont sur des feuilles darbres. Le thème, cest lArbre
alors pas un oiseau, pas un tracteur dans une prairie, pas un enfant
Cécile voulait vraiment associer la beauté de la nature et donner un point de départ à une série de réflexions, nourrir à la fois le regard et lémotion, mais aussi lesprit. Et si lInfo lui demande si elle est touchée par les problèmes de gestion des forêts dans le monde, elle nous répond : Oui, beaucoup et je regrette que cette gestion se fasse surtout en termes de rentabilité financière à court terme plutôt quen investissement environnemental à long terme. Il ne faut pas verser dans lutopie, une certaine rentabilité est nécessaire, mais comme toujours lhomme veut prendre le pouvoir, dominer, maîtriser. Et sil apprenait à collaborer avec la nature ? Sil prenait le temps de lobserver pour en tirer des leçons ? Des leçons de vie, dailleurs
A mon avis, la terre serait encore bien plus belle
Et ce nest pas vrai que pour le reste du monde : on peut déjà commencer en Ardenne. Cest pour cela que lengagement de nombreux naturalistes et de nombreuses personnes est nécessaire !
Voilà donc un beau livre aux éditions Weyrich, dans lequel chaque page est une porte qui souvre vers une notion, un espace ou une subtilité de la vie.
B. H.
Le livre est vendu dans toutes les bonnes librairies et aux Editions Weyrich au prix de 31,98 €.
Tél. 061 279 430

Questions à Olivier Weyrich, léditeur
LInfo : Le petit garçon qui se disait : " Quand je serai grand, je serai imprimeur ! " simaginait-il les doigts pleins dencre, sortant de grandes feuilles dune presse ou concevait-il déjà lusage de linformatique ?
Olivier Weyrich : Quand jétais petit garçon, jignorais tout du monde de limprimerie. Aujourdhui encore, beaucoup de gens connaissent mal cette industrie. Il faut dire que ces entreprises ne sont pas très nombreuses. Jai vraiment découvert ce métier à lâge de quatorze ans. Quelques années plus tard, jen faisais mon métier. Lors de mes premières années détudes en imprimerie, on enseignait encore la typographie, la fameuse technique dimpression en relief. Quand jai quitté lécole, les premiers Macintosh arrivaient sur le marché. Ces ordinateurs allaient révolutionner le monde graphique.
LInfo : Léditeur imprime-t-il aussi ou doit-il donner ce travail dans une société spécialisée ?
O. W. : Limpression de livres nest pas la spécialité de toutes les imprimeries. La réalisation dun livre fait lobjet dune succession dintervenants. Limprimeur en est un comme le relieur. Notre maison dédition compte un bureau de composition. Cest chez nous quest imaginé le livre. Cest nous qui assurons le travail de mise en pages et de composition. Notre job consiste à préparer très rigoureusement ce que limprimeur va devoir reproduire.
LInfo : La maison propose des livres, mais aussi des imprimés, des enveloppes, et dautres produits. Pourquoi cette diversité ?
O. W. : On ne se lance pas dans lédition de beaux livres sans posséder une bonne connaissance du métier. Editer un livre, cest ouvrir un chantier important et cela ne se fait pas à laventure ! Le commerce du livre nest pas facile, cest pourquoi il vaut mieux être prudent et posséder plusieurs cordes à son arc. Pouvoir produire de belles choses et faire des choix qui plaisent au public.
LInfo : Editeur, cest un métier de coups de curs ou un métier dhomme daffaires ?
O. W. : Je pense quil faut avoir un esprit douverture et posséder le sens du commerce
et aimer les livres.
LInfo : Existe-t-il une école pour apprendre à distinguer les produits qui vont marcher, à optimiser les risques, à choisir le bon papier et le bon format au bon moment ?
O. W. : Ce sont des choses que lon apprend au fil du temps.
LInfo : Dans notre civilisation rapide et informatisée
le livre a-t-il encore une place de choix ? Ou éditer est un choix
de " faire sa place " ?
O. W. : Selon moi, et je pense partager cette idée avec beaucoup de gens, le livre a encore de beaux jours devant lui. Parce que posséder un livre, cest comme posséder un bel objet, ça dépasse le simple besoin de lecture.
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