19 octobre 2001 - n°166 et 167


L’eau, enjeu de demain

à la claire fontaine, m’en allant...

Symbole de la pureté, des origines, la source jaillit en force ou affleure dans la discrétion. Elle est recherchée pour les vertus de son eau ou pour la musique qu’elle produit en sortant de terre. Tantôt utilisée pour la boisson ou comme force motrice, elle a valeur économique.

Warmifontaine, la Fontaine des chiens, Les Eaumonts, Marfontaine,… autant de noms de lieux ou de villages qui chantent l’eau. Les uns viennent remplir leurs bouteilles au chemin du Hays, les autres préfèrent l’eau de Grapfontaine. Les uns vantent telle source, les autres ne consomment que l’eau de telle autre.

La Fontaine de GrapfontaineDans la région, avant que le bourgmestre Charles Bergh ne fasse construire le réservoir de Neufchâteau, en 1880, et raccorder progressivement les habitations à l’eau courante, il fallait bien se rendre à la fontaine, au puits public ou encore à la rivière pour s’approvisionner en eau. On peut d’ailleurs encore aller observer le puits public de la rue de la Barquette. Les plus chanceux avaient un puits privé. Les pompes à bras, que l’on voit en décoration dans les jardins aujourd’hui, nous rappellent que les robinets n’ont pas toujours existé. La " corvée eau " en soi n’existe plus, seul reste le plaisir de rapporter une eau de source à la maison.

Qu’a-t-elle donc de spécial cette eau de source ? Et puis comment se fait-il qu’elle sorte à un endroit et pas à un autre ? Que se passe-t-il entre le moment où il pleut et le moment où l’eau sort de terre ? L’eau de source, à la fontaine, est-elle contrôlée comme l’eau du robinet ?

Quand il pleut, quand il neige, de l’eau s’introduit lentement dans le sol. En descendant, elle s’insinue dans de multiples cavités. Tant qu’elle ne rencontre pas d’obstacle, elle progresse vers le bas. Mais il arrive un moment où elle est bloquée par de la roche, de l’argile. Cela dépend de la nature du sol. Si l’eau continue d’arriver mais ne sait plus s’échapper, la pression va augmenter. Des forces vont s’exercer dans tous les sens et c’est l’endroit de moindre résistance qui va céder. L’eau passe par la brèche et avance jusqu’à l’obstacle suivant. D’obstacle vaincu en obstacle vaincu, elle finit par trouver l’air libre. Une source naît dans une prairie, un bois.

L’eau peut parfois emprunter des chemins très compliqués. Descendre très bas et puis remonter, prendre des années avant de sortir du sol ou quelques heures, ou changer de température !

L’hydrogène et l’oxygène, qui composent notre eau, ont la capacité de réagir avec toutes sortes d’éléments : le fer, l’aluminium, le manganèse,… Et l’eau par son action de lessivage et d’érosion, a la capacité d’emporter une collection de choses : des particules de terre, des micro-organismes, des engrais…

La pureté d’une eau de source va donc dépendre du chemin parcouru dans le sol et le sous-sol et surtout de l’activité humaine exercée sur la zone récoltant cette eau.

Qu’est-ce que nous avons sous nos pieds, ici, en Ardenne centrale ? Un botaniste, sans même se pencher, vous dira tout de suite, un sol frais et argileux. Parce qu’on trouve la renoncule rampante (le bouton d’or), du genêt, la digitale… Un pédologue, s’armera d’une pelle et creusera pour observer le profil du sol et il donnera le nom des différents horizons visibles – sous formes de lettres, mais il nous parlera surtout de phyllosilicate, c’est-à-dire d’argile. Un géologue, lui, nous dira que nous sommes sur le synclinal de Neufchâteau, c’est-à-dire sur du Siégenien supérieur. Nous voilà bien avancés !

Ce que savons en tout cas, c’est qu’à Warmifontaine il y a des ardoises – du " schiste " – et qu’on trouve, en jardinant, des morceaux de roches blanches ressemblant au menhir du faubourg ou au polissoir de la chapelle du Sart. Nous sommes sur un sol schisto-gréseux ! Nous avons deux constituants principaux : de l’argile et de la silice (du sable). Ces deux constituants se trouvent dans le sol à des stades d’évolution différents. Ils sont plus ou moins métamorphisés. L’argile se trouve sous forme de pâte non fendillée, sous forme de schiste ou sous forme de phyllade (nos ardoises). La silice se trouve sous forme de sable, de grès, de quartzite. Et pour compliquer le tout, l’argile et la silice se mélangent pour donner différentes roches. Ce que nous retiendrons, c’est que le terrain schisto-gréseux est plus ou moins fissuré, désagrégé, et que l’eau peut s’infiltrer, mais comme l’argile est imperméable, elle n’aura pas tendance à descendre très bas. C’est comme cela qu’une période de sécheresse un peu longue se verra rapidement au débit d’une source. C’est comme cela aussi qu’un produit quelconque présent dans la terre se retrouvera rapidement… dans notre eau de source. Que ce soit du désherbant, du mazout, du shampooing-voiture ou les produits d’écoulement d’un tas de fumier.

Au réservoir de Neufchâteau l’eau est analysée vingt-quatre heures sur vingt-quatre, la moindre anomalie détectée par le système informatique déclenche une alarme chez un responsable qui vient immédiatement voir ce qui ne va pas. De plus, un laboratoire agréé indépendant vérifie les données quatre à cinq fois par an. D’autre part, les zones de captage de l’eau de distribution sont étroitement surveillées. Les eaux de sources ne sont pas logées à la même enseigne ! Pour mieux comprendre, nous allons nous rendre dans le charmant village de Grapfontaine et pourquoi pas ? faire un petit bond dans l’histoire. A l’époque de la pompe à bras et des éviers de pierre

Il y a à peine un siècle, dans ce village et les autres villages de la région, les routes étaient en terre battue. Lors des pluies, les voies publiques se transformaient en boue. L’argile du sol a la propriété d’emmagasiner une part d’humidité et de ne pas drainer. Les tas de fumier dégoulinaient. Le bétail était logé sous le même toit que l’habitant. Pour s’approvisionner en eau, les villageois prélevaient l’eau à la rivière ou l’extrayaient d’un puits. Ces puits étaient souvent creusés dans la cave sous la cuisine. Une pompe permettait d’alimenter l’évier en pierre, typique de l’Ardenne, placé dans l’embrasure de la fenêtre. L’évacuation se faisait à travers le mur. Les eaux sales couraient dans la rue… et les microbes avaient vite fait de s’introduire dans les murs de schiste des puits qui n’étaient pas jointoyés. En 1921, dans le canton de Neufchâteau, sur 1472 puits, 447 étaient contaminés ou douteux. Même l’eau des fontaines pouvait être infectée.

C’est dans ce contexte que le 9 novembre 1930, le conseil communal de Grapfontaine veut trouver une solution. Vu l’état défectueux de la fontaine et de ses abords, dépourvue même d’abreuvoir (…), le Collège échevinal désigne un conducteur de la voirie vicinale pour dresser les plans de devis des travaux à exécuter à la dite fontaine.
En juillet 1931, on exécute des fouilles pour trouver de l’eau potable. C’est le 12 février 1933 que le Collège passe acte d’acquisition d’une emprise de cinq ares trente-trois au lieu dit aux Hasses, à environ six cent cinquante mètres de la fontaine actuelle. Un point d’émergence trouvé, il fallait encore apporter l’eau à la fontaine, mais surtout s’arranger avec tous les propriétaires de parcelles que la canalisation allait traverser.

L’affaire était complexe ! Les choses avançaient mal. C’est ainsi que le 4 octobre 1933, vu la sécheresse persistante, les habitants de Grapfontaine sont totalement privés d’eau et obligés d’aller puiser un liquide infect dans un puits abandonné. Comme le projet est dressé et que le captage laisse écouler une eau saine et suffisamment abondante, le Collège décide de réaliser les travaux de toute urgence. Il réquisitionne des ouvriers chômeurs, qui sont payés deux francs cinquante à trois francs l’heure, pour entreprendre ce que tout le monde attend.

La fontaine a traversé les années, la distribution d’eau individuelle a vu le jour, des routes impeccables desservent le village, l’hygiène a pris ses droits.

Et la qualité de l’eau dans tout cela ? Il y a deux ou trois ans, la commune de Neufchâteau l’a fait analyser. Verdict : l’eau de la fontaine n’est pas potable ! Un panneau a été placé pour le signaler…mais quelques jours plus tard, il avait disparu. L’avis se promène dans la nature et les gens viennent boire à la fontaine. Est-ce le son de l’onde qui donne une idée de pureté ?
B. Herry

L’eau, enjeu de demain

A l’époque des grandes “buées”

La lessive…c’est simple comme la poudre et facile comme pousser sur un interrupteur ! Adieu baquets et briques de Marseille, mains gercées et maux de dos. Les magasins sont remplis de produits extraordinaires et de machines ingénieuses. Et l’eau, qui pense à l’eau ?

FontaineDepuis cinq ans, à Neufchâteau, un vent de réhabilitation du patrimoine souffle sur la commune… notamment en matière de lavoirs. Prenons le savon au bond et glissons dans des questions actuelles : l’eau chargée de détergents est-elle facile à traiter ? Les vieilles méthodes étaient-elles meilleures pour la nature ? Le temps où le linge trempait la nuit n’est plus et les lessiveuses sont au musée, mais un regard vers le passé ne pourrait-il pas nous enseigner un meilleur usage des détergents ?

Rien n’est plus embarrassant qu’un rayon de supermarché rempli d’une multitude de produits pour la lessive. Les marques se bousculent, il y a des grands et des petits cartons, de la poudre et des lessives liquides ! Sans parler des tablettes et des formules concentrées, des savons râpés et des blanchissants. Et pour corser le choix, il y a des produits écologiques plus verts que verts ! Alors, avec ou sans phosphate votre lessive ?

Du temps de nos grands-mères on ne se posait pas tant de questions. On avait une sorte de savon qu’on râpait dans l’eau chaude pour nettoyer la vaisselle ou les sols, frotter le linge et laver les enfants ! On était déjà bien contents d’en avoir… du savon. Quand on n’en avait pas, on le fabriquait avec des graisses animales et de la soude caustique. Posons notre problème et essayons de le résoudre clairement.

Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est un produit pour laver le linge. Une substance qui, en une heure trente, enlève toutes les taches, préserve les couleurs, donne un blanc éclatant, supprime les odeurs. Et encore, le linge doit être facile à repasser et légèrement parfumé. Nous souhaitons en dernier lieu que l’eau sortant de la machine à laver soit facile à épurer.

Quand nous sommes face à un lavoir, nous nous disons que jadis, nos ancêtres arrivaient au résultat que nous souhaitons, mais que cela prenait du temps et que le travail était imprortant. Décortiquons leur savoir-faire et cherchons des pistes.

Les grandes " buées "

Fontaine  de WarmifontainePour laver le linge au lavoir, neuf étapes principales sont à respecter. Après avoir trié les types de pièces à laver, le point de départ est l’essangeage. On imprègne le linge de savonnée et on le place dans des cuves. Il trempe toute la nuit. Au matin, du terrible jour de la grande buée, on essore chaque vêtement, chaque drap. La lessiveuse entre en scène. C’est un récipient, à double fond, muni d’une buse surplombée d’une sorte de champignon. On dépose les pièces à laver les unes au-dessus des autres dans la cuve posée sur un feu. On met de l’eau et un produit lavant – par exemple des cendres de bois, celles de chêne sont les plus prisées. L’eau chauffe et monte par la buse. Elle arrose le linge grâce au " champignon " et traverse les tissus. Le linge décrassé, il faut le savonner avec du savon de Marseille et une bonne brosse. Pour extraire la saleté, des coups de battoir ! Un rinçage en eau tiède permet d’éliminer le savon chargé de graisses et autres impuretés. On peut mettre le linge dans des mannes d’osier et le conduire au lavoir avec une bonne brouette pour le rincer à l’eau claire… abondamment ! Pour cette étape, il faut réserver sa place et ne pas oublier de mettre un tissu maintenu avec des cailloux dans le fond du bac pour éviter de verdir le linge avec les algues. Un dernier essorage en force et il ne reste plus qu’à étendre les pantalons sur les haies. Les draps sont mis sur l’herbe et arrosés régulièrement pour les blanchir. Un bon amidonnage et un coup de fer à repasser ! L’épreuve est finie.


Les sortes de savons

Si on faisait subir ce traitement à nos chemises actuelles, après une dizaine de lessives, il ne resterait plus que les boutons. C’est bien de regarder en arrière, mais les textiles ont changé. Ils contiennent des mélanges de fibres. Elles sont synthétiques comme l’acrylique et le polyester, animales comme la laine et la soie, végétales comme le coton ou le lin. A vêtements modernes… produits adaptés. Nos poudres à lessiver sont en fait des assemblages de matières susceptibles de convenir dans toutes les situations. Elles contiennent du savon, c’est vrai, mais aussi des antimousses et anticalcaires, des azurants, des enzymes, etc. Certaines substances agissent dès trente degrés, d’autres attendent les soixante degrés pour se réveiller. Elles ne sont en contact avec le linge qu’une vingtaine de minutes, donc elles sont " mordantes ".
Il existe trois grands types de savons : d’origine animale, d’origine végétale et d’origine pétrolière. Nos poudres sont issues de la troisième sorte. Ce sont celles qui polluent le plus parce qu’elles se dégradent difficilement. De plus, ce qui nettoie notre linge en un temps record, décape aussi les branchies des poissons. Les conséquences néfastes sur la vie aquatique sont étendues. Epurer les eaux ménagères est capital.


Les critères d’une bonne lessive

Un tour de la question et on constate que quatre facteurs influencent nos fameuses lessives : la technique, la température, le temps et le produit. Pour la technique, nos machines sont performantes. Elles battent et essorent très bien. Pour la température, on préfère les basses pour préserver les fibres synthétiques. Restent le temps et le produit. Une grande société productrice de détergents a mené une série d’expériences. Avec les poudres actuelles, si on bat le linge dix minutes, qu’on le laisse reposer trois heures et qu’on continue le cycle on peut réduire la dose en deux. Pour un linge qui supporte le trempage. Une autre société produit une poudre composée exclusivement d’éléments naturels, mais elle lave moins bien. Alors on en rajoute !

Les solutions sont à portée de la main et il faut les trouver parce que les exigences en matière d’environnement sont de plus en plus sévères, à juste titre. Si le produit idéal n’existe pas encore, on sait déjà que pour une propreté du linge respectueuse de l’eau, il faudra adapter les programmes des machines et … réinventer la poudre !
B. Herry


Programme de restauration des lavoirs de villages

FontaineLe programme de remise en état des lavoirs de Neufchâteau a débuté voici cinq ans. Après un examen approfondi des possibilités offertes par la Région wallonne, la commune a opté pour un système adapté au budget. Une demande de subside étant obligatoirement accompagnée d’un dossier composé par des experts et d’un montant à débloquer important pour couvrir des frais d’entreprises, il n’était pas possible de tenir le rythme des dépenses. Abandonner un patrimoine eût été malheureux. C’est ainsi qu’un budget de 500.000 francs a été consacré quatre années de suite pour la restauration des lavoirs de Nolinfaing, de Grandvoir, de Tronquoy et d’Harfontaine. Pour ce dernier, il était moins une… la nature reprenait ses droits et menaçait ce qui restait de construction. Une intervention de soixante pour cent de la Région demandait un investissement de deux à trois millions par lavoir. L’argent pour la réhabilitation sur la table, il fallait encore de la main- d’œuvre. C’est grâce à un programme avec les ouvriers communaux et le Plan social d’insertion que le travaux avancent. Nous sommes allés voir le lavoir d’Harfontaine, parce que c’est là que l’ouvrage était le plus imposant. Il a fallut, explique Alain Goebels, tout refaire. Rechercher l’eau à la source, remettre une canalisation jusqu’à un puits tampon, alimenter le bac central.
Les murs étaient en piteux état, la charpente était chancelante. A force de mètres cubes de terre déplacés, de ciment et de courage, le résultat est impressionnant. Il vaut le détour !


Harfontaine : photos introuvables ?

Les anciennes photographies du lavoir d’Harfontaine sont rares, même très rares. D’ailleurs qui en possède ? C’est la question que se pose Alain Goebels chargé de l’organisation des festivités à l’occasion de l’inauguration de la restauration du lavoir (qui aura lieu sous toutes réserves le 4e dimanche de mai 2002). L’unique photo d’époque retrouvée à ce jour est celle que nous vous présentons ci-dessus. Si vous êtes en possession de pareil document, n’hésitez pas à contacter A. Goebels 061 27 95 58 (après 19h). Merci.

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