18 octobre 2002 - n°186 et 187


Le boulanger ouvre son atelier

Le boulanger ouvre son atelierCe 6 octobre était consacré à la “Journée Découverte Entreprises”. Dans notre région, trois sociétés ouvraient leurs portes, une marbrerie à Libramont, une boucherie à Recogne et une boulangerie à Vaux-sur-Sûre. C’est dans cette troisième entreprise que notre journal est allé passer le bout du nez. Probablement attiré par la bonne odeur du pain !

Deux cent quarante-trois, c’est le nombre maximum de pains que le four peut avaler par fournée. Bernard Mignon, le boulanger de Vaux-sur-Sûre, vient de les compter. Il a compté les pains parce qu’il était tout seul dans son atelier et quand il est tout seul, il se met à penser. A réfléchir à tout. Dès une heure trente du matin, il jette sa farine dans le plus grand des pétrins, l’eau tiède, la levure. Le grand crochet remue la pâte une vingtaine de minutes. Pendant ce temps-là, il faut réfléchir : le nombre de tartes au sucre, les fruits, les brésiliennes et toutes les pâtisseries... La pâte est placée dans la diviseuse, boulée par la grosse machine infernale et posée soit sur une toile géante, soit dans des moules en tôle noire graissés. Tous les pains sont rangés sur un grand chariot qui file dans la chambre de fermentation. En une nuit, Bernard fait deux cents, quatre cents, parfois huit cents pains. Le week-end, c’est le gros rush sur les tartes. “Ici, les gens mangent plus de tartes que de petites pâtisseries”, dit-il. Il doit aussi penser à la tournée des villages ; trois cent cinquante à quatre cents ménages attendent le passage de leur boulanger deux, trois fois par semaine. Il faut préparer deux énormes marmites de crème pâtissière pour qu’elle ait le temps de refroidir. Bernard réfléchit. C’est en réfléchissant ainsi, la nuit, qu’il a décidé de rénover son atelier, d’installer son four de dix tonnes à un endroit plus pratique. Qu’il a tourné et tourné dans sa tête toutes les machines pour qu’elles soient plus fonctionnelles. “Oh ! parfois, je les change encore de place !” dit-il en riant. Il a imaginé des allées et venues plus efficaces, de nouveaux investissements en matériel et la récupération d’une partie de l’ancien. Et il n’y a pas longtemps, il a décidé de participer à la “Journée Découverte Entreprises.”

Quel défilé !

Ce ne fut pas une mince affaire parce qu’il fallait travailler normalement devant les visiteurs, tout en réalisant des produits corrects et expliquer aux gens le fonctionnement des machines, le travail de boulanger. Il a ruminé l’idée des nuits et des nuits. Il devait penser à tout, d’autant plus que son épouse attendait un heureux événement. Mais pour lui c’était important de montrer à ses clients qu’il ne voit jamais d’habitude, puisqu’il est au four, ce qu’il a réussi à réaliser au bout de nombreuses années de labeur et d’acharnement.
Bernard a commencé comme apprenti, à quatorze ans. “Ah, au début, c’était dur, explique-t-il. On ne me donnait pas les plus belles occupations. Les premiers jours, je m’en souviens ! Mon patron m’avait donné des fraises à nettoyer. J’ai nettoyé des kilos de fraises. Après ce régime, comme j’étais toujours là, il m’a donné les moules à graisser. Alors j’ai graissé des moules, je ne faisais que ça. Il a fallu des mois avant que je ne touche de la pâte, mais j’ai tenu le coup. Je voulais être boulanger. J’ai fait tout l’apprentissage et ensuite j’ai suivi le cours de gestion. J’ai continué chez un patron et après j’ai racheté ici. J’ai imaginé comment créer un atelier fonctionnel et on l’a fait construire.”

C’est dans cet atelier récent que les visiteurs ont eu l’occasion de découvrir le métier de boulanger, de leur boulanger. Bernard et son épouse avaient commandé un chapiteau, des maquilleuses pour les enfants, toute une série d’activités étaient programmées. Mais quelle ne fut pas leur surprise de voir passer quasi huit cents personnes, probablement attirées par la délicieuse odeur, dans leur lieu de travail ! “Je suis d’une famille de neuf enfants et j’avais demandé de l’aide. Heureusement, parce qu’au soir on n’en pouvait plus. Mais c’était très intéressant, certains visiteurs n’avaient aucune idée de ce qu’ils allaient trouver ici. Le four, par exemple, avec ses six tonnes de pierres réfractaires, son circuit d’eau chaude sous pression et son système de chauffage au mazout en a étonné plus d’un.” Enfin, cette journée s’est déroulée pour le grand bonheur de tous. Maintenant, Bernard a repris son travail normal. Il compte les pains parce qu’il est tout seul et réfléchit à mille et un sujets tout en regardant les boules de pâte levée qui passent sous le rouleau du laminoir. Il jette une poignée de farine.

B. H.

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