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17 Janvier 2001 - n°152


Observation chiroptérologique exceptionnelle
à Libramont !
Patiente
inattendue ces dernières semaines à la clinique de Libramont : une sérotine
bicolore, observée pour la première fois en Wallonie, a probablement écho-localisé
le docteur Frédéric Forget, responsable du groupe “ Plecotus ”.
L’Info : Frédéric Forget, pouvez-vous décrire les circonstances de cette
observation exceptionnelle ?
Frédéric Forget : Deux éléments expliquent la présence de la sérotine
bicolore dans la clinique de Libramont. Tout d’abord, il faut rappeler la date
de l’observation : le 30 novembre. A cette période, les chauves-souris hibernent.
Cependant, suite à un redoux climatique, ces animaux ont retrouvé une activité
qu’on pourrait qualifier d’estivale. C’est ainsi, par exemple, que dans le Centre
Ardenne une colonie d’oreillards est sortie de son quartier d’hivernation (n.d.l.r.
: ardoisières, grottes, caves…) pour gagner de nouveau son gîte d’été, à savoir
les combles d’une bâtisse. Peut-être en a-t-il été ainsi dans le cas de la sérotine
bicolore ?
Ensuite, il faut remarquer que les sites naturels de prédilection de ce petit
animal sont les falaises rocheuses dans lesquelles il peut trouver de nombreuses
anfractuosités. Or, qu’est-ce qui, dans la région de Libramont, ressemble le
plus à une falaise ? Un building, tel l’hôpital, bien entendu ! La sérotine
est entrée par une fenêtre restée ouverte durant la nuit, a voltigé dans les
couloirs puis a été interceptée et relâchée après avoir été observée et photographiée.
L’Info : D’où venait-elle ?
F.F. : La sérotine bicolore est une espèce migratrice capable d’effectuer
des déplacements de plus de mille kilomètres. Elle se reproduit dans des régions
plutôt froides : pays baltes, sud de la Suède et même dans les Alpes suisses.
Par contre, elle n’hiberne pas dans ces contrées. Aussi, l’individu signalé
à Libramont était peut-être de passage lors de sa migration ou ferait partie
d’une hypothétique colonie hibernant dans nos régions. Il est évident que la
sérotine est une espèce rare en Belgique : elle a été notée pour la première
fois à Ostende il y a deux ou trois ans, et l’observation de Libramont est la
première en Wallonie. Cela ne veut pas dire pour autant que cet animal ne soit
pas présent dans notre pays depuis plus longtemps et en plus grande quantité.
Comme le nombre de naturalistes s’attachant à l’étude des chauves-souris est
réduit (il y en a moins d’une dizaine pour la Province), les observations sont
également elles aussi limitées !
L’Info
: Il y a quelques années, un jabiru du Sénégal avait arpenté durant quelques
semaines des cours d’eau sillonnant la région de Libramont. Suffit-il d’une
seule observation pour affirmer que la liste des espèces animales ou végétales
présentes dans un pays s’enrichit d’un élément ?
F.F. : Il est évident que le jabiru en question est un oiseau exotique
qui n’avait rien à faire dans le coin : on ne peut donc pas à proprement parler
d’un enrichissement de la liste des espèces ornithologiques de Belgique. Par
contre, dans le cas de la sérotine bicolore, il suffit de jeter un œil sur la
carte de répartition de l’espèce pour extrapoler sa présence dans notre pays.
L’Info : Vous attendez-vous à voir l’atlas des chauves-souris de Belgique
s’enrichir prochainement d’autres espèces ?
F.F. : La 19e espèce – juste avant la découverte de la sérotine bicolore
– a été découverte il y a deux ans environ. En fait, tout le monde connaît la
pipistrelle, chauve-souris qui colonise fréquemment les greniers de nos maisons.
Or, grâce aux détecteurs d’ultra-sons, les chiroptérologues se sont aperçus
que des pipistrelles émettaient à 45 KHz et d’autres à 55 KHz. Grâce à des tests
génétiques, il a été prouvé qu’il s’agissait de deux espèces (pratiquement impossibles
à différencier au niveau de leur morphologie) différentes : la pipistrelle commune
et pipistrellus pygmeus (pas de nom français !).
L’Info
: Quelles vont être les suites données à la découverte de la sérotine bicolore
?
F.F. : L’été prochain, les membres de Plecotus se rendront à proximité
de grandes étendues ouvertes comme les étangs de la région de Libramont pour
tenter, à l’aide de détecteurs d’ultrasons, de repérer l’éventuelle présence
d’autres individus de cette espèce dans leur zone de chasse et - qui sait -
de découvrir une colonie ?
L’Info : Vous parlez de Plecotus. De quoi s’agit-il ?
F.F. : Plecotus est le nom de l’oreillard. C’est également le nom d’un
groupe de chiroptérologues qui, évidemment étudient les chauves-souris, réalisent
à leur intention des travaux de protection - tel l’aménagement d’une ardoisière
à Neufchâteau il y a deux ans -, et sensibilisent le grand public au respect
de ces attachants mammifères particulièrement utiles et causant si peu de désagréments.
En ce qui concerne l’aspect sensibilisation, Plecotus est la cheville ouvrière
de l’organisation en Wallonie de la “ Nuit européenne de la chauve-souris ”
qui, pour la troisième fois le dernier samedi du mois d’août, incitera le public
à faire plus ample connaissance avec le monde fascinant des demoiselles de la
nuit.
Propos recueillis par
Thierry Gridlet
RNOB Famenne & Famenne
photo 1:
LA SEROTINE BICOLORE
Taille assez grande : 30 cm d’envergure (pipistrelle commune = 20 cm)
Poids : 18 g, soit trois fois plus que celui de la pipistrelle
Dotée d’un pelage soyeux et de longs poils sur le dos qui se terminent pas de
très élégantes mèches argentées lui donnant un aspect givré, la sérotine bicolore
est considérée comme une des plus belles espèces de chauve-souris d’Europe.
Photo 2:
Frédéric Forget a participé, au cours d’un chantier organisé par Plecotus et
RNOB Famenne & Ardenne, à l’aménagement d’une ardoisière de Neufchâteau
en novembre 98.
Photo : Thierry Gridlet
Photo 3:
la présence de la Sérotine bicolore en Europe.
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